Autonomie des universités ou mise sous tutelle des universitaires?
Remises en cause par la réforme Pécresse, les libertés universitaires sont le fondement du savoir et de sa transmission.
- -
C'est reparti. La réforme des universités débouche une fois de plus sur un face-à-face politique où domine le rapport de force. Côté gouvernement, les gesticulations d'usage sur la «fermeté». Côté université, la préparation — au demeurant assez inhabituelle — d'un affrontement déterminé aux résultats incertains. S'agit-il alors d'un conflit social parmi d'autres, d'une profession qui, elle aussi, après les cheminots ou les magistrats, entre en rébellion contre un pouvoir qui a érigé la surdité et l'arrogance en méthode de gouvernement?
Sans doute, et syndicats ou partis d'opposition ont beau jeu de brandir une liste qui ne cesse de s'allonger des secteurs en émoi. Toutefois, quelle que soit la logique dominante qui préside aux réformes actuelles, il n'est pas interdit de considérer la singularité de chacun de ces mouvements et d'échapper quelques instants au tropisme de la «convergence des luttes».
Plus que le nombre de postes, ce qui est en jeu ici, à l'évidence, c'est une certaine conception du savoir et de sa transmission, un problème qui dépasse de loin la question des postes et des moyens. Deux mots en apparence opposés sont au cœur de la querelle d'aujourd'hui: autonomie et évaluation.
Autonomie
Les réformes en cours ou récentes ont ceci de paradoxal qu'elles accroissent l'autonomie des universités et réduisent l'autonomie des universitaires. Elles privilégient l'institution au détriment des individus qui la composent. Elles accordent des prérogatives exorbitantes aux présidents d'université en s'abritant derrière le prétexte que ces derniers restent élus par leurs pairs, comme si l'élection à des postes d'exécution signifiait désormais en France l'octroi des pleins pouvoirs.
Oui, la tendance s'inscrit dans une histoire qui a vu, au lendemain de 1968, la création de grandes universités regroupant les anciennes facultés, et destinées à faire face à la démocratisation et à la massification de l'enseignement supérieur. Oui, il fallait créer des exécutifs universitaires plus réactifs et plus à même de mener des politiques d'établissement diversifiées, en dépassant les rivalités internes inhérentes au milieu. Réclamer des universités d'Etat comme le font encore certaines organisations étudiantes est une absurdité et renvoie à un modèle qui n'a jamais existé que dans des systèmes totalitaires.
S'il paraît tout aussi naïf de nier que la profession fonctionne sur le mode de la concurrence permanente, il suffit de préciser en revanche qu'il y a un gouffre entre concurrence intellectuelle et concurrence économique. La production scientifique a une dimension partiellement cumulative : le succès des uns n'empêche pas ipso facto le succès des autres, et la compétition entre chercheurs, si elle est tout sauf angélique, permet malgré tout une stimulation réciproque. Il n'y a pas, ici, de parts de marché à gagner, ni de concurrents à détruire, sauf à considérer désormais les étudiants comme de simples clients et les universités comme des entités économiques dont la mission essentielle serait de faire du profit.
Pourquoi toucher alors à l'autonomie des universitaires et des chercheurs, fondement même de leur métier ? Transformer les présidents d'université en quasi-PDG (stock-options en moins) implique-t-il de transformer les enseignants en employés de leurs pairs, avec le risque évident de favoriser un népotisme qu'il s'agit de combattre ? Proposer avant même qu'il ne soit publié, une « charte » de bonne conduite sur l'application du décret concernant les carrières des enseignants-chercheurs, c'est souligner du doigt les risques évidents d'une telle décision. C'est presque un lapsus ! D'où une contestation qui dépasse de très loin les clivages habituels et ne concerne pas la sempiternelle « grogne » sur les moyens. L'autonomie dont il est question n'est pas un simple avantage professionnel, elle constitue le fondement même de l'Université, fondée sur le respect du libre choix : liberté et possibilité offerte au citoyen de poursuivre ou non des études ; liberté, au moins en principe, des enseignants de déterminer méthodes et contenus des cours délivrés face aux possibles pressions politiques, religieuses, militantes ; liberté des chercheurs de suivre leurs hypothèses y compris les plus étranges a priori.
