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Il règne un bordel sans nom au Moyen-Orient et les Etats-Unis n'y sont pas pour rien

Barack Obama, le 2 avril 2015 à Louisville. REUTERS/Jonathan Ernst

Barack Obama, le 2 avril 2015 à Louisville. REUTERS/Jonathan Ernst

Aujourd'hui, tout le Moyen-Orient est en guerre. L'incohérence stratégique de l'administration Obama n'aura fait que précipiter la région dans le chaos.

Si le chaos généralisé que connaît aujourd'hui le Moyen-Orient n'est pas entièrement imputable à l'administration Obama, reste que sa politique étrangère dans la région est un échec complet.

Irak, Syrie, Libye, Yémen...

Aujourd'hui, le capharnaüm en est à un niveau littéralement inédit. Pour la première fois depuis les deux Guerres mondiales, quasiment tous les pays allant de la Libye à l'Afghanistan sont impliqués dans un conflit armé (avec le sultanat d'Oman comme notable exception). Le chaos, l'incertitude et la complexité que connaissent la versatilité et bien souvent l'incohérence des alliances et des inimitiés en présence a de quoi donner le vertige.

En Irak et en Syrie, les Etats-Unis et leurs alliés combattent aux côtés de l'Iran pour défaire l'Etat islamique (EI), mais au Yémen, les Etats-Unis et bon nombre ces mêmes partenaires régionaux collaborent pour repousser les forces houthies soutenues par l'Iran.

Face à l'Iran, Israël et l'Arabie saoudite sont plutôt sur la même longueur d'onde, mais le reste de leurs anciennes et profondes divisions sont toujours d'actualité.

En Syrie, l'Iran soutient Bachar el-Assad; les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux déplorent son action, mais tolèrent sa présence, tandis que certaines factions rebelles soutenues par les Etats-Unis dans leur combat contre l'EI cherchent (et depuis longtemps) à le destituer. Les Etats-Unis voudraient que les pays de la région défendent leurs propres intérêts –et pas seulement en Libye, ni pour court-circuiter l'Amérique.

Nous sommes donc face à un ensemble d'opérations aux conséquences totalement désastreuses ou, pour emprunter aux militaires américains un terme technique adéquat, un clusterfuck –à peu près traduisible par «tas de merde» ou «bordel sans nom» (pour gagner en politesse, on parle de charlie foxtrot, selon les règles de l'alphabet phonétique). Pas étonnant donc que tant d'Américains veuillent se désinvestir de cette région le plus vite possible. Selon eux, l'incendie qui embrase le Moyen-Orient est bien au-delà des capacités de contrôle de leur pays, les animosités locales servant de combustible sont anciennes et la plupart des conflits actuels sans grande importance pour leur vie quotidienne.

Il est vrai que le schisme entre sunnites et chiites, vieux d'un millénaire, joue un rôle certain (quoique peut-être surestimé) dans le morcellement du Yémen ou dans les divisions qui ont pu participer à la faillite de l'Etat irakien et à l'essor de l'EI. En outre, il est indéniable que bon nombre des soulèvements actuels s'ancrent dans les abus d'Etats autocratiques, voleurs des peuples et inaptes aux moindres rudiments de gouvernance. Un nombre considérable de ces problèmes actuels remontent aussi aux errements des dirigeants de l'Empire britannique (qui, avec le recul, n'étaient pas vraiment dotés de cette habilité quasi-divine à créer des nations dont ils pouvaient se targuer). D'autres conflits sont la résultante de stratégies de stabilisation régionale –tels les accords Sykes-Picot– devenues caduques après près d'un siècle d'existence. Il va sans dire que l'invasion de l'Irak par George W. Bush n'aura pas non plus amélioré les choses. Sans oublier, bien évidemment, Benjamin Netanyahou, qui n'aura jamais cessé d'être un connard. 

En sus, avancent les partisans du désengagement, l'Amérique a du pétrole. Nous avons du gaz. Nous n'avons plus autant besoin du Moyen-Orient qu'avant. Et, soit dit en passant, nous avons aussi prouvé combien nous étions nuls en interventions militaires et en édification nationale (au Moyen-Orient et ailleurs).

Obama avait bien dit qu'il se désengageait, non?

