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Facebook, arrêtez de critiquer son look

Farhad Manjoo, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 12

Vous détestez? Vous allez apprendre à aimer

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Faites-vous partie de ceux qui détestent la nouvelle apparence de Facebook? Trouvez-vous que la page d'accueil est plus encombrée et que les mises à jours importantes de vos amis sont ensevelies sous un flot de commentaires sans intérêt d'anciens camarades de lycée et autres gens à qui vous n'adressiez la parole que parce qu'ils vous faisaient pitié? Je parie que vous trouvez le site un peu déroutant, aussi. Avant, accéder aux photos et aux notes était simple, maintenant il faut cliquer dans tous les sens pour trouver quoi que ce soit. Vous ne savez plus à quel saint vous vouer?

J'ai de bonnes nouvelles pour vous: vous allez vous en remettre très vite.

Même si Facebook va sans doute légèrement modifier sa nouvelle apparence au cours des prochaines semaines -ces sites le font toujours - le réseau social géant ne va sûrement pas revenir à son look antérieur. Tout simplement parce qu'il mise sur un axiome du Web à la vérité éprouvée: les gens détestent toujours que leur site préféré change brusquement. Et beaucoup d'entre eux menacent de partir. Ils bluffent.

Contexte

Pour les lecteurs qui ne font pas partie de la horde des furieux, voici le contexte: ces dernières semaines, Facebook a réorganisé les pages d'accueil de ses membres afin que ceux-ci «partagent davantage de renseignements sur ce qui leur arrive» selon les termes de son fondateur, Mark Zuckerberg. Autrefois, Facebook utilisait un algorithme complexe pour rassembler les photos de vos amis ajoutées récemment, leurs notes et les mises à jour de leurs statuts pour les compiler en un petit résumé bien net sur votre page d'accueil. Mais les dirigeants de Facebook se sont laissés séduire par le service de microblogging Twitter, où les internautes partagent des informations en temps réel. Au début du mois, j'ai expliqué que, comme souvent dans la Silicon Valley, Facebook surestimait l'importance de l'immédiateté aux yeux de ses membres; tout le monde ne veut pas savoir ce que ses amis sont en train de faire, pile au moment où cela arrive. L'entreprise ne m'a pas écouté et sa nouvelle page d'accueil est essentiellement un Facebook twitterisé. Aujourd'hui, au lieu d'un résumé des dernières activités de vos amis, vous avez ce que Zuckerberg appelle un "stream"-un tableau chronologique mis à jour en continu qui affiche les moindres petites choses que font les membres de votre réseau.

A chaque fois que vous actualisez la page d'accueil, de nouvelles informations apparaissent. Beaucoup n'ont pas grand intérêt, et le stream se renouvelle si rapidement que le peu de contenu un minimum intéressant est noyé par des choses qui ne le sont pas. La conséquence est qu'on a l'impression de participer à une fête où l'on ne peut pas choisir avec qui discuter -où l'on est obligé d'écouter les conversations de tout le monde, ce qui est presque aussi inutile que de n'écouter personne.

Personne n'aime...

Lors d'un sondage sur le site, plus d'un million de personnes -soit 94 % des sondés -se sont plaintes de ne pas supporter cette nouvelle apparence. Moi aussi j'ai voté contre. Je ne veux pas nécessairement revenir à l'ancienne version, mais je crois que Facebook devrait chercher un meilleur équilibre entre montrer ce qui se passe dans l'immédiat et ce qui vous intéresse. Le gros de la page devrait être réservé à ce qui s'est passé dans les 24 heures, avec seulement une petite partie réservée aux événements immédiats.

Et pourtant...

Pourtant, je ne suis pas vraiment sûr que mon ressenti soit authentique. Quand un site aussi populaire que Facebook opère un changement de cette ampleur, il est difficile de savoir si votre réaction négative immédiate reflète de réelles inquiétudes. En virevoltant sur le Web tous les jours, nous nous attachons à la configuration de nos sites préférés. Nous prenons l'habitude de développer certaines interactions, et notre façon de bouger la souris ou de tapoter sur le clavier est ancrée dans notre mémoire musculaire. Les changements de design nous chamboulent.

Mais nous finissons par nous y faire. Au cours des prochaines semaines, vous serez de plus en plus à l'aise avec le nouveau Facebook. Vous découvrirez le moyen le plus simple d'aller vers le contenu qui vous convient le mieux, et vous apprendrez à apprivoiser le bruit produit par tous les membres de votre réseau (le site vous permet de bloquer les mises à jour de certaines personnes sur votre page d'accueil ; avec le temps, on peut penser que Facebook ajoutera des méthodes de filtrage plus fines). Bientôt, vous aurez oublié une grande partie de ce qui vous plaisait dans l'ancien site. Dans un mois ou deux, vous vous sentirez chez vous dans le nouveau Facebook.

Vous ne me croyez pas? Marquez votre calendrier à n'importe quel jour de juin. Si vous détestez encore le nouveau design à ce moment-là - et si vous arrivez à vous rappeler à quoi ressemblait l'ancien Facebook- envoyez-moi un mail.

