Comment font-ils pour tuer autant?
Après les attaques de Norvège, de nombreuses personnes font le lien avec de précédents massacres, comme celui de Virginia Tech.
- Une ambulance emporte des blessés d'Utoya. REUTERS/Morten Edvardsen/Scanpix -
Le 23 juillet 2011, Anders Behring Breivik, Norvégien de 32 ans, a été inculpé pour deux attaques commises en Norvège le 22 juillet: un attentat à la bombe à Oslo et une fusillade sur l'île d'Utoya. Lors de cette fusillade, il aurait tué 87 personnes, selon un bilan provisoire. Pour l'instant, il n'est pas sûr qu'il ait agi seul.
Cette fusillade fait partie d'une longue série de massacres qui a commencé avec Charles Whitman il y a pas moins de quarante ans. Certains sont restés célèbres (Columbine ou Virginia Tech) aux Etats-Unis, au point de devenir des scénarios de films. Plus récemment, le 10 mars 2009, un homme avait tué dix personnes avant de se suicider, encerclé par la police dans le sud de l'Alabama. Le lendemain, en Allemagne, un tireur de 17 ans abattait au moins quinze personnes dans une école de la région de Stuttgart. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces massacres ne sont pas une spécialité américaine. Ils s'exportent depuis plusieurs années en Europe, comme à Erfurt en 2002 ou même en Finlande en 2008. De part et d'autre de l'Atlantique, ces tueries ont de nombreux points communs, qui vont au-delà du simple décompte morbide.
Le choix des armes
Ce n'est pas la taille qui compte, c'est la façon dont on s'en sert. Les tueries récentes les plus terribles ont été perpétrées avec des pistolets semi-automatiques. A Virginia Tech en 2007, la fusillade la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis, l'étudiant sud-coréen Cho Seung-hui a utilisé un pistolet Glock 19 et un Walther P22. Des pistolets de taille modeste, mais utilisés intensivement et avec précision. En 2002, durant le massacre d'Erfurt dans l'Est de l'Allemagne - seize morts, le meurtrier, un lycéen, s'est également servi d'un Glock 17. Il a méticuleusement visé le professeur dans chacune des classes où il pénétrait. Il n'a jamais utilisé le fusil à pompe qu'il portait en bandoulière. En France, lors du massacre du conseil municipal de Nanterre en 2002 (huit morts), Richard Durne a semé la dévastation avec deux pistolets 9mm et un revolver Magnum 357.
S'équiper lourdement peut aussi s'avérer terriblement efficace. Lors du massacre de Columbine, Eric Harris et Dylan Klebold étaient armés d'un véritable arsenal : semi-automatique Intratec TEC-DC9, fusil calibre 12 à canons juxtaposés Stevens 311D, fusil à pompe Savage-Springfield 67H calibre 12, carabine Hi-Point, bombes artisanales, cocktails Molotov et même... divers couteaux. Ils ont avec cela tué douze lycéens et un professeur.
En 1996, l'australien Martin Bryant a utilisé un fusil d'assaut AR-15, une arme lourde utilisées par les SWAT américains (l'équivalent du Raid), dans le massacre de Port Arthur. Il a fait 35 victimes.
Il faut souligner que dans la quasi-totalité des cas de fusillades, les armes utilisées ont été dûment enregistrées et acquises légalement. Quand il s'agit de meurtriers mineurs, dans la plupart des cas les armes légales ont été volées aux parents. Lors de la dernière tuerie en date, celle de Winnenden en Allemagne, le tireur de 17 ans a choisi son arme parmi les 18 que son père collectionnait.
En Norvège, il semblerait que Anders Behring Breivik était en possession d'un Glock et d'une mitrailleuse.
Le choix du lieu
A chaque fois, les crimes ont en commun d'avoir été commis dans un endroit où la fréquentation est forte et la sécurité minimale. C'est plus particulièrement le cas des écoles, lycées et universités qui sont le théâtre de la grande majorité des tueries. Viennent ensuite les centres commerciaux, les églises et les bureaux. Le site touristique du pénitencier de Port Arthur en Australie, qui répond également à ces deux critères, a ajouté un autre facteur aggravant, les nombreux touristes ont mis plusieurs minutes à réaliser qu'il ne s'agissait pas d'une reconstitution historique. Le carnage au Conseil municipal de Nanterre est tout à fait atypique.
Il faut enfin ajouter que la position du tireur n'est pas sans conséquences sur l'ampleur du massacre. En 1966, Charles Whitman, le pionnier des tueries de campus, a fait 16 victimes en tirant du toit de la tour d'observation de l'université du Texas.