Ces libertés universitaires ne sont pas un privilège corporatiste. Elles sont un bien commun découlant du principe de la liberté d'expression énoncée par la Déclaration des droits de l'Homme. Elles ont été reconnues comme une « liberté fondamentale » par une décision du Conseil constitutionnel du 20 janvier 1984, laquelle ne fait que s'inscrire dans une longue tradition remontant aux universités médiévales fondées sur l'idée d'une collégialité de savants. L'enseignement supérieur se différencie en cela, de manière assez nette, de l'enseignement secondaire et primaire. Jusqu'à seize ans, ce dernier s'adresse à des mineurs, il est obligatoire, et les professeurs des écoles, collèges et lycées sont contraints par des programmes, des directives, des contrôles, normes issues de l'obligation scolaire qui n'ont pas lieu d'être dans le supérieur lequel s'adresse à des adultes pourvus d'un libre arbitre.
Or, c'est à ce stade qu'existe un malentendu auquel les universitaires doivent prendre garde. La volonté de les soumettre à un contrôle accru sous couvert d'autonomie renforcée ne relève pas uniquement d'une idéologie gouvernementale prétendument libérale alors qu'elle se fonde sur une suspicion générale envers nombre de catégories sociales (chômeurs « fraudeurs », immigrés « illégaux », magistrats « politisés »). Elle correspond également à une certaine perception des missions de l'université dans l'opinion. Il suffit d'ailleurs de lire les réactions aux prises de position d'universitaires pour réaliser qu'il n'y a pas de soutien inconditionnel en la matière.
Surveillance des cours comme aux collèges et lycées
Conséquence du fait que les premiers cycles universitaires apparaissent de plus en plus comme la poursuite de l'enseignement secondaire, la différence entre les deux a tendance à s'estomper. Et les exigences vis-à-vis de l'école se reportent désormais sur l'Université. Lors d'une enquête récente que j'ai menée sur le négationnisme à l'université Lyon III, j'ai été surpris d'entendre certains de mes interlocuteurs, pourtant très au fait de ces questions, expliquer qu'il fallait désormais surveiller la nature et le contenu des cours délivrés à l'université, invoquant le fait que dans les collèges et lycées les enseignants sont, eux, soumis à des inspections administratives. Le même argument a été avancé à plusieurs reprises par la députée radicale de gauche Christiane Taubira, pourtant elle-même universitaire, dans la querelle lancée autour de l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, qui refusait d'accepter le discours idéologique selon lequel l'esclavage devait être comparé aux génocides du XXe siècle sous prétexte qu'une loi de la République de janvier 2001 en avait décidé ainsi.
Elle y a fait explicitement référence, le 15 avril 2008, dans une intervention à la Mission parlementaire sur les questions mémorielles: "J'ai confiance dans les universitaires et les historiens, quels que soient leurs partis pris et leur choix, mais je crois aussi que l'éducation nationale est le lieu cardinal où la nation projette sur les jeunes consciences les repères essentiels." C'est un point de vue auquel souscrivent au demeurant de nombreux universitaires, par ailleurs très hostiles aux réformes actuelles.
Il s'agit là de cas limites, mais le risque n'est pas nul de voir une partie de l'opinion adhérer à l'idée que toute profession entrant dans le champ des services publics, comme les magistrats ou les universitaires, doive peu à peu abandonner le principe d'évaluation par les pairs au profit d'un contrôle étatique. C'est bien d'ailleurs dans ce sens que s'est engagé le président de la République dans son discours du 22 janvier dernier lorsqu'il stigmatise l'« auto-évaluation » des grands organismes de recherche comme le CNRS, une accusation sans fondement puisqu'en majorité, les évaluateurs viennent d'autres organismes, français ou étrangers.
Évaluation
Le mot plaît. Il rassure. Il sonne comme une garantie. Il s'inscrit dans cette maladie contemporaine consistant à noter tout et n'importe quoi, y compris les ministres - au fait, qui a relevé leurs notes et peut-on les connaître ? Dans le champ scientifique, le problème est tout sauf simple. Oui, il faut rappeler avec force comme l'a fait André Gunthert dans son blog, que les chercheurs passent une grande partie de leur temps à être évalués et à évaluer leurs collègues. Cette évaluation ne peut être qu'interne au milieu qui seul possède les compétences pour apprécier l'impact de telle ou telle innovation. La plupart des instances d'évaluation ont d'ailleurs aujourd'hui une dimension transdisciplinaire et internationale, et parler de « pairs » ne signifie pas se soumettre au seul jugement de ses copains, mais bien à celui de scientifiques de tous horizons, y compris parfois très éloignés de son propre domaine de spécialité.