Vous allez aimez

Comment puis-je être si certain que vous finirez par aimer la nouvelle apparence? Simplement parce que c'est ce qui s'est passé les deux dernières fois. En 2006, Facebook a ajouté le news feed original à son site (il s'agit du lien lentement mis à jour de ce que font vos amis et que remplace le nouveau design). Les utilisateurs ont détesté. Ils se sont plaints que le feed encombrait leur page d'accueil et violait leur intimité. Zuckerberg a répondu dans un post intitulé: «On se calme. On respire. Nous vous écoutons.» Facebook a un tantinet réaménagé le feed, mais le nouveau design est resté. Et l'instinct de Zuckerberg était le bon. Avec le temps, le news feed est devenu la signature de Facebook, la partie du site que tout le monde consultait en premier. L'été dernier, Facebook a changé la conception de sa page d'accueil pour donner plus de poids au news feed. Derechef, des millions d'internautes ont protesté. Mais une fois de plus, ils ont appris à aimer le nouveau site -les statistiques indiquent que ses membres ont commencé à utiliser Facebook plus souvent. Vendredi, Gawker, citant une source anonyme, a rapporté que Zuckerberg avait envoyé une note à son personnel leur disant d'ignorer les dernières plaintes car «les entreprises les plus perturbatrices n'écoutent pas leurs clients.» Ce n'est pas très diplomate, mais si Zuckerberg l'a vraiment dit, il n'a rien fait d'autre qu'évoquer l'histoire récente.

Ignorer les lecteurs...

En effet, apprendre à ignorer les lecteurs est un talent nécessaire chez ceux qui font du design pour le Web. En janvier, Jason Kottke a réorganisé son blog populaire sur «les arts libéraux 2.0.» Quelques jours après le lancement de sa nouvelle version, Kottke, blogueur très soigneux qui prend le design au sérieux, a rédigé un post décrivant les réactions des visiteurs. La plupart des lecteurs qui s'étaient manifestés ne l'aimaient pas; beaucoup réclamaient le retour de l'ancien site. «C'est exactement la réaction que j'attendais, et c'est encourageant d'apprendre que l'ancien design interpellait à ce point les gens», écrivit-il. Il souligna que les internautes avaient aussi détesté l'ancien design quand celui-ci était nouveau. «Tout ce que je demande, c'est qu'on lui laisse un peu de temps.» Les quelques centaines de milliers de lecteurs de Kottke pourraient être enclins à lui accorder le bénéfice du doute.

Ou avertir les internautes

Facebook n'est pas au même niveau. Il a près de 200 millions d'utilisateurs, dont chacun veut être capable de contrôler le contenu de sa page. Cela laisse à penser que Facebook devrait envisager les changements de look avec un peu plus de précautions. Environ une semaine avant le lancement du nouveau site, Facebook a posté une courte note pour préparer les utilisateurs aux changements à venir. Notification insuffisante. Une meilleure approche aurait permis aux membres de choisir entre le nouveau site et l'ancien pendant un moment ; ce qui aurait permis à l'entreprise de bénéficier de retours sur le nouveau site et de remédier à ce qui attirait l'hostilité des visiteurs avant de le proposer à tout le monde. Cela aurait également permis aux utilisateurs d'avoir une chance de s'habituer au nouveau design avant qu'il ne soit installé par défaut (en fait, c'est ce que Facebook a fait lors de son changement précédent ; pourquoi pas cette fois, voilà qui est déconcertant).

D'autres grandes entreprises du Web ont adopté cette approche en douceur pour leur présentation. Plus de 300 millions de personnes dans le monde consultent chaque jour la page d'accueil de Yahoo. L'entreprise a mis des mois à repenser son apparence. Yahoo se fie beaucoup au «bucket testing» qui consiste à proposer à l'aveuglette de nouveaux designs et à analyser les retours. Ce procédé a donné aux designers un bon aperçu de ce que veulent les visiteurs d'un nouveau site et de la meilleure façon de les accompagner dans un nouveau design. Google pousse ce genre d'essais à des extrémités presque absurdes. Le New York Times a récemment rapporté que pour choisir la couleur d'une seule barre d'outil de l'un de ses sites, Google avait proposé des pages comportant 41 différentes nuances de bleu, pour voir sur laquelle les internautes étaient le plus susceptibles de cliquer (l'un des principaux designers de Google vient de démissionner en partie parce qu'il désapprouvait cette stratégie).

Quand Slate a changé l'apparence de sa page d'accueil, de nombreux lecteurs ont écrit pour se plaindre. La semaine dernière, j'ai envoyé un mail à quelques-uns d'entre eux pour voir s'ils détestaient toujours autant le design de Slate. Un ou deux ont signalé n'être toujours pas très convaincus ; la plupart ont admis qu'ils s'y étaient habitués et ne se rappelaient plus très bien de l'ancien site. Mais beaucoup m'ont dit une chose que j'ai trouvée intéressante- que ce qui les avait agacés n'était pas exactement les changements, mais le fait que ces changements ne paraissaient pas nécessaires. Slate, comme beaucoup de sites, n'avait pas assez bien expliqué pourquoi il procédait à des modifications d'une telle ampleur.

«Je suis très partisan de "si c'est pas cassé, on répare pas"», m'a confié un lecteur du nom de Barry Geisler. «Le changement de look apparemment constant des sites Web frustre inutilement l'utilisateur, pour ce qui semble n'être qu'un gain dérisoire. Certes, les utilisateurs s'adaptent assez rapidement - et alors ? Le nouveau Facebook constitue-t-il une expérience meilleure et plus riche cette semaine que celui de la semaine dernière ? J'en doute.»
C'est le principal problème du brusque changement de design de Facebook. Sa vraie motivation, c'est de rivaliser avec Twitter. Pour l'instant, nous n'avons rien à y gagner.

Farhad Manjoo

Vous pouvez lui écrire à [email protected].

Cet article paru sur slate.com, a été traduit par Bérangère Viennot.

A lire aussi sur Slate.fr, une comparaison entre FB et Copains d'avant

[A noter que Slate.fr lance également une nouvelle page d'accueil, en fait la véritable version 1 du site, qui répond - je l'espère - aux critiques et remarques formulées par les internautes au moment de notre lancement le 10 février. JH]

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