Economie

Changer les ailes de l'avion... en vol

Eric Le Boucher, mis à jour le 05.02.2009 à 16 h 58

Les gouvernements doivent à la fois relancer la croissance et réformer le système.

Peut-on changer les ailes d'un avion en pleine tentative de décollage? Cet exercice pour le moins périlleux est celui auquel sont confrontés les gouvernements des deux côtés de l'Atlantique. Il faut alimenter à fond les réacteurs de la relance, 825 milliards de dollars aux Etats-Unis, 200 milliards d'euros eu Europe, il faut remettre en mouvement les marchés bancaires mais il faut, en même temps, s'occuper des déséquilibres de fond qui ont conduit l'économie mondiale dans le gouffre : les excès des marchés, les dérèglements du système financier international, le vieillissement des populations, la faiblesse des salaires, la paupérisation de la classe moyenne, le réchauffement climatique.

 

Les passagers de l'avion ne retrouveront la confiance, essentielle pour que la reprise se manifeste, que s'ils savent que les gouvernements s'occupent de la relance sérieusement mais aussi qu'ils corrigent les racines du mal.

Ce week-end, lors du «colloque franco-anglais», qui réunit tous les ans des dirigeants politiques et économiques des deux pays, il était manifeste que ce double travail n'était pas fait, du moins en Europe. Conscient du défi, Barak Obama a promis, lui, non seulement de remettre la maison Amérique debout mais de la «reconstruire» sur un autre modèle. En Europe, on se préoccupe de la relance mais la deuxième partie indispensable est laissée en plan.

Les Etats-Unis, la Chine, l'Allemagne et le Japon pour commencer

Les responsables économiques sont grosso modo d'accord sur les principes de cette relance : il faut en préalable remettre en route les banques, ce qui n'est toujours pas fait ; au contraire même puisque nous sommes entrés dans une deuxième vague de mauvaises nouvelles de la part du système financier. Puis, il faut compter sur la reprise américaine. La responsabilité première de la crise est aux Etats-Unis, c'est de là-bas que partent encore les mauvaises nouvelles, c'est là-bas que la chute doit être stoppée en priorité. Ensuite, il faut que tout le monde s'y mette. A commencer par les pays en excédent (Allemagne, Chine, Japon). Ils ont profité de la prodigalité des pays cigales déficitaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France...), ces fourmis  doivent donc à leur tour supporter une grosse partie de la charge de la relance.

Si les responsables de l'économie sont d'accord sur ces principes, les responsables politiques sont insatisfaits. Cela ne suffit pas. La reprise, le sauvetage, le renflouement, bref le «restart», ne peuvent pas conduire à un «business as usual» (les affaires comme d'habitude). Faire repartir une consommation américaine qui était excessive n'est pas la solution d'avenir. Il faudrait, tout en relançant, anticiper pour installer déjà un nouveau modèle de croissance qui réponde aux questions lourdes posées par la crise. Il faudrait mettre dans les mesures immédiates des objectifs de long terme. Changer les ailes de l'avion.

Réponse des chefs d'entreprise et des banquiers : on verra plus tard, l'urgence n'est pas là ! Vous ne vous rendez pas compte de la gravité de la situation. Une fois l'économie relancée, on parlera des problèmes politiques de long terme. Pour l'heure, il faut que les moteurs de l'avion poussent à fond. Ne les perturbez pas ! D'ailleurs, pour nombre de dirigeants d'entreprises, toutes ces discussions autour du «nouveau modèle» sont «politiciennes», c'est-à-dire vaines: l'avenir se construit en avançant pas en discutaillant. Au fond la sortie de crise sera «business as usual», l'économie post-crise aura ses nouvelles bulles et ses nouvelles crises, et c'est très bien comme çà. En tout cas, on n'y peut rien.

Compromis historique pour la Grande-Bretagne et la France?

Erreur ! disent les politiques. Si nous ne convainquons pas les opinions publiques de notre détermination à changer les choses, la confiance ne viendra pas, quelle que soit la quantité de carburant injectée dans les moteurs.

L'architecture financière internationale pourrait être la première étape de ces changements de modèle. Est-ce que le couple franco-anglais, à ce sujet si disparate par nature, culture et histoire, n'a pas comme devoir de trouver une piste de compromis qui serait ensuite proposé aux autres membres du G20? Mais comment convaincre les Américains de s'y impliquer? L'Amérique d'Obama concédera à participer au G20 mais il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas du tout sa priorité.

Lors du colloque ce week-end, les responsables britanniques se sont montrés très ouverts aux discussions politiques. L'Europe fiscale? Non, bien sûr. La régulation? Oui, mais pas trop quand même! Les Britanniques restent les Britanniques. Mais j'ai perçu que le débat s'ouvre en Grande-Bretagne sur «la société dans laquelle nous voudrions vivre». Sur le profil des ailes de l'avion.

Eric Le Boucher

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Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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