Il faut rejeter l'idée populiste d'un contrôle politique ou social de la recherche et de l'université, quitte à faire passer les scientifiques pour des « élitistes » - et alors ? Mais il fallait aussi prendre la mesure des dérives de certaines instances d'évaluation, du clientélisme à l'échelle locale et nationale, de l'incapacité de comprendre ce que peut signifier un conflit d'intérêt, de la fréquente lâcheté des jurys de thèses, rarement aptes à sanctionner un mauvais travail. C'est dans ce contexte qu'ont été mis en place les nouveaux dispositifs, telle l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES). Sans accabler trop vite cette institution encore jeune, on peut néanmoins y déceler déjà certaines tendances. Lorsque des universitaires transformés pour l'occasion en «men in black» viennent visiter un laboratoire, ce n'est pas pour évaluer sa production scientifique, ni pour apprécier la pertinence des champs scientifiques explorés.
Ce n'est pas pour mesurer ses résultats mais pour quantifier son activité : nombre de thèses, d'articles, de projets déposés, de citations sur Google. Le critère majeur, c'est de voir si une équipe s'active, si elle «bouge», si elle est dans le mouvement brownien de la multiplication infinie de « projets » pour montrer qu'elle existe. Ce n'est pas l'importance de ses avancées concrètes. C'est un peu comme prendre en compte le chiffre d'affaires d'une entreprise sans s'occuper de ses bénéfices ou de la qualité de ses produits. Mais l'opération a aussi pour objectif de contrôler l'adéquation entre la manière dont fonctionne une équipe de recherche et les dispositifs administratifs existants dont la complexité et l'opacité n'ont cessé d'augmenter sous le regard narquois de nos collègues étrangers. C'est en somme une logique à la fois financière et administrative qui a ceci de particulier qu'elle hésite entre le modèle de l'audit d'entreprise - que sont les investissements devenus ? - et celui de l'inspection traditionnelle - les enseignants et chercheurs sont-ils des fonctionnaires se conformant aux directives ?
On retrouve ici la même contradiction initiale : un principe d'autonomie entrepreneuriale contrôlé par une logique de suspicion administrative. Or, en ce domaine, une pratique libérale - au sens politique et moral du terme — signifie au contraire une autonomie accrue des institutions autant que de leurs agents, le maintien et même le renforcement d'une évaluation fondée sur des critères principalement scientifiques, à la condition de maintenir voire de renforcer les prérogatives d'échelons nationaux, et de donner à l'Etat non pas un rôle de gendarme, mais d'arbitre et de dernier recours. Le contraire, en somme, d'une démocratie despotique.
(Photo : Flickr, Rainer Ebert)
Mis à jour le 16/02/2009 à 17h07














































Catastrophe, pour ma première visite sur slate.fr, je choisis un sujet que je connais un peu (les universités, devinez pourquoi) et c'est la logorrhée habituelle. Mais qui peut croire sérieusement, à part les professionnels du genre, qu'on va mettre les universitaires sous tutelle ? Au revoir !
Bonsoir,
Votre commentaire est un peu court. Vous dites bien connaître le sujet, mais je ne sais pas qui vous êtes, ce qui fait de vous une personne qualifiée pour juger l'avis d'un historien membre du CNRS. Vous avez peut-être raison, mais là, je trouve que votre commentaire est peu court. Si vous n'argumentez pas davantage, alors que le contributeur a pris du temps pour exposer ses critiques, c'est dommage. Vous privez les autres lecteurs d'un contre point de vue probablement intéressant. Ce site est tout autant enrichi par les contributeurs choisis par la rédaction que par les internautes.
Johan Hufnagel (Slate.fr)
Je suis tout simplement un de ces nombreux enseignants-chercheurs d'une grande université scientifique, je sais très bien que l'équipe qui dirige mon université n'a aucune intention de me mettre sous tutelle, il y a à ce sujet un texte plein de bon sens sur le site de la conférence des présidents d'université (www.cpu.fr) -- Faut-il avoir peur des présidents d’université ?