Agir vite
Dix minutes: c'est le temps qu'il faut, dans la plupart des cas, pour que les forces de l'ordre arrivent sur les lieux d'une fusillade et pour que succombent la plupart des victimes. A Virginia Tech, en dehors des deux premiers assassinats qui n'avaient donné lieu à aucune alerte, 30 personnes ont été tuées en seulement douze minutes par 174 balles. C'est un rythme fou d'une balle tirée toutes les quatre secondes. Columbine fait figure d'exception. Trois heures se sont écoulées entre le début de l'attaque et le moment où la police est enfin entrée dans l'établissement. Charles Whitman a quant à lui évité les balles des snipers pendant une heure et demie avant que les policiers ne se décident à forcer la petite barricade qu'il avait dressée dans les escaliers.
Le profil
L'auteur type de ces fusillades est un homme jeune, âgé de 17 à 35 ans. Anders Behring Breivik est âgé de 32 ans. Les tireurs plus jeunes ont tendance à faire peu ou pas de victimes. Thomas Solomon Junior (15 ans) et James Scott Newman (14 ans) ont en commun d'avoir ouvert le feu dans leur école sans tuer. Dans le cas des tueries en milieu scolaire, les auteurs ne sont pas toujours marginalisés. La plupart ont des amis proches et certains même des familles stables. Les casiers judiciaires sont souvent vierges. Difficile donc d'établir un profil psychologique type.
La préparation
Autre leçon, les massacres «réussis» se préparent minutieusement. Le fait de se procurer des armes à feu est évidemment une preuve de préméditation, mais les scénarios préparés par les tireurs sont souvent très élaborés. Les auteurs de massacres laissent aussi de plus en plus souvent des indices sur leurs intentions. Matti Juhani Saari, l'auteur de la tuerie de Kauhajoski en Finlande l'année dernière, avait préparé son acte... pendant six ans. Dans les semaines précédant la tuerie, il avait posté sur l'Internet des vidéos de lui avec son arme et des commentaires tournant autour de la mort. Cho Seung-hui, de Virginia Tech, a envoyé une lettre, 42 photos et une trentaine de vidéos à la chaîne américaine NBC le matin du massacre. Dans le cas de Columbine, la fusillade était, semble-t-il, prévue de longue date et les écrits de Eric Harris sur son site web sans équivoque.
Grégoire Fleurot
NDLE: cet article avait initialement publié en 2009 lors des fusillades en mars 2009 en Allemagne. Il a été mis à jour le 23 juillet 2011 avec la fusillade d'Utoya, en Norvège.
Mis à jour le 23/07/2011 à 12h19












































J'ai toujours pensé le contraire. 15 sur des milliers étudiants, c'est assez peu; surtout pour ceux qui officient en couple.
Un facteur clé serait , comme l'article le suggère,le ralentissement de la fuite des étudiants et de l'entrée de la police par l'aide de barricades ou en cadenassant les portes ( plus rapide).
Article très " technique ", très documenté, sur le choix des armes ... Concernant le portrait-robot du tireur, pas de " profil psychologique type ", nous dit-on ... " Un homme jeune, âgé de 17 à 35 ans " ... On a appris que le jeune tueur allemand ( 17 ans ) vivait au milieu d'un véritable arsenal et qu'il était fan de jeux vidéo violents ... J'ignore s'il y a une relation de cause à effet, mais suivez mon regard !
Bonjour,
Comme vous le dites, l'article est technique car son but est avant tout explicatif, et non analytique. C'est pourquoi il n'y est pas question de la polémique sur l'influence des jeux vidéos et films violents ou plus généralement de la société sur les individus qui passent à l'acte. Il existe un profil type, le sexe masculin par exemple, car aucune tuerie n'a été perpétrée par une femme (si vous en trouvez, n'hésitez pas à les transmettre!), mais pas de profil psychologique type.
Cordialement,
Grégoire Fleurot, Slate.fr
Claudeg, était-ce une tentative d'en passer par la solution facile de blâmer les jeux vidéos ??
Outre que les 3/4 des tueries appelées "massacres" ont eu lieu avant l'invention des jeux vidéos, faire ce rapprochement est tellement facile ces derniers temps que je ne sais même plus quoi dire.
Avant, c'était la TV violente, le rock puis le punk puis le rap violent, maintenant ce sont les jeux vidéos... et si la société était violente ?? si certaines paroles de certains politiques étaient violentes ?? Et si, tout simplement, il s'agissait d'une proportion extrêmement faible de la population qui "pête un plomb".
