Ce n'est pas la récession de grand papa!
Les baisses d'impôts ne permettront pas à l'économie américaine de repartir
- Queue devant une banque en 1929 aux Etats-Unis -
Le Congrès américain a peut-être fini de discuter du plan de relance de l'économie, mais le débat est loin d'être clos. De nombreux critiques du projet de loi, mélange de réductions fiscales et de dépenses publiques, estiment que la partie dépenses de l'Etat ne fonctionnera pas. Sur les 41 membres républicains minoritaires du Sénat, 36 ont voté pour un amendement du sénateur Jim DeMint de Caroline du Sud, qui appelait à un plan de relance uniquement constitué de réductions d'impôts. Les économistes aux sympathies républicaines soutiennent eux aussi l'approche réduction d'impôts/pas de dépenses.
Robert Barro, d'Harvard, en s'adressant au magazine Atlantic Monthly, a qualifié le plan de relance de «probablement le pire projet de loi mis en avant depuis les années 1930.» Les dépenses publiques proposées ne fonctionneront pas comme prévu, assène-t-il. Il faut à la place réduire les taux d'imposition. L'économiste d'Harvard Greg Mankiw, ancien conseiller de Bush, a exprimé sa préférence pour un plan de relance qui éliminerait immédiatement et de façon permanente les taxes sur les salaires, compensées par une augmentation des taxes sur l'essence.
Les partisans de la stratégie prônant uniquement les réductions fiscales se méfient des démocrates aux poches percées, des keynésiens démodés et d'un Etat trop présent. Ils pensent — non, ils sont sûrs — que les réductions d'impôt sont plus efficaces que les dépenses publiques, puisque les gens et les entreprises dépensent plus sagement et plus rapidement que le gouvernement. Et à en croire leur lecture des données sur le sujet, de l'histoire et de leur propre expérience, réduire définitivement les taux d'imposition à long terme s'avère, historiquement, la meilleure incitation possible à investir et à dépenser. Ils n'ont peut-être pas tort.
Cependant, nous avons aussi des raisons de croire que ce qui fonctionnait ou tombait sous le sens autrefois pourrait ne pas être aussi efficace aujourd'hui. Les circonstances actuelles, quelque peu extraordinaires, et la géographie économique en constante évolution du pays, doivent nous pousser à nous interroger sur le degré d'efficacité des réductions d'impôts pour stimuler de nouvelles dépenses et des investissements.
Imaginons que vous soyez professeur d'économie titulaire à Harvard. Vous bénéficiez — et l'avez bien gagné — d'une grande stabilité et de la sécurité de l'emploi. Votre emploi est garanti, en gros au même salaire, jusqu'à la retraite. Votre employeur, sur le marché depuis plus de 350 ans, ne risque pas de bouger. L'université offre une bonne couverture des frais de santé et participe généreusement à votre projet de retraite. Tout cela signifie que vous pouvez sans souci faire des projets d'avenir financier à court et long terme. Si nous réduisons l'impôt sur les salaires — ou s'il est entièrement éliminé — vous disposerez de 200 dollars de plus sur votre feuille de paie chaque mois. Ce qui provoquera des réactions assez prévisibles. Vous sentant en fonds, vous vous laisserez sans doute tenter par une petite virée pour acheter quelques bouquins ou un pull rouge col en V, ou bien vous investirez dans une maison de campagne à Cape Cod. C'est ce que ferait une personne sensée. Voilà qui stimulerait l'économie bien comme il faut.
Autrefois, et lors de nombreux épisodes de la récession d'après-guerre, le salarié américain moyen ressemblait à ce professeur d'Harvard, pas pour son esprit, naturellement, mais dans son mode de vie économique. Beaucoup — pas tous, mais une bonne partie — avaient des emplois à long terme relativement sûrs, des revenus réguliers, et des plans de retraite et de santé généreux, fournis par leur employeur. Mais l'économie a subi de grands changements au cours des dernières décennies.