Les vraies préoccupations de la plupart de ces présidents sont :
comment diminuer la bureaucratie qui résulte de l'empilement actuel de structures et d'organismes qui gèrent la recherche et les chercheurs ?
comment introduire un peu plus de souplesse dans le recrutement des enseignants-chercheurs (salaires et répartition de la charge de travail) ?
comment améliorer les procédures d'évaluation ?
Voilà ce dont on peut discuter sereinement, et des informations sur ce qui se fait ailleurs sont par exemple les bienvenues. Alors que, pardonnez-moi, les phrases comme sauf à considérer désormais les étudiants comme de simples clients et les universités comme des entités économiques dont la mission essentielle serait de faire du profit, qu'elles soient écrites par un historien du CNRS ou pas, ne m'intéressent pas, pour rester sobre.
Amitiés
On se demande bien qui gouverne cette immense université. J'ai carrément l'impression que l'on passe d'une évaluation démocratique faite par les syndicats, à une évaluation basée sur des résultats tangibles. En effet l'évaluation démocratique consite à regarder qui est dans la rue et chacun peut vérifier. Quoi de plus démocratique !!!
Un jour sauront-nous réformer autrement ? 200 ans après la révolution française, c'est toujours la même chose, toute modification ne peut se faire que par la force et le combat. D'un coté, le gouvernement réforme pour des mauvaises raisons : faire des économie à partir d'un constat de mauvais fonctionnement de l'université et de l'autre les syndicats s'opposent aux réformes en constatant que ça ne marche pas par manque de moyen. C'est un débat de sourd car les deux protagonistes ont raison. Ils regardent tout deux ce qui ne marche pas et pas ce qui marche.
Nos étudiants s'adaptent au marché du travail. Ils sont volontaires, intelligents. Ils sont passer par toute une série de filtres dont le plus terrible est la sélection par la liberté. La formation universitaire fonctionne plutôt pas mal avec des ratés certes mais aussi des réussites.
Avant de vouloir changer les choses et avant de s'opposer au changement, il faut plutôt se poser la question de ce que l'on veut faire de l'université. Soyons clair, il faut poser la question de ce que la NATION attend de l'université. Or il n'y a aucune réponse crédible à cette question en tout cas pas du coté du gouvernement. L'université doit-elle être le creusé de la recherche de demain, former des étudiants en direction du monde du travail, former les enseignants de demain ? Nul ne le sait.
Hier l'université servait à former des enseignants et des chercheurs. Très peu allaient de l'université vers le monde du travail. La majeure partie des emplois était au niveau ouvriers spécialisés et maîtrise, BEP, bac, bac+2. Ce public était fourni par l'enseignement technologique, les BTS et les IUT. Aujourd'hui, la source principale des emplois se trouvent soit au niveau CAP, BEP, Bac PRO soit au niveau BAC +5 voire plus. L'université se voit confier une nouvelle tâche d'insertion professionnelle pour laquelle, elle n'a ni les moyens financiers, ni les outils intellectuels pour le faire.
Un grand progrès serait d'arrêter de penser qu'une poignée d'élite puisse faire le bonheur des français à leur place. Le jour ou un gouvernement et l'administration qui va avec aura l'intelligence de demander l'avis au usager sur des objectifs clairs alors peut être qu'enfin, les réformes feront vraiment avancer les choses
Si slate.fr veut s'imposer comme la référence, il va falloir faire un peu mieux. Le texte me semble mal documenté et d'un parti pris assez fort. Je m'explique:
Côté université, la préparation — au demeurant assez inhabituelle — d'un affrontement déterminé aux résultats incertains
Le qualificatif d'inhabituelle semble démontrer que notre cher rédacteur n'a pas mis les pied dans une université depuis un moment. Il y a un an les étudiants luttaient contre la LRU, il y a deux ans contre le CPE. Si le qualificatif s'applique pour dire que habituellement l'affrontement est indéterminé (je vois pas trop ce que ça pourrait vouloir dire) ou le résultat certain, alors la ca deviens délirant. Aucun mouvement ne sait ou il aboutira.
Elles accordent des prérogatives exorbitantes aux présidents d'université en s'abritant derrière le prétexte que ces derniers restent élus par leurs pairs, comme si l'élection à des postes d'exécution signifiait désormais en France l'octroi des pleins pouvoirs.