Ainsi, pourquoi ne pas reprendre tout simplement nos billes et laisser ce feu s'éteindre de lui-même? D'ailleurs, quand on y pense, n'était-ce pas là notre plan? La raison de l'élection de Barack Obama?

Oui, mais non. Concernant ce dernier point, Obama a sans doute été élu pour mettre fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, mais reste que la sécurité de l'Amérique face aux potentielles menaces émanant de cette région demeure toujours de sa responsabilité. Et, en tant que président, il lui incombe la responsabilité encore plus générale de défendre nos intérêts nationaux dans le monde entier.

Des intérêts qui exigent que nous restions engagés au Moyen-Orient. Sur le plan de l'énergie, si nous avons nos propres réserves en quantités suffisantes, les prix de l'énergie sont fixés sur un marché mondialisé, ce qui signifie que toute fluctuation d'envergure, que cette fluctuation soit liée aux réserves disponibles ou à l'évaluation des risques, aura toujours un impact sur nous.

En outre, si le conflit régional en vient à s'aggraver, il pourrait avoir de très graves conséquences mondiales. La guerre entre sunnites et chiites pourrait se propager. L'EI, infiltré dans toute la région, pourrait tirer parti de ce chaos, à l'instar d'al-Qaida, du Front al-Nosra en Syrie, de l'Aube de la Libye, voire du Hamas. La Libye pourrait très facilement devenir le prochain Yémen, ce qui provoquerait très certainement une intervention régionale comme celle que mène actuellement l'Arabie saoudite (si les Egyptiens ont accepté de participer à cette intervention, c'est aussi parce qu'ils auront inévitablement à mener toute action lancée contre leur voisin occidental).

Le morcellement de pays comme l'Irak, la Syrie, le Yémen ou la Libye modifiera très certainement l'équilibre régional des pouvoirs –surtout si cela génère la création d'un Etat (ou d'Etats) comme celui que veut voir advenir l'EI en Irak et en Syrie, voire d'une région entièrement défaillante sur le plan de la gouvernance et qui deviendra un terreau d'autant plus fertile pour l'extrémisme.

Les leçons du passé

Comme le 11-Septembre nous l'a appris –et comme l'ont démontré les récents événements en Europe, en Afrique, au Canada et aux Etats-Unis– dans le monde d'aujourd'hui, des problèmes qui pourraient sembler lointains peuvent très bien et très vite se faufiler dans nos rues ou dans celles de nos alliés.

Nous avons assisté à l'essor d'al-Qaida dans la péninsule arabique et en Afrique du Nord. Aujourd'hui, l'EI déborde en Afghanistan et, au Nigeria, Boko Haram a prêté allégeance à ce tout nouveau et dynamique acteur du secteur terroriste. Les combattants de l'EI ont trouvé des recrues en Europe ou aux Etats-Unis (cf. le très récent cas des deux membres de la Garde nationale arrêtés dans l'Illinois) qui reviendront certainement chez eux pour propager le chaos si jamais la menace qu'ils représentent n'est pas étouffée sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Qui plus est, nos alliés essentiels que sont Israël et la Jordanie risquent aussi gros face à cette agitation. Si leurs positions en viennent à être fragilisées, les Etats-Unis seront obligés de s'investir encore davantage dans la région, et pour un coût encore plus élevé.

D'énormes facteurs géopolitiques sont aussi en jeu. Oui, un chaos prolongé et des gouvernements affaiblis rendront encore plus difficiles le contrôle et la gestion des menaces produites dans la région.

Mais, en dernier ressort, quand ces guerres finiront, de nouveaux gouvernements nationaux émergeront et l'influence que l'Amérique pourra avoir sur eux dépendra directement de la manière dont notre soutien et notre rôle dans leur construction auront été perçus. Parallèlement, si nous nous désengageons ou si nous en venons à n'avoir plus aucune capacité d'action, notre influence sur la nature de ces gouvernement en sera d'autant diminuée, si ce n'est réduite à néant. Et si notre influence diminue, d'autres pays verront la leur augmenter (comme c'est d'ores et déjà le cas). Aujourd'hui, cela pourrait sembler secondaire, mais avec la cristallisation de nouvelles rivalités et de nouveaux problèmes au cours du XXIe siècle, faire une croix sur notre influence dans une région du monde aussi stratégique –et laisser la place à d'autres– pourrait avoir de bien malheureuses ramifications.