Je vous conseille de lire le livre "Rage" de Stephen King, dont on sent que l'auteur a eu (tout comme bien d'autres "souffre-douleur" ou "geek" ou "asociaux" dans leur adolescence / début d'age adulte) un jour cette envie de tirer dans le tas pour relâcher la tension / se venger des frustrations / etc.
Fort heureusement, 99.9999 % des personnes qui ressentent ces pulsions savent les contrôler. Mais il y en a toujours qui n'ont pas les protections mentales (que ce soit pour des raisons médicales, chimiques ou sociétales) pour les empêcher de passer à l'acte.
Alors le raccourci sur les jeux vidéo...
Arf, comme quoi, même sur Slate, il y a des vieux réacs :) (ou des jeunes réacs, d'ailleurs !)
Une fois de plus dés qu'un drame de la sorte survient on pointe du doigt les jeux vidéos,la musique "rock" et les films d'horreur.En effet il est plus facile pour les autorités et les moralistes de se tourner vers cette justification plutôt que de s'attaquer au lobby des armes.Il serait plus judicieux de cerner les personnalités de ces individus qui certes trouvent l'inspiration dans ces domaines mais qui ne sont en rien des éléments déclencheurs les poussant à passer à l'acte.Ce serait nier le libre arbitre.Ces serial killers de masse concrétisent leurs fantasmes macabres car leurs fragilités mentales les y poussent.Objectivement si ces médias dits violents seraient le facteur clé de tels passages à l'acte,on serait face a de véritables massacres chaque semaine au regard des millions d'adeptes de ces loisirs.Mais laissons donc la bienpensante moralité nous dicter ce que nous devons faire et penser,il est tellement plus facile d'acquiescer que d'avoir un esprit critique...
Je ne pense pas que le fait d'incriminer les jeux vidéos violents, les films "gore", les actus étalant à la télé les malheureux pris dans un carnage ou une attaque terroriste (caméra s'attardant sur les traces de sang, voire sur des chairs sanguinolentes !) soit une hérésie ! Tout cela ne peut - à mon sens - que fragiliser davantage des individus au "mal-être" évident ! Tout comme la possession ( et l'étalage complaisant ) d'armes à feu peut finir par leur donner un sentiment de "pouvoir" qu'ils ne possèdent pas autrement .
N'a-t-on pas remarqué que, très souvent, ce sont des êtres à la personnalité effacée, repliés sur eux-mêmes ; n'ayant sans doute qu'une piètre opinion d'eux- mêmes ( et des autres : proches ou inconnus) qui finissent par passer à l'acte !
Si la société dite civilisée pointait moins le focus des médias sur la violence, peut-être assisterait-on à (un peu) moins de dérapages !
Et je ne suis pas étonnée que ce déferlement sauvage soit le fait d'hommes, et non de femmes ! Lieu commun certes, mais pour moi, les femmes donnant la vie sont moins tentées de l'ôter à autrui ( même si , elles aussi doivent composer avec un "mal-être" et un stress lourds à porter ...)
Bon, comme vous semblez être très attachés au débat sur la violence et les jeux vidéos, je vous suggère l'article de Quentin Girard sur le sujet ( http://www.slate.fr/story/comment-jouer-aux-jeux-vid%C3%A9o-en-respectant-la-convention-de-gen%C3%A8ve ).
Cordialement,
D'abord ce serait utile de consulter des professionnels du passage à l'acte, psychanalystes, psychiatres et psychologues spécialisés, criminologues etc. Déjà on apprendrait qu'il n'y a pas une seule cause mais un faisceau de conditions et de situations personnelles, familiales, sociales, et même médiatiques, web compris.
Ensuite il y a une rationalité imparable mais qui travaille sur le fantasme et pas sur les apparences visibles comme on le fait après. Cela dit les modalités du passage à l'acte parlent de cette rationalité intime. Le choix des armes, des scènes, des conditions est révélateur symbolique mais d'un vécu auquel on n'a pas directement accès.
Quel épouvantable sentiment de solitude. Quel formidable demande d'amour. Quel miroir de la violence subie intérieurement. Quel suicide que de tuer ce (ceux) qu'on aime et qui ne le savent pas. Quel message que de dévoiler "les armes" pour lesquelles on aurait voulu être aimé comme d'autres qui semblent l'avoir été. Les armes matérielles sont une sorte d'incarnation des armes symboliques. Alors, les jeux vidéo, catharsis ou incitation au meurtre? Ca dépend de l'esprit du jeu. Comme à la guerre!
http://en.wikipedia.org/wiki/San_Ysidro_McDonald%27s_massacre