HistoireAllemagne

Georg Elser, l'homme qui a manqué d'assassiner Hitler pour treize minutes

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.04.2015 à 19 h 16

Repéré sur BBC

Le Bürgerbräukeller après l'attentat de 1939. Bundesarchiv, Bild 183-E12329 via Wikimedia Commons.

Le Bürgerbräukeller après l'attentat de 1939. Bundesarchiv, Bild 183-E12329 via Wikimedia Commons.

Le 8 novembre 1939, Adolf Hitler se rend, comme chaque année, à Munich pour commémorer sa tentative ratée de prise de pouvoir de 1923, le «putsch de la brasserie». Traditionnellement, il y prononce un discours, reste discuter un peu avec les membres de la vieille garde du parti nazi et part un peu après dix heures du soir. Mais cette année-là, l'Allemagne est en guerre et il prévoit de rentrer un peu plus tôt à Berlin.

A 21h07, Hitler quitte le Bürgerbräukeller, la brasserie où il vient de prononcer son discours. A 21h20, une bombe explose à l'endroit où le Führer se tenait, faisant huit morts et plus de soixante blessés. Le 10 novembre, le Volkischer Beobachter, le journal officiel du parti nazi, titre sur «le salut miraculeux du Führer». «Il n’y avait, en fait, rien de providentiel ni de miraculeux là-dedans. C’était de la pure chance», écrit l'historien Ian Kershaw dans sa biographie Hitler 1936-1945: Némésis.

L'auteur de l'attentat, un ouvrier charpentier du sud de l'Allemagne du nom de Georg Elser, vient de faire l'objet d'un film sorti le 2 avril outre-Rhin, Elser, du cinéaste Olivier Hirschbiegel, déjà auteur de La Chute en 2004. La BBC raconte comment Elser était rentré, de manière solitaire, dans une résistance discrète au nazisme depuis plusieurs années, notamment motivée par la dégradation de la condition ouvrière:

«Quand les nazis arrivèrent au pouvoir, il commença, comme le dépeint le film, à se livrer à de petits gestes de défiance, comme refuser d'écouter avec déférence les discours d'Hitler. A la fin des années 30, après l'annexion par les nazis de l'Autriche et d'une partie de la Tchécoslovaquie, il était préoccupé par la stratégie guerrière d'Hitler.»

Le site britannique s'intéresse aussi à ce que son acte aurait pu changer:

«Le régime nazi aurait sans doute survécu à Hitler et aux autres dirigeants nazis qu'Elser espérait tuer, au moins à court terme. Mais les historiens croient que la mort d'Hitler en 1939 aurait raccourci la guerre, et peut-être empêché bien des souffrances causées par l'Holocauste.»

Les nazis se serviront, comme pour l’incendie du Reichstag, de cette tentative d'assassinat à des fins de propagande, affirmant qu'elle était due aux services secrets anglais, mais Elser avait bien agi en solitaire, ce qui lui a valu d'être longtemps oublié. «Si on avait décidé d’ériger un monument, un seul, pour commémorer la lutte des Allemands et Allemandes qui ont risqué leur vie pour mettre un terme aux horreurs du régime nazi, c’est à Elser qu’il aurait fallu le dédier», écrit l'historien Gilbert Badia dans Ces Allemands qui ont affronté Hitler (2000).

Arrêté quelques heures après l'explosion à la frontière suisse, Georg Elser avouera après quatorze heures d'interrogatoire par la Gestapo. Il sera emprisonné pendant plus de cinq ans au camp de Sachsenhausen, dans la zone des prisonniers dont le sort était le plus étroitement surveillé –Hitler voulait à l'époque le garder comme témoin pour un éventuel procès des dirigeants anglais après la guerre. En avril 1945, quand il devient évident que l'Allemagne va perdre la guerre, il est exécuté sur ordre d'Himmler à Dachau, où il a été transféré.


Elser sortira le 16 septembre en France sous le titre Un héros ordinaire.

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