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Comment font-ils pour tuer autant?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 23.07.2011 à 12 h 19

Après les attaques de Norvège, de nombreuses personnes font le lien avec de précédents massacres, comme celui de Virginia Tech.

Une ambulance emporte des blessés d'Utoya. REUTERS/Morten Edvardsen/Scanpix

Une ambulance emporte des blessés d'Utoya. REUTERS/Morten Edvardsen/Scanpix

Le 23 juillet 2011, Anders Behring Breivik, Norvégien de 32 ans, a été inculpé pour deux attaques commises en Norvège le 22 juillet: un attentat à la bombe à Oslo et une fusillade sur l'île d'Utoya. Lors de cette fusillade, il aurait tué 87 personnes, selon un bilan provisoire. Pour l'instant, il n'est pas sûr qu'il ait agi seul.

Cette fusillade fait partie d'une longue série de massacres qui a commencé avec Charles Whitman il y a pas moins de quarante ans. Certains sont restés célèbres (Columbine ou Virginia Tech) aux Etats-Unis, au point de devenir des scénarios de films. Plus récemment, le 10 mars 2009, un homme avait tué dix personnes avant de se suicider, encerclé par la police dans le sud de l'Alabama. Le lendemain, en Allemagne, un tireur de 17 ans abattait au moins quinze personnes dans une école de la région de Stuttgart. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces massacres ne sont pas une spécialité américaine. Ils s'exportent depuis plusieurs années en Europe, comme à Erfurt en 2002 ou même en Finlande en 2008. De part et d'autre de l'Atlantique, ces tueries ont de nombreux points communs, qui vont au-delà du simple décompte morbide.

Le choix des armes

Ce n'est pas la taille qui compte, c'est la façon dont on s'en sert. Les tueries récentes les plus terribles ont été perpétrées avec des pistolets semi-automatiques. A Virginia Tech en 2007, la fusillade la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis, l'étudiant sud-coréen Cho Seung-hui a utilisé un pistolet Glock 19 et un Walther P22. Des pistolets de taille modeste, mais utilisés intensivement et avec précision. En 2002, durant le massacre d'Erfurt dans l'Est de l'Allemagne - seize morts, le meurtrier, un lycéen, s'est également servi d'un Glock 17. Il a méticuleusement visé le professeur dans chacune des classes où il pénétrait. Il n'a jamais utilisé le fusil à pompe qu'il portait en bandoulière. En France, lors du massacre du conseil municipal de Nanterre en 2002 (huit morts), Richard Durne a semé la dévastation avec deux pistolets 9mm et un revolver Magnum 357.

S'équiper lourdement peut aussi s'avérer terriblement efficace. Lors du massacre de Columbine, Eric Harris et Dylan Klebold étaient armés d'un véritable arsenal : semi-automatique Intratec TEC-DC9, fusil calibre 12 à canons juxtaposés Stevens 311D, fusil à pompe Savage-Springfield 67H calibre 12, carabine Hi-Point, bombes artisanales, cocktails Molotov et même... divers couteaux. Ils ont avec cela tué douze lycéens et un professeur.

En 1996, l'australien Martin Bryant a utilisé un fusil d'assaut AR-15, une arme lourde utilisées par les SWAT américains (l'équivalent du Raid), dans le massacre de Port Arthur. Il a fait 35 victimes.

Il faut souligner que dans la quasi-totalité des cas de fusillades, les armes utilisées ont été dûment enregistrées et acquises légalement. Quand il s'agit de meurtriers mineurs, dans la plupart des cas les armes légales ont été volées aux parents. Lors de la dernière tuerie en date, celle de Winnenden en Allemagne, le tireur de 17 ans a choisi son arme parmi les 18 que son père collectionnait.

En Norvège, il semblerait que Anders Behring Breivik était en possession d'un Glock et d'une mitrailleuse.

Le choix du lieu

A chaque fois, les crimes ont en commun d'avoir été commis dans un endroit où la fréquentation est forte et la sécurité minimale. C'est plus particulièrement le cas des écoles, lycées et universités qui sont le théâtre de la grande majorité des tueries. Viennent ensuite les centres commerciaux, les églises et les bureaux. Le site touristique du pénitencier de Port Arthur en Australie, qui répond également à ces deux critères, a ajouté un autre facteur aggravant, les nombreux touristes ont mis plusieurs minutes à réaliser qu'il ne s'agissait pas d'une reconstitution historique. Le carnage au Conseil municipal de Nanterre est tout à fait atypique.

Il faut enfin ajouter que la position du tireur n'est pas sans conséquences sur l'ampleur du massacre. En 1966, Charles Whitman, le pionnier des tueries de campus, a fait 16 victimes en tirant du toit de la tour d'observation de l'université du Texas.

Agir vite

Dix minutes: c'est le temps qu'il faut, dans la plupart des cas, pour que les forces de l'ordre arrivent sur les lieux d'une fusillade et pour que succombent la plupart des victimes. A Virginia Tech, en dehors des deux premiers assassinats qui n'avaient donné lieu à aucune alerte, 30 personnes ont été tuées en seulement douze minutes par 174 balles. C'est un rythme fou d'une balle tirée toutes les quatre secondes. Columbine fait figure d'exception. Trois heures se sont écoulées entre le début de l'attaque et le moment où la police est enfin entrée dans l'établissement. Charles Whitman a quant à lui évité les balles des snipers pendant une heure et demie avant que les policiers ne se décident à forcer la petite barricade qu'il avait dressée dans les escaliers.

Le profil

L'auteur type de ces fusillades est un homme jeune, âgé de 17 à 35 ans. Anders Behring Breivik est âgé de 32 ans. Les tireurs plus jeunes ont tendance à faire peu ou pas de victimes. Thomas Solomon Junior (15 ans) et James Scott Newman (14 ans) ont en commun d'avoir ouvert le feu dans leur école sans tuer. Dans le cas des tueries en milieu scolaire, les auteurs ne sont pas toujours marginalisés. La plupart ont des amis proches et certains même des familles stables. Les casiers judiciaires sont souvent vierges. Difficile donc d'établir un profil psychologique type.

La préparation

Autre leçon, les massacres «réussis» se préparent minutieusement. Le fait de se procurer des armes à feu est évidemment une preuve de préméditation, mais les scénarios préparés par les tireurs sont souvent très élaborés. Les auteurs de massacres laissent aussi de plus en plus souvent des indices sur leurs intentions. Matti Juhani Saari, l'auteur de la tuerie de Kauhajoski en Finlande l'année dernière, avait préparé son acte... pendant six ans. Dans les semaines précédant la tuerie, il avait posté sur l'Internet des vidéos de lui avec son arme et des commentaires tournant autour de la mort. Cho Seung-hui, de Virginia Tech, a envoyé une lettre, 42 photos et une trentaine de vidéos à la chaîne américaine NBC le matin du massacre. Dans le cas de Columbine, la fusillade était, semble-t-il, prévue de longue date et les écrits de Eric Harris sur son site web sans équivoque.

Grégoire Fleurot

NDLE: cet article avait initialement publié en 2009 lors des fusillades en mars 2009 en Allemagne. Il a été mis à jour le 23 juillet 2011 avec la fusillade d'Utoya, en Norvège.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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