Economie

Bonus et stocks-options: les banquiers sont incorrigibles

Dominique Mariette, mis à jour le 21.03.2009 à 7 h 32

Aux Etats-Unis comme en Europe et en France, les dirigeants des établissements financiers ne renoncent pas facilement aux primes, bonus et autres stock options.

Manifestation à New York devant le siège de Goldman Sachs  ERIC THAYER / Reuters

Manifestation à New York devant le siège de Goldman Sachs ERIC THAYER / Reuters

Bonus quand tu nous tiens !  On aurait pu imaginer que les dirigeants des institutions financières fassent un mea culpa sur les rémunérations variables indexées sur les performances. Elles ont participé à la course aux rendements et aux prises de risques hasardeuses qui ont mené le secteur bancaire à sa perte. On s'attendait à une révolution culturelle, apparemment il n'en est rien. Même en France, où les dirigeants de la Société Générale se sont vus attribuer de généreuses stock options, ce qui a soulevé un tollé.

A deux semaines de la réunion des pays du G20 à Londres qui se donnent comme objectif d'assainir les us et coutumes de la finance mondiale, un scandale d'une toute autre ampleur éclabousse Barack Obama et son secrétaire d'Etat au Trésor, Tim Geithner. Les dirigeants de l'assureur américain AIG qui ont accumulé en 2008, 99,3 milliards de dollars de pertes malgré l'injection de 175 milliards de dollars de fonds publics ont versé la bagatelle de 165 millions de dollars de bonus à leurs cadres.

L'Amérique ne s'en remet pas. Avertis de cette décision ahurissante avant qu'elle ne soit rendue publique, Barack Obama et Tim Geithner, ont bien tenté de l'empêcher mais en vain. Ils se sont pris les pieds dans le tapis. Pour tenter de calmer le jeu, le secrétaire au Trésor a annoncé qu'AIG rembourserait l'équivalent de cette somme et que le processus de démantèlement de la compagnie d'assurance allait être accéléré. De rage, la Chambre des Représentants a même voté un texte jeudi 19 mars taxant à 90% les primes versées aux cadres d'AIG. Mais le mal est fait. D'autant plus, que précédent AIG en décembre dernier, le président de Merrill Lynch, John Thain (débarqué depuis) avait octroyé 4,5 milliards de dollars de primes juste avant la fusion avec Bank of America.

La décision des responsables d'AIG, jugée inacceptable des deux côtés de l'Atlantique, met un peu plus de piquant dans le débat qui dure depuis des mois sur les systèmes de rémunération dans la finance. Jusqu'à présent le coup de projecteur a été donné sur les bonus des opérateurs de marché qui ont été copieusement récompensés de leurs performances, mais pas seulement eux comme les chiffres en témoignent.

A la City, la moyenne des bonus a atteint 10,3 milliards d'euros par an entre 2003 et 2007. Malgré la déconfiture des banques britanniques et des banques de financement et d'investissements étrangères installées à Londres, ces mêmes bonus devraient chuter de 67% à 4,5 milliards d'euros. Un chiffre qui laisse rêveur. A Wall Street, les banques faisant fi de leur situation calamiteuse et des aides de l'Etat, n'ont pas hésité à distribuer 20 milliards de dollars à leurs bons et loyaux collaborateurs au titre de l'exercice 2008. Une « petite année » comparée aux 33 milliards de dollars dont s'enorgueillissaient les financiers américains en 2007.

En janvier, Barack Obama n'a pas digéré le cru des bonus 2008, qu'il a qualifié de « honte ». Il a répliqué en plafonnant le salaire annuel et les bonus des dirigeants d'entreprises aidées par l'Etat. Mais cela n'a restreint les ardeurs distributives des patrons d'AIG.

Aux Etats-Unis comme en Europe, les dirigeants des institutions financières ont toujours le virus du bonus que la crise n'est pas parvenue à éradiquer. En France, c'est sous la pression de l'Elysée que les patrons des grandes banques ont fini par abandonner leurs bonus. A la surprise de ses concurrents, BNP Paribas les a devancés en annonçant deux jours avant la réunion avec Nicolas Sarkozy le 20 janvier, que Michel Pébereau et Baudouin Prot, président et directeur général, avaient mis une croix sur leurs bonus. Avant de se rendre aux exigences du Président de la République, les banquiers français martelaient que c'était au conseil d'administration de déterminer la politique de rémunération de l'entreprise. Il aura fallu un marchandage sur le thème « aide de l'état contre bonus » pour obtenir gain de cause.

Comme leurs homologues européens, les banques françaises ont versé des bonus aux opérateurs de marchés, gestionnaires d'actifs et autres professionnels qui relèvent de ce système de rémunération. Selon plusieurs sources les sommes perçues auraient diminué de 60% à 70%. Mais inutile de chercher le montant global des bonus versés, il est jalousement gardé secret. En France, l'omerta est de rigueur sur le sujet. Seules les parts variables des salaires des dirigeants sont publiées. Sur la place, tout le monde s'accommode de ce manque total de transparence.

Les banquiers français ont toutefois voulu montrer leur bonne volonté en élaborant une charte éthique sur la rémunération des traders, remise le 12 février à Christine Lagarde. Cette charte prévoit de modifier la base de calcul des bonus, qui reposera à partir de 2010 sur « les gains réels pour l'entreprise » des opérations réalisées par les opérateurs de marché. Par ailleurs, le versement d'une partie du bonus sera différé pour prendre en compte les résultats des opérations initiées qui ne sont pas encore connus au moment de la fixation des bonus.

Il s'agit d'un premier pas mais on se demande pourquoi réduire les réflexions et les propositions qu'aux traders. Les banquiers français ne sont pas les seuls à ne s'intéresser qu'aux rémunérations des traders. Il en va de même pour le G20 alors que le système des bonus concerne tout autant les dirigeants et d'autres collaborateurs au sein des banques. Pour parvenir à insuffler une nouvelle culture dans les banques, le système des bonus doit être réformé du haut en bas de l'échelle et les montants plafonnés pour éviter les dérives.

Si toutes les banques respectaient la même discipline, l'argument selon lequel elles évitent la fuite des talents en les payant grassement, n'aurait plus cours. On passerait alors d'une culture de l'excès à une culture du bon sens tout en rémunérant la performance. Mais les banques et autres institutions financières, le bonus chevillé au corps, sont encore très loin de ce genre de réflexion. Aux Etats-Unis, selon le Wall Street Journal, Citi et Morgan Stanley cherchent déjà à contourner la future réglementation sur le plafonnement des bonus des dirigeants en augmentant leur salaire de base et par là même les coûts fixes de la banque.

Dominique Mariette

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