Les bronzes d'YSL achetés par un Chinois
Nouveau rebondissement dans l’affaire des bronzes chinois de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. L’acheteur est Chinois et il n’a pas l’intention de payer. «Durant les enchères, les deux pièces avaient atteint la somme de 15,7 millions chacune lors de leur acquisition par un acheteur anonyme», rappelle Le Figaro.
L’acheteur est finalement Cai Mingchao, collectionneur d'art et expert en antiquités, selon le fonds du patrimoine national de Chine. Les deux bronzes, pillés par les troupes britanniques et françaises lors du sac du Palais impérial de Pékin en 1860, ont été réclamés vigoureusement par le gouvernement chinois avant et pendant la vente aux enchères organisée par Christie’s. Pierre Bergé avait proposé à la Chine de les céder gratuitement, si elle «appliquait les droits de l'Homme, rendait la liberté aux Tibétains et acceptait le dalaï-lama sur leur territoire». -
Publié le 02/03/2009
Mis à jour le 02/03/2009 à 12h17
Mis à jour le 02/03/2009 à 12h17






















Il est fascinant de lire la lettre écrite par Victor Hugo donnant son avis sur le pillage du palais d'été par les forces françaises et britanniques en 1860. A ne pas manquer de lire, ses phrases de conclusion, un véritable appel du pied anticipé à Christies et Pierre Bergé ! Etonnant...
LETTRE INTEGRALE DE VICTOR HUGO AU CAPITAINE BUTLER
Hauteville-House, 25 novembre 1861
Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l'expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous,
L'expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l'empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l'Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d'approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.
Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :
Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'Eté. L'art a deux principes, l'Idée, qui produit l'art européen, et la Chimère, qui produit l'art oriental. Le Palais d'Eté était à l'art chimérique ce que le Parthénon est à l'art idéal. Tout ce que peut enfanter l'imagination d'un peuple presque extra-humain était là. Ce n'était pas, comme le Parthénon, une oeuvre rare et unique ; c'était une sorte d'énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d'Eté. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les milles et un rêves des milles et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d'eau et d'écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d'éblouissement caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c'était là ce monument. Il avait fallu pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. Car, ce que fait le temps appartient à l'homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d'Eté ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d'Eté en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C'était une sorte d'effrayant chef-d'oeuvre inconnu entrevu au loin dans non ne sais quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d'Asie sur l'horizon de la civilisation d'Europe.
Cette merveille a disparu.
Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'Eté. L'un a pillé, l'autre l'a incendié. La Victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. Une dévastation en grand du Palais d'Eté s'est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d'Elgin qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu'on avait fait au Parthénon, on l'a fait au Palais d'Eté, plus complètement et mieux de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l'Orient. Il n'y avait pas seulement là des chefs-d'oeuvres d'art, il y avait un entassement d'orfèvreries. Grand exploit bonne aubaine. L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.
Nous Européens, nous sommes les civilisés et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.
Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste et je vous remercie de m'en donner l'occasion : les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, et les peuples jamais.
L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il était aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d'Eté ? J'espère qu'un jour viendra où la France délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.
Telle est, monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine.
Victor Hugo
Dans un pays où l'hypocrisie semble être trop souvent la condition de la conscience bonne Victor Hugo a tout dit et ce qu'il a dit n'a cessé d'être vrai depuis tout ce temps. Il y a en France comme ailleurs des vertus comme ici la vertu de bonne foi et l'exigence de vérité au moment même ou est posé comme vertu l'habileté, le cynisme, la mauvaise foi. Ségolène Royal pourtant l'avait dit, peut être par inadvertance, l'ordre juste est la vertu française. Il n'y a rien de juste qui ne repose sur l'exigence de vérité et n'est ordre que ce qui construit. Vive Victor Hugo. Cracher au visage des chinois, quoi qu'on pense de leurs faiblesses est inepte et honteux surtout de la part de ceux qui ont montré de tels exemples. Victor Hugo doit frémir dans sa tombe. Le respect c'est la considération du vrai, des autres, sans complaisance pour autant mais sans faire injure au travers d'eux à l'humanité entière. Merci pour cette lettre.