La responsabilité de la Maison Blanche

Dès lors, si l'administration Obama n'est évidemment pas responsable de la plupart des racines, ni des nombreuses causes aggravantes de la mêlée actuelle au Moyen-Orient, il est aussi vrai qu'elle ne peut se permettre de tourner le dos à ces soulèvements/conflits, de prendre des mesures à moitié pensées, ni de faire le choix d'actions principalement réactives et largement improvisées en l'absence de toute stratégie globale.

Malheureusement pour les Américains, pour nos alliés, pour la région et pour le monde, voici trois des principales méthodes mises en œuvre par l'actuelle Maison Blanche. 

Autant de façons de faire qui auront matériellement contribué à la situation que nous connaissons aujourd'hui.

En Irak, au cours des deux dernières années de l'administration Bush, la situation était à la stabilisation et à l'amélioration, notamment grâce au renfort de troupes de 2007, à davantage d'attention accordée aux sunnites et à l'implication active et continuelle du président et des responsables du gouvernement afin de trouver des solutions précises à un problème –non, soyons clairs, à une catastrophe– dont ils avaient été les auteurs. Notamment, il s'agissait de de gérer leur très mauvais choix de Premier ministre, Nouri al-Maliki. L'Irak était encore loin du pays de cocagne, mais, en tendance, les choses allaient dans la bonne direction. La décision d'Obama d'accélérer le départ des troupes américaines (d'une manière qui n'allait pas vraiment faire le nécessaire pour produire le type de Status of Forces Agreement qu'une présence prolongée aurait permis) a tout détricoté. Son inattention à la mauvaise gouvernance de Maliki et au soulèvement d'une partie des sunnites, puis à l'essor de l'EI, allait encore aggraver la situation.

Evidemment, le fiasco présidentiel fait d'indécision, de décisions incohérentes et de sourde oreille aux recommandations de son équipe quant à l'agitation grandissante en Syrie est aussi un facteur d'envergure. Une réaction paresseuse et confuse au Printemps arabe allait être redoublée par une très mauvaise gestion et un dangereux affaiblissement de la relation vitale qu'entretenaient les Etats-Unis avec l'Egypte.

L'ambivalence d'Obama face à l'action, et aux mesures nécessaires à une sortie de crise en Libye est un autre exemple de ces erreurs de jugement qui ont créé davantage de problèmes qu'elles n'en ont résolus. 

Le poids de l'Iran

Voilà l'ironie des années Obama qui, malgré l'espoir d'une nouvelle ère et d'une amélioration des relations régionales incarné dans un discours prononcé au cœur du monde arabe, verront en fin de compte un changement «pour le mieux» se faire non pas avec les arabes, mais avec les perses.

Durant le premier mandat, la sévérité de l'administration quant aux sanctions infligées à l'Iran sur la question du nucléaire aura précédé un second mandat tellement assoiffé d'un accord nucléaire que tout le monde, de Téhéran au fin fond de l'Ohio, estime que les Etats-Unis désirent plus ardemment cet accord que les Iraniens et qu'ils ont ainsi perdu tout levier dans les négociations. Cette évolution, qui n'aura pas été accompagnée d'une coordination suffisante avec nos principaux alliés de la région, d'Israël aux monarchies du Golfe, capable d'apaiser leurs tourments vis-à-vis du rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran, n'a eu de cesse de préoccuper ces alliés (et leurs apprentis dans la région), à mesure que l'Iran se révélait comme le seul pays du Moyen-Orient susceptible de tirer parti de la propagation du chaos.

Cela a été le cas au Yémen, avec ses liens toujours plus resserrés avec Bagdad et un gouvernement irakien toujours plus dépendant de ses soldats, de ses armes et de ses conseillers  pour combattre l'EI, et en Syrie (où Assad semble bien parti pour être toujours au pouvoir après le départ d'Obama de la Maison Blanche).

L'indignation du général américain Lloyd Austin à l'idée de commander des troupes combattant aux côtés de milices chiites, après le sort que ces dernières ont pu réserver aux soldats américains durant la Guerre d'Irak, aura été émouvante. Mais elle pourrait sonner creux, vu qu'elle repose sur une tromperie sémantique.

Le monde sait qu'en Irak, l'Amérique fournit un soutien aérien aux milices chiites menées et financées par l'Iran pour combattre l'EI.

