Culture

Allo, à quoi tu joues?

Mathias Cena, mis à jour le 06.10.2010 à 17 h 29

En 2009, le jeu vidéo passera massivement par l'écran du téléphone.

 

2009, l'année du jeu sur mobile? Si les téléphones en proposent déjà depuis 1997 (Nokia, avec « Snake »), la généralisation des fonctions de téléchargement et la popularisation des téléphones à écrans tactiles a lourdement modifié la donne; le marché du jeu sur mobile devient extrêmement juteux et de plus en plus de développeurs s'y consacrent pour tenter de maintenir leur profit à travers la crise. Le Français Gameloft, développeur de jeux sur consoles et téléphones, dont le chiffre d'affaires a cru de 15% en 2008, estime ainsi que les jeux mobiles ont représenté 93% de ses ventes de l'année. Le marché potentiel a de quoi faire rêver : 78% des Français majeurs possèdent un téléphone mobile (une proportion qui atteint 99% chez les 18-24 ans) selon une récente enquête du Credoc, ce qui expliquerait que les ventes de matériel commencent à baisser.

Ce n'est pas le cas des jeux: le marché, qui était déjà vivace avec 13,3 millions de jeux mobiles téléchargés en France en 2007, a encore été agité en 2008 avec la sortie en juillet de l'iPhone 3G d'Apple, très adapté au jeu avec son écran multitouches et son « accéléromètre », un mécanisme qui permet de détecter l'inclinaison de l'appareil, sur le même principe que la télécommande Wii de Nintendo. Du coup, toutes les fantaisies deviennent possibles : conduire un kart en inclinant le téléphone dans «Crash Bandicoot Nitro Kart 3D» ou sauver le monde en faisant rouler des personnages ronds dans l'excellent «Rolando».

AppStore, le nouvel eldorado

La firme à la pomme a surtout frappé un grand coup en lançant l'Appstore, sa plate-forme de téléchargement, ainsi qu'un kit de développement pour faciliter la création d'applications. Fin novembre, après six mois d'existence, l'Appstore proposait déjà 10.000 applications dont 3500 jeux (certains gratuits, les autres généralement vendus entre un et cinq euros), et franchissait la barre des 500 millions de téléchargements.

Le nouvel eldorado, nourri de ces chiffres vertigineux, s'est accompagné de son lot de success stories, notamment celle d'Ethan Nicholas, un jeune Américain à qui son tout premier jeu pour iPhone, «iShoot», développé sur son temps libre, a rapporté 250 000 dollars en deux semaines, et qui du coup a quitté son emploi chez Sun Microsystems. Les critères de sélection de l'Appstore sont toutefois jugés un peu opaques par les développeurs. « iFart » - le téléphone devient boîte à pets - semble ainsi avoir franchi les barrages sans problème avant de caracoler en tête des ventes, tandis que «Prohibition 2 : The Dope Wars», remake d'un classique qui met le joueur dans la peau d'un dealer de drogues new-yorkais, a fait tiquer Apple. Qu'à cela ne tienne : en quelques jours, le jeu est devenu « Prohibition 3 : Candy Wars », et les joueurs du monde entier peuvent maintenant revendre sous le manteau des kilos de «sucreries».

Bataille de géants

Ce marché est encore jeune, et il est difficile de prévoir ses orientations. Une étude de Game Developer Research montre que les temps de développement des jeux s'allongent et que les créateurs ont tendance à délaisser les populaires «puzzle games» pour s'orienter vers des jeux plus sophistiqués, de stratégie ou d'aventure.

Ce monde où tout semble possible bénéficie aussi à la création : l'Independent Games Festival, véritable institution, organisera fin mars sa deuxième édition «Mobile», pour laquelle 107 jeux sont en lice (deux fois plus qu'en 2008). Un prix de 10.000 dollars a même été créé pour récompenser le meilleur jeu pour iPhone (plus de la moitié des jeux proposés) et succéder à «Crayon Physics Deluxe», lauréat 2008.

D'autres constructeurs ont flairé l'opportunité commerciale. L'iPhone ne représente d'ailleurs au troisième trimestre 2008 que 12,9% des ventes de smartphones dans le monde, loin derrière Nokia (42,4%). Le géant finlandais, encore novice sur le marché des écrans tactiles, a aussi lancé sa plate-forme de téléchargement, N-Gage, en avril dernier. Google ourdit, lui, sa contre-offensive; son système d'exploitation Android, censé faciliter le développement d'applications, n'équipe pour le moment qu'un seul téléphone du marché et ne devrait pas être disponible en France avant le mois d'avril. Un combat de titans est à venir.

Quelques démos

Crayon Physics Deluxe, de Kloonigames, récompensé l'an dernier à l'Independent Games Festival, existe maintenant sur iPhone :


EDGE, de Mobigame, récompensé au Festival du Jeu Vidéo de Paris à l'automne 2008 :




Rolando, de Ngmoco, l'un des meilleurs jeux pour iPhone :




Hero of Sparta, de Gameloft, toute la brutalité possible sur écran tactile :

Mathias Cena

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