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Comment abattre un hélicoptère avec une arme de poing?

Brian Palmer, mis à jour le 19.10.2009 à 10 h 42

Il faut viser la queue ou le pilote.

La police inspecte la carcasse de l'hélicoptère abattu samedi à Rio, REUTERS/STRINGER Brazil

La police inspecte la carcasse de l'hélicoptère abattu samedi à Rio, REUTERS/STRINGER Brazil

Deux policiers brésiliens ont été tués et deux autres blessés samedi 17 octobre par l'explosion de leur hélicoptère, touché par des tirs de fusil de trafiquants de drogue lors d'une opération dans une favela de Rio. Les tirs ont atteint à la jambe le pilote de l'hélicoptère, qui a eu du mal à atterrir, L'appareil a explosé peu après après avoir touché le sol et deux policiers seulement, dont le pilote, ont eu le temps de sortir. Les deux autres sont morts carbonisés. Cet article, paru en mars dernier, se demandait s'il était possible d'abattre un hélicoptère avec une arme de poing, et si oui comment.

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Dimanche 22 février, deux détenus s'évadent d'une prison grecque, grâce à un hélicoptère. L'aéronef, faisant du surplace au dessus du toit de la prison, déploie des échelles de corde qui mènent les prisonniers vers la liberté. Les gardiens tirent sur l'hélicoptère en fuite. Sans grand résultat. Y a-t-il un moyen d'abattre un hélicoptère avec un pistolet?

Oui. Il suffit de viser la queue ou le pilote. Le rotor monté sur la queue de l'hélicoptère est crucial pour sa stabilité en vol. Ce rotor est généralement composé de matériaux légers et fragiles, par exemple de la fibre de verre ou de l'aluminium creux. Si le rotor est touché par une balle placée au bon endroit, l'une de ses pales pourrait se briser, entraînant l'hélicoptère dans un mouvement de rotation. (Même un vêtement qui se prendrait dans le rotor de queue pourrait être fatal à un hélicoptère.) Mais le rotor de queue est une cible de petite taille. Par conséquent, il est peut-être plus judicieux de tirer sur le cockpit, dans l'espoir de neutraliser le pilote.

Un hélicoptère est une machine à l'équilibre minutieusement étudié et dont l'essentiel de la masse est concentrée dans le moteur. Lorsque le rotor principal, situé au-dessus du poste de pilotage, est en rotation, l'appareil complet est soumis à un effet appelé «couple de réaction» ; il a alors tendance à tourner aussi. D'où l'existence d'un second rotor, dit «anticouple», situé au bout de la queue, dont la fonction est de contrer cet effet sur la cellule de l'hélicoptère. Pour une efficacité optimale du rotor de queue, il faut qu'il soit situé le plus loin possible du moteur principal. En effet, plus la distance est grande, plus le couple généré par ce rotor est important. En même temps, le rotor de queue ne peut être trop lourd ou massif, car une queue excessivement grande et encombrante empêcherait l'appareil de voler.

Le rotor principal est bien plus volumineux. Il est davantage susceptible de résister à une balle. Composé d'aluminium solide et de fibre de verre, il contient souvent aussi de l'acier et du laiton. Pendant la guerre du Vietnam, les pilotes d'hélicoptères surnommés «Huey» utilisaient leur rotor principal robuste pour tailler les arbres bordant des surfaces d'atterrissage trop justes. Quand bien même un homme armé réussirait à endommager une pale du rotor principal et à déstabiliser un hélicoptère, cela n'empêcherait pas nécessairement l'appareil de poursuivre sa route cahin-caha... Et de se mettre à l'abri. De même, il faudrait énormément de chance pour réussir à mettre complètement hors service le moteur ou à toucher une conduite hydraulique indispensable.

Lorsque le rotor de queue ne fonctionne plus, le pilote peut recourir à deux options. Si la vitesse d'avancement de l'hélicoptère est supérieure à 64km/h au moment de l'incident, les surfaces verticales de l'aéronef peuvent stabiliser l'appareil et l'empêcher de descendre en vrille et de s'écraser. Le pilote peut diriger l'appareil en jouant sur le régime du moteur et l'angle de pas des pales du rotor principal. Il ou elle peut alors poser l'hélicoptère comme un avion en course à l'atterrissage, en effectuant un dérapage au sol. Si l'hélicoptère est en vol stationnaire au moment de la défaillance du rotor de queue, le pilote peut déconnecter le moteur du rotor principal. L'air qui monte à grande vitesse ferait alors tourner doucement le rotor principal (c'est ce qu'on appelle l'«autorotation»), ce qui permettrait à l'hélicoptère d'opérer une descente verticale contrôlée. Cette manœuvre doit être réalisée avant que l'aéronef ne commence à tourner. Mais faire atterrir un hélicoptère à la manière d'un avion ou appliquer le principe d'autorotation requièrent une habileté à toute épreuve.

Brian Palmer.

Image de Une: La police inspecte la carcasse de l'hélicoptère abattu samedi à Rio, REUTERS/STRINGER Brazil

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