Les circonstances qui auraient incité notre professeur à dépenser sur le champ l'argent de ces réductions d'impôt pourraient ne pas s'appliquer à tous les autres. Le salarié type — col blanc, col bleu ou pas de col du tout — ne bénéficie ni de près, ni de loin de la garantie de l'emploi. En fait, il travaille peut-être pour une entreprise qui vient juste de se débarrasser de 10% de sa masse salariale et pourrait devoir continuer à licencier. Il est peut-être l'une des 3,6 millions de personnes qui ont perdu leur emploi l'année dernière. Il travaille peut-être dans un secteur où un grand acteur, présent depuis longtemps, a été liquidé. S'il bénéficie encore d'une couverture santé fournie par son employeur, son entreprise a pu augmenter la part de cotisation des salariés. Il sait que s'il perd son travail, il devra dépenser plusieurs milliers de dollars par an pour se payer une couverture santé. Par ailleurs, cet employé — disons qu'il a dans les 45 ans — cotise pour sa retraite par le biais d'un plan d'épargne 401(k) — plan de retraite par capitalisation — dont la valeur a dégringolé de 40% l'année dernière. Et au fait, son crédit hypothécaire à taux variable est sur le point d'être réajusté à un taux supérieur.
Que va-t-il se passer si vous éliminez les taxes sur le salaire de ce travailleur (en imaginant que ce soit un salarié, et pas un chef d'entreprise ou un travailleur indépendant)? Eh bien, il se peut qu'il dépense cet argent. Mais étant donné les circonstances, une personne anxieuse, mais néanmoins sensée, pourrait ne pas se hâter de dépenser ou d'investir cette manne. Il est bien plus probable — et plus raisonnable — qu'elle l'épargne, pour se constituer une réserve qui lui permettra de rester solvable si elle perd son emploi, ou dans l'éventualité où elle devrait financer sa couverture santé. Ou bien elle pourrait encore déverser 100 dollars hebdomadaires supplémentaires dans son plan 401(k) pour compenser une partie des pertes qu'elle a subies.
La psychologie joue un grand rôle dans toutes sortes de décisions économiques. Et à des époques comme la nôtre, alors que les gens sont sous l'emprise de la peur, ce rôle est encore plus important. Dans un tel climat, réduire les impôts ne peut pas nuire. Devons-nous pourtant nous attendre à ce que des réductions aient le même effet qu'à une époque où les gens sont généralement confiants et ont foi dans l'avenir ? Si vous croyez que le salarié américain moyen réagira aux réductions d'impôt de la même manière qu'un professeur d'économie titulaire d'Harvard, alors il est tout à fait logique de se concentrer sur les réductions fiscales à l'exclusion de toutes les autres formes d'incitations. Mais si vous pensez que le travailleur américain réagira aux réductions d'impôts de la même façon que, disons, un travailleur lambda de la région de Cambridge (où se trouve Harvard), vous en serez moins sûr.
Daniel Gross
Cet article, traduit de l'anglais par Bérengère Viennot, a été publié sur Slate.com le 16 février.
Mis à jour le 17/02/2009 à 12h02











































Et moi qui croyait qu'avec la crise actuelle et l'explosion du modèle économique républicain façon Reagan, on en aurait fini avec l'obsession de la réduction d'impôts...
Pour rester à un niveau caricatural façon Bush:
- Quand on donne de l'argent à un pauvre, il le consomme. Il s'achète à manger, il se soigne, il se chauffe.
- Quand on donne de l'argent à un riche, il achète marginalement des produits de luxe importés et surtout il spécule. Il a déjà tout ce dont il a besoin et donc il va utiliser son argent principalement pour en gagner encore plus... et générer une nouvelle bulle.
Il n'y a pas de croissance durable sans une redistribution des richesses qui crée un cercle vertueux, la croissance de demain étant assurée par la redistribution de la croissance d'aujourd'hui.
