Culture

Après avoir vécu d'illusions, le marché de l'art vivra maintenant d'espoir

Anne de Coninck, mis à jour le 11.02.2009 à 17 h 36

La bulle spéculative n'est plus qu'un souvenir.

Enchères chez Christie's

Enchères chez Christie's

Le monde de l'art est soumis depuis le début de l'année au régime de la douche écossaise. Les mauvaises nouvelles se succèdent depuis des mois. Cela n'a pas empêché lors des premières ventes importantes de l'année à Londres de battre un record avec la Petite danseuse de quatorze ans d'Edgar Degas. La sculpture a changé de main pour 14,6 millions d'euros le 3 février. Une surprise d'autant plus grande que la crise économique et financière a sérieusement déstabilisé le marché de l'art un peu partour dans le monde, en Europe comme aux Etats-Unis et en Asie.

La tendance sur l'ensemble de l'année 2008 a déjà été franchement mauvaise, surtout pour les grandes maisons d'enchères qui à l'image des établissements financiers avaient fini par se convaincre elle-même que rien ne pouvait leur arriver, que la mondialisation allait leur donner un avenir planétaire et que les prix ne pouvaient que monter.

Depuis le début de l'année, les rumeurs se sont d'ailleurs multipliées dans les médias anglo-saxons, à New York comme à Londres, sur une possible vente de Christie's. La maison anglaise a été acquise en 1998, par François Pinault. Et les démentis d'Edward Dolman, le directeur de Christie's, n'ont pas convaincu les commentateurs. Ils évoquent pêle-mêle l'endettement élevé des différentes sociétés appartenant à François Pinault et la cession par ce dernier en juin 2008 de 60% de Piasa, une maison d'enchères française, à un groupe de cinq investisseurs, dont Laurent Fabius.

Sotheby's, l'éternelle rivale de Christie's, n'est pas dans une situation plus confortable. L'action de Sotheby's, cotée à New York, a perdu plus de 70% de sa valeur depuis octobre 2007.

Confrontées à une baisse rapide de leurs recettes, les maisons d'enchères ont décidé de licencier entre 20 et 25% de leur personnel. Tous les départements sont touchés. Ceux qui étaient les plus prestigieux, l'art contemporain, l'art moderne et impressionniste, ne sont pas épargnés.

La troisième maison d'enchères Phillips de Pury & Company, ultra-spécialisée dans l'art contemporain, et qui a caressé l'ambition un temps de rattraper les deux grandes sous l'impulsion de son propriétaire d'alors, Bernard Arnault, a été reprise en octobre 2008 par le groupe de luxe russe Mercury. Mais n'ayant pas eu les moyens comme Sotheby's et Christie's d'offrir des garanties de prix aux vendeurs (même si la pièce ne trouve pas preneur), Philips tient mieux le choc sur le plan financier. La maison n'a pas perdu, comme ses deux puissantes rivales, des sommes condidérables à l'automne dernier et ne licencie pas. Elle envisage même de se développer.

Il n'y a pas que les maisons d'enchères qui souffrent, les foires aussi ne font plus recette. Il faut dire qu'elles se sont multipliées de façon exponentielle au cours des dernières années. Du coup, certaines, même si elles existent encore, sont désertées par les vendeurs et les acheteurs, et bon nombre disparaissent purement et simplement. La sixième édition de foire d'art contemporain de Moscou qui devait se tenir au Manège au mois de mai a été annulée par ArtCultureStudio SA, la société suisse organisatrice. Cette dernière a ensuite annoncé qu'elle n'organiserait pas non plus en août le World Fine Art Fair à Salzburg. Frieze et Miami Basel, les deux plus grandes, survivent difficilement. Les vendeurs étaient prêts à faire des remises pouvant aller jusqu'à 30%.

Les allées vides ne sont pas forcément une mauvaise nouvelle. Elles sont aussi le signe que le monde de l'art est réinvesti par les collectionneurs, les amateurs, les vrais, pas seulement les marchands. Ceux qui voyaient le marché de l'art avant tout comme le meilleur moyen de réaliser des plus-values rapides et faciles le désertent depuis plusieurs mois, parfois avec de lourdes pertes. Comme le soulignait Arne Glimcher, le créateur d'une des galeries les plus respectées à New York (PaceWildenstein) sur le site The Daily Beast : «Ma génération vivait dans le monde de l'art. La génération actuelle vit dans le marché de l'art». Revenir dans le monde de l'art ne peut que réjouir les vrais amateurs.
Anne de Coninck

(Photos : La Petite Danseuse de Quatorze ans, d'Edgar Degas, et des enchères chez Christie's. Reuters)

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