Le monde sait que s'il est question de coalition américaine, c'est l'Iran qui gagne aujourd'hui le plus en influence, car il est disposé à envoyer des soldats au sol.

Voilà pourquoi ce n'est pas Austin, mais Qassem Suleimani le commandant de la Force Al-Qods qui est portée aux nues en Irak, dans toutes les régions chiites et même kurdes.

Ne pensez pas qu'une telle réalité, déni mis à part, n'a pas joué de rôle dans la méfiance grandissante que suscite l'administration Obama chez nos alliés les plus essentiels du Golfe, d'Egypte et d'ailleurs. Ne pensez que cela ne les a pas poussés à penser qu'ils allaient devoir agir par eux-mêmes au Yémen afin de contre-balancer les gains iraniens.

«Laissez les gars du cru se démerder» n'est pas plus une stratégie de politique étrangère américaine que le «ne faites pas de conneries»

 

Les Etats-Unis ont voulu tirer un trait sur cette interprétation en arguant que Washington soutenait à la fois le combat contre les Houthis au Yémen et ne travaille pas vraiment main dans la main avec les Iraniens en Irak (la récente retraite des milices chiites, soi-disant parce qu'elles ont trop de mal à œuvrer aux côtés des Etats-Unis, me semble suspecte et bien trop savamment orchestrée. Peut-être que nous ne sommes pas en «coordination» avec les Iraniens, mais nous avons su jouer du téléphone avec eux via nos interlocuteurs irakiens... à tout le moins).

Pendant ce temps, les négociations sur le nucléaire iranien n'ont fait que détériorer un peu plus notre relation avec Israël. Comme mentionné précédemment, avoir Benjamin Netanyahou comme partenaire n'a rien d'une partie de plaisir. Mais il est aussi indéniable que la Maison Blanche a versé de l'huile sur le feu et a réduit en cendres les fondations traditionnelles de cette relation. Qu'importe ce que nous apporteront ces 21 prochains mois –et voir cette relation se détériorer encore davantage est tout à fait probable– il n'y a rien d'exagéré à dire que la relation entre les dirigeants américains et israéliens est au plus bas de toute leur histoire.

En réalité, vous pouvez dire ce que vous voulez sur les origines du bordel actuel au Moyen-Orient, mais le fait que les relations de l'Amérique et de chacun des pays les plus essentiels de la région –sauf l'Iran– soient au plus bas de leur histoire est tout à fait significatif.

Des mauvais choix, une mauvaise gestion et une diplomatie défectueuse ne sont pas les causes principales des problèmes que l'Amérique s'est créés dans la région.

Le plus gros coupable est à chercher du côté de son incohérence stratégique. Visiblement, nous ne savons pas vraiment quels sont nos intérêts, ni n'avons de vision claire pour l'avenir dans la région, telle que pourrait le permettre une collaboration avec nos alliés d'ici et d'ailleurs.

Ne pas faire preuve de naïveté

«Laissez les gars du cru se démerder» n'est pas plus une stratégie de politique étrangère américaine que le «ne faites pas de conneries». Au mieux, il ne s'agit que d'une modalité de cette stratégie et, en réalité, nous avons affaire à une abrogation de responsabilité face à des relations porteuses d'éléments économiques, commerciaux, politiques ou encore militaires cruciaux pour l'influence et les intérêts des Etats-Unis.

De même, nos relations avec d'autres puissances majeures devraient nous offrir ce genre d'outils si, au moins, nous nous donnions la peine de nous occuper du gros du boulot diplomatique (et prétendre que c'est ce que nous faisons avec l'Iran n'est pas convaincant, vu que nous ne le faisons pas en fonction des autres et nombreux problèmes de la région, et vu les désastres que nous avons pu causer en Libye ou en Syrie).