Il faudra lire plus en détails les textes de loi, la majorité des pouvoirs sont donné au conseil d'administration, lui même offert aux groupe majoritaire chez les enseignants-chercheurs et chercheurs. Ce processus a été fait au détriment des étudiants et personnels administratifs (BIATOSS). Bizarrement pas un mot sur ce transfert de pouvoir ici...
Réclamer des universités d'Etat comme le font encore certaines organisations étudiantes est une absurdité et renvoie à un modèle qui n'a jamais existé que dans des systèmes totalitaires.
Ceci illustre parfaitement ce que je disais précédemment: on veut garder la main sur l'université!
Mais je m'étale déjà trop, les deux derniers points en vitesse:
Surveillance des cours comme aux collèges et lycées
Ce point serait dans l'aire du temps avec les réformes actuelles? Pourtant le décret (je ne suis pas sure que le rédacteur l'ai lu) écarte totalement tout regard sur la partie pédagogique du travail de l'enseignant-chercheur.
Évaluation
L'évaluation par les paires montre aujourd'hui un clientélisme hallucinant dont tout le monde est témoins! On ne peut pas faire n'importe quoi et ensuite se plaindre que le politique viens tout chambouler.
Pour finir je dirais que je suis bien d'accord que ces réformes sont mauvaise et dénote d'une politique de recherche "étrange" de la part du gouvernement. Mais les enseignants-chercheurs et chercheurs de part leurs revendications ne montrent pas plus de crédibilité. Par ailleurs ce texte ne nous ouvre aucune voies a part le retour en arrière, c'est pas terrible pour un laboratoire d'idées innovant...
PS On reconnait un bon site d'info/analyse a ces commentaires. Les hors sujets dans les commentaires de cet article ne laisse rien présager de bon.
Un ancien vice-président étudiant d'université.
L'auteur désigne directement les termes du conflit : autonomie et évaluation. Mais très vite cela dérape. Comme le fond c''est le discernement qui manque le plus.
Autonomie - en 2004 la revue options pédagogique de l'université d'Ottawa a publié un de mes articles intitulé "Mutation dans l'enseignement universitaire" http://journal.coherences.com/article84.html Y était mis en évidence l'opposition entre deux logiques, la logique d'autonomisation et la logique de conformation, à l'oeuvre dans toutes les universités du monde. La première concerne non seulement les institutions mais aussi les finalités de leur mission ainsi que les pédagogies appropriées. A cette époque Nicolas Sarkozy n'était pas président de la République et le problème était déjà là. Un véritable changement de paradigme. La France est sans doute un des derniers pays à l'affronter. Or l'autonomisation c'est le chemin vers la maturité, la "maîtrise" mais aussi la responsabilité. L'autonomie responsable n'a rien à voir avec la revendication d'indépendance qui est un signe d'immaturité, qui va bien à ceux qui ont était sélectionné selon des vertus de conformation jusque dans leurs travaux scientifiques de doctorants.
La conception de la science et le savoir comme discours conformes au réel n'est pas sans rapport avec cet idéal de conformation qui structure l'esprit de nos institutions éducatives et universitaires (et même de la recherche).
Evaluation - en 2002 je publiais un article intitulé "A quoi sert la science" simplement pour pointer plusieurs réponses possibles, autant de Sens donné à la science, ses finalités et ses pratiques http://journal.coherences.com/article204.html Je me suis fait insulter par un jeune doctorant en mathématiques qui m'expliquait que la science était au-dessus de toute finalité sociale. Evidemment pas question d'évaluation en rapport avec une démocratie nationale qui paie et attend des bienfaits dans le Sens du bien commun. Au passage il faut une échelle de valeurs pour évaluer et pour la communauté nationale c'est le Sens du bien commun qui légitime toute échelle de valeurs et exige l'évaluation.
Nous sommes là en face de deux sacralisations. celle de l'individu dont la liberté est conçue comme exonération de toute responsabilité communautaire et celle de la science conçue comme une religion dont le dogme n'est pas discutable et dont la transcendance échappe aux responsables politiques ou institutionnels, aux représentants de la communauté et doit être réservée (sans contrôle) à une cléricature auto légitimée.