Il serait intéressant d'avoir l'avis de Nouriel Roubini à ce sujet. Après tout, il est parmi les premiers à avoir alerté sur cette crise et celui qui a décrit le plus précisément le cheminement de celle-ci. Son blog est malheureusement payant et je n'ai pas pu y accéder. Je ne trouve pas le commentaire ci-dessous caricatural. Ayant un peu suivi les débats autour du Plan de l'administration Obama, je constate que les critiques portent surtout sur l'incentive à court terme et donc proposent recours plus important à la réduction des impots. Spécialiste des mécanismes financiers, que pense Mr Roubini des critiques émis par le camp républicain ?
Jacques Attali, quant à lui trouve le plan de relance américain brillant mais sous-évalué par rapport à la situation. Idéologiquement, même les plus Démocrates des Démocrates sont ils prêts? (à supposé qu'ils peuvent dépenser plus, la Chine n'étant pas un puit sans fond).
Pauvre Obama, lui qui croyait fort en la résolution des problèmes de manière bipartisane, se retrouve face à un problème qui nécessite une solution extrême/radicale qui tire fortement sur les idéologies américaines. Au fait, pourquoi Mr Roubini ne fait il pas partie des proches conseillers du président ?
Désolé pour ces questions de Néophytes...
Cette crise ne serait-elle pas une crise liée à la mondialisation, à la capacité de spéculation d'un très grand nombre, à la vitesse de celle-ci, créant une bulle énorme et incontrôlable? Une histoire de logiciel trop performant ? Une crise liée à l'internet (à la technologie) qui au final lisserait les différences entre les pays émergents et les pays riches et qui affecterait plutôt l'occident. Je vois dans une dépèche d'agence que les demandes de Renault au Brésil augmentent de 14% pour le mois de mars... Que se passe t-il ?
J'ai du mal à croire à une crise uniquement liée aux techniques banquaires, il s'agit d'un nouveau paradigme.
Cette crise me semble originale en bonne partie à cause de la rapidité des communications. Elles permettent la réduction des inventaires et la suppression de commandes dès qu'ils augmentent. Toute réduction d'activités a des effets immédiats. Par contre les gouvernements n'adoptent pas de contre mesures beaucoup plus rapidement que par le passé.
Bonne synthèse de la difficulté à opter dans un tel climat de défiance, entre un plan de relance par l'offre et un plan de relance par la demande. Soit on redistribue aux ménages une part des richesses, par l'abaissement de l'impôt ou une augmentation des revenus, et auquel cas on peut s'attendre à une hausse de l'épargne, soit on accorde aux entreprises des allègements de charge et on leur offre des incitations à investir, mais sans vision claire sur l'avenir, aucune garantie que les entreprises investissent.
Reste un nouveau plan de grand travaux ? Est-il encore réalisable avec le niveau d'endettement des états...
ils sont bien gentils tous ces doctes savants, tous ces professeurs d'université bardés de diplômes... Mais toutes ces prophéties, toutes ces prévisions mortifères qu'ils nous assènent arrivent un peu tard... On pourrait les croire si, il y a deux ou trois ans, ils avaient eu la même virulence, les mêmes certitudes pour dire que la finance, avec ses excès, allait droit dans le mur et nous avec... Mais à part quelques uns, très rares, personne n'a entendu tous ces intellectuels qui jouent les matamores aujourd'hui. C'est valable pour eux, bien sûr, mais aussi tous nos grands "capitaines d'industrie", tous ces "managers de l'année", surpayés, sur médiatisés, sur encensés, qui eux non plus n'ont rien vu venir. Et je ne parle pas de nos banquiers français, de leur arrogance, pour qui l'aide de l'Etat français à leur incompétence n'est que "marginale"... La décence n'est plus une valeur, tout juste un mot vide de sens!!! Alors comme disait mr Barre, vu par Plantu: "fastoche"!!!