Pour le président, il serait facile de dire:

«Je cherche la stabilité au Moyen-Orient. Je cherche à préserver les intérêts américains, de la sécurité de nos alliés à la sécurité de notre territoire, des liens commerciaux aux préoccupations économiques mondiales. Je cherche à réussir ce projet en établissant de nouvelles alliances avec nos alliés traditionnels qui nous aideront à garantir la stabilité qui leur est nécessaire pour se reconstruire et pour se préserver d'éventuels errements d'autres acteurs régionaux, comme l'Iran. Si nous pouvons obtenir des progrès en contenant la menace nucléaire iranienne et en mettant en œuvre un meilleur dialogue avec ce pays, cela sera pour le mieux. Mais nous savons aussi que l'Iran représente toujours de nombreux risques, que ce soit parce que ce pays soutient des organisations terroristes comme le Hezbollah et le Hamas, ou parce qu'il coordonne des cyberattaques contre des cibles américaines. Ce n'est qu'en cessant de telles activités et en faisant disparaître de telles menaces que l'Iran pourra gagner en statut. Et rien ne nous fera dévier de notre objectif premier, à savoir le rétablissement de l'équilibre au Moyen-Orient.»

Mais, seuls, ces mots ne suffiront pas. Il faudra les compléter d'actions, et d'actions significatives. Il ne faudra pas faire preuve de naïveté.

Il faut éloigner de notre esprit l'idée que l'Iran pourrait un jour devenir notre ami. La menace nucléaire n'est qu'une des nombreuses menaces que représente ce pays, et elle n'est même pas la plus grave.

Géopolitiquement parlant, nos échecs et notre inaction aura poussé les pays de la région à chercher le soutien d'autres grandes puissances. De l'Egypte à Israël, en passant par les pays du Golfe, toute la région pivote (quelle ironie) vers l'Asie –vers l'Inde et la Chine et, où cela est possible, vers le Japon et l'Asie du Sud-Est. La Russie, aussi, gagne en influence au Caire, à Tel Aviv et à Téhéran.

Répartir les charges ne pose aucun problème. Voir notre influence fondre comme neige au soleil, si.

Dans la région, renouer d'anciennes alliances signifiera accorder davantage d'attention aux besoins de nos partenaires, et ce grâce à des actions, pas des mots, en les écoutant, et pas en leur plaquant des discours tous faits. En outre, il faut admettre que, dans certains conflits, si nous ne sommes pas disposés à envoyer des soldats au sol (et la guerre contre l'EI est de ces conflits), nous ne serons pas considérés comme menant réellement la danse, ni comme étant réellement investis, et d'autres pays disposés à faire un tel investissement (comme l'Iran) en sortiront vainqueurs.

Devrions-nous gagner en agressivité pour chercher des solutions diplomatiques aux problèmes de la Syrie, de la Libye, du Yémen et de l'Irak? La réponse est oui. Mais pour réussir, il faudra que nos adversaires sachent qu'ils paieront le prix cher, infligé par une coalition dévouée et incluant les ressources et l'engagement véritable des dirigeants d'une des nations les plus riches et les plus puissantes du monde, aux côtés de puissances locales en qui elle a réellement confiance et à qui elle offre suffisamment d'autonomie pour leur laisser les coudées franches dans la région. Et les négociations ne seront un succès que si nous mettons en œuvre une diplomatie qui n'est pas entravée par des dates-limites artificielles, ou dépréciée par des messages laissant entendre que nous avons davantage besoin d'un accord que nos interlocuteurs.   

Dès lors, il nous faut reconnaître les origines complexes de la crise actuelle. Mais ne minimisons pas le fait qu'en ne réussissant pas à y faire face, nous allons très certainement aux devants de pertes majeures pour les intérêts américains dans la région.

Qui plus est, nous sommes à un moment qui requiert une grande vigilance, et qui devrait se traduire par davantage d'action multilatérale de la part des Etats-Unis et de ses alliés au sein de l'ONU.

Que tous les pays de la région soient en guerre a autant de chances de mener à une situation qui dégénère qu'à des solutions. Nous ne sommes pas loin d'assister à une conflagration que nous n'avons plus connue depuis août 1945.

Et même si cela ne se produit pas, un chaos durable au Moyen-Orient ne fera qu'alimenter la propagation de l'extrémisme en Afrique et en Asie, et la propagation du terrorisme en Europe et en Amérique du Nord.

Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Et il est évident que, même en admettant que l'Amérique n'a qu'une capacité limitée à influer sur ce qui se passe au sol, nous avons l'urgente obligation d'essayer, et d'essayer sans répéter les erreurs du passé. Parce que ce que nous avons fait depuis six ans ne fonctionne tout simplement pas et, en réalité, cela ne fait qu'aggraver l'une des plus graves situations que le monde connaît aujourd'hui.

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