Oui c'est bien une conception de la science, une conception de l'université, une conception de l'homme qui est en jeu. Une version datée de l'époque de l'émergence de l'individu. Le monde en est à une autre étape et voilà que ceux qui étaient les pionnier de l'humanisme (du moins leurs pères) en deviennent les boulets.
Pour éclairer le débat il faut rappeler la publication du livre de Philippe Nemo édité aux Puf "Les deux républiques françaises" pour comprendre quelle guerre est en jeu, quelle domination séculaire est mise en question et comment autonomie et évaluation ne peuvent être confiées à la nation. et évidemment à une "démocratie despotique". Le mot de la fin. Comment l'histoire veut s'imooser au présent!
Pourquoi les journaux ne dénoncent-ils pas le gaspillage des fonds accordés aux chercheurs: matériel couteux inutilisé, voitures de service encombrant les parkings des centres de recherche, chercheurs passant plus de temps à travailler pour le privé ou à rédiger des livres au frais de l'administration. Les chercheurs hostiles à la réforme ne veulent surtout pas que l'on se mêle de leurs petites affaires et que l'on supprime leur petit confort et leurs privilèges.
Je rends a Cesar la reponse qui lui appartient maintenant.
A la question du pourquoi tout ce qui ait décrit par Cesar n'est pas dénoncé par les medias, il existe une réponse trés claire et vérifiable: tout ceci n'existe pas ou est alors très très minoritaire. Je n'ais jamais vus de chercheurs ayant une voiture de fonction (les administrateurs des services de recherche publique éventuellement), ni même travailler plus pour le privé que pour le publique, ce qui par ailleurs ne serait pas forcément négatif, puisque ceci permet, en effet, de valoriser et appliquer les recherches publiques.
Mon passé et mon expérience dans ce milieu ne sont certes pas important, mais ils le sont tout de même suffisamment pour juger que la description faites par César n'est pas caricaturale, mais bien aux antipodes de la réalité.
"Les réformes en cours ou récentes ont ceci de paradoxal qu'elles accroissent l'autonomie des universités et réduisent l'autonomie des universitaires"
Mr Rousso, vous êtes sans nul doute un bon dans votre domaine puisque vous avez le titre de Directeur de Recherche. Vous écrivez ci-dessus que les réformes réduisent l'autonomie des universitaires. Entre nous, je dois vous dire que je m'en fiche royalement de vos autonomies supposées égratignées. Et ce pour au moins 2 raisons.
La première, c'est la réponse d'un universitaire français, chercheur au cnrs à qui l'on demandait ce qu'il pensait du bien fondé de ses recherches sur les dialectes africains anciens. "Celles-ci sont d'une utilité discutable !" (sic) - vu et entendu au JT de TF1 le 26 février ! Qu'il soit évalué rapidement celui-là et renvoyé illico presto à l'école de la vie et de l'entreprise !
La deuxième, c'est un reportage sur la London School of Econony paru dans le n°1900 du Point. Cette fac anglaise est autonome, privée, rentable, réputée dans le monde entier, créatrice de richesses puisque formatrice de talent. Seul 16% de son budget global (217 millions de £s) provient de l'Etat, 900 professeurs pour près de 9000 étudiants. 14 prix Nobel en sont issus.Des dizaines de ses anciens élèves sont devenus des Illustres. Il n'y a pas une seule université française pour rivaliser avec une telle performance et une si haute idée de ce qu'est l'obligation de résultat. Et en fouillant un peu, je découvre qu'aucune université française n'a été jugée assez performante pour obtenir avec la LSE un partenariat.
En clair, une université performante employant des professeurs performants et efficaces dont on exige recherches utiles et abnégation à leur boulot. Une université qui s'est imposé obligation de résultat. A la LSE, l'autonomie des universitaires se limite uniquement à leur capacités pédagogiques et aux savoirs qu'ils cultivent et qu'ils transmettent. Que demander de plus à un prof ?
Alors parlez-moi de performances, de résultats, d'efficacité, de recherches, de savoir, mais ne vous offusquez pas du rognage supposé de l'autonomie des universitaires. Ce n'est pas ce que l'on attend d'eux. Tous ce que nous souhaitons à nos universités, c'est qu'elles puissent produire des cerveaux enrichis et créateurs de richesses, non des fourmis de laboratoire défendant des prés carrés dépassés.
Cordialement,
http://corto74.unblog.fr