France

L’écologie, c’est la gauche: voilà pourquoi EELV ne doit pas revenir dans ce gouvernement

Matthieu Ponchel, mis à jour le 04.04.2015 à 14 h 28

Le point de vue d'un militant écologiste sur la querelle qui divise le parti.

REUTERS/Stéphane Mahé.

REUTERS/Stéphane Mahé.

Je suis écologiste par humanisme.

Aimer l’homme (et plus que tout les femmes), c’est apprécier la richesse de sa diversité. C’est être convaincu qu’il existe un équilibre à viser, le bien commun, où chacun aurait la possibilité de s’accomplir, ou du moins de trouver sa place dans le respect de celle des autres. C’est chercher des pistes pour un bonheur partagé tout en combattant les pièges de l’égoïsme.

Aimer la femme (et plus que tout les hommes), c’est être écologiste car il n’y a d’avenir sur cette planète qu’en la préservant. Sans écologie, il n’y aura plus d’homme. Je suis donc écologiste par pragmatisme.

En toute logique, tous les politiques qui se prévalent de l’intérêt collectif devraient être écolos. Mieux, quiconque fait de la politique honnêtement est écologiste par nécessité. Un parti au libellé vert n’a pas de sens tant l’impératif est universel.

Mais le pragmatisme affiché par les politiques n’a d’équivalent que leur honnêteté promise. Pire, il existe un parti dont l’appellation cumule écologie et verts!

En théorie, EELV est le parti le plus anti-système

En théorie, Europe Ecologie-Les Verts est le parti le plus anti-système à l'heure actuelle. Son programme propose une refonte de la société prenant en compte la finitude des ressources. EELV milite entre autres pour une VIe république sociale, écologique et solidaire, pour le multiculturalisme, contre une économie marchande prépondérante, pour le droit de vote des étrangers, contre la domination des lobbys industriels, pour la sortie du nucléaire, j’en passe. De la parité au respect des opinions, EELV prouve par son fonctionnement interne son avant-gardisme politique. En d’autres termes, si l’environnementalisme n’était pas si  primordial, son slogan aurait très bien pu être «l’humain d’abord».

C’est un parti radical de gauche. Quoiqu’en disent les Corinne Lepage et autres NKM, l’écologie politique ne peut être de droite car le socle de son projet est antilibéral (la décroissance, la régulation par l’Etat, etc.) et progressiste (égalité des hommes, ouverture sur le monde). Se battre pour une plus grande justice sociale fait partie de son ADN, tant ce qui rassemble les écologistes est une volonté de vivre ensemble au mieux, dans la solidarité et le respect de notre environnement. Son radicalisme est ainsi inéluctable puisque la société ne changera pas à coups de pansements ponctuels. Il faut la repenser totalement, expérimenter des alternatives, réfuter les conservatismes.

Face au discours simpliste d’une extrême droite récoltant les fruits d’un désarroi citoyen, l’écologie politique représente un vrai projet d’émancipation et de transformation sociale, bref, d’espoir.

Les chantiers de l’espoir sont ainsi écologistes, comme le sont les rassemblements citoyens qui ont vu la société civile (véritable base de travail d’EELV) s’allier à des formations de gauche pour remporter des élections (comme à Grenoble). Cela ne veut pas dire que nous devons rassembler sur notre projet (c’est le moment d’avouer que j’ai ma carte au parti). Le fait de proposer de nouvelles idées a tendance à nous rendre sectaires et nombrilistes. Il faut au contraire rester humbles. Les formations du Front de gauche et les associations ont au moins autant à nous apporter sur le terrain social que nous sur l’environnement et l’éthique en politique. Cela signifie que l’écologie est au centre de tout projet progressiste. Cela signifie également qu’il serait irresponsable qu’EELV ne participe pas pleinement et sincèrement à l’émergence d’un mouvement de gauche radicale.

Alors que certains parlementaires (et autres?) hésitent aujourd’hui à rejoindre le gouvernement contre l’avis du parti, il me semble nécessaire de leur rappeler quelques faits.

Dès l’arrivée de ministres EELV au gouvernement Ayrault, il a fallu se battre contre vents et marées. Pour gagner quoi? Une belle loi sur le logement, aussitôt détricotée au départ de Cécile Duflot. De scandales en abandons, les socialistes au pouvoir ont très vite prouvé qu’ils n’avaient ni l’éthique, ni la volonté de gouverner à gauche.

Le PS pratique une politique de droite

Aujourd’hui, au risque de donner raison à Jean-Marine, le PS pratique une politique de droite. Certains argueront les mini-réformes sociales, je leur répondrai qu’il y en eut tout autant sous Chirac et quelques-unes aussi sous Sarkozy. Le mariage homosexuel? Même les conservateurs anglais l’ont voté.

Non, il ne reste plus rien de gauche à un pouvoir qui abuse des institutions (le président monarque, le 49/3) et des électeurs (n’engageant qu’une petite part de ses promesses de campagne). Comment oser demander aux plus démunis de se serrer la ceinture lorsque son propre ministre du Budget fraude le fisc? Comment oser faire la chasse aux minoritaires chômeurs fraudeurs alors que des milliards d’euros en impôts sont évités par des multinationales  sur notre sol? Comment oser encore se réclamer de gauche lorsque l’on stigmatise des populations?

Il n’en fallait pas tant pour démontrer à quel point la politique en France aujourd’hui est une carrière et l’étiquette un choix de cette même carrière. Face à cette faillite, c’est en toute logique l’abstentionnisme aux élections et, malheureusement, le populisme d’extrême droite qui s'enracinent.

Pourtant, l’écologie politique, alliée à une gauche radicale et réformatrice, pourrait se dresser en rempart. Ce n’est pas en rejoignant un gouvernement libéral que nous transformerons la société. Ce type d’alliance nous est contre nature, et en nature, dieu sait pourtant qu’on s’y connaît.

Il est éthiquement impossible de prétendre améliorer la société au sein d’un pouvoir soumis aux lobbys financiers et industriels. Il est décemment impossible de se dire écologiste et humaniste tout en rejoignant l’équipe d’un Premier ministre qui, il y a peu, rangeait les Roms au rang de populations non-intégrables. Comme il serait rationnellement insoutenable de donner des leçons de démocratie tout en étant solidaire d’un ministre de l’Économie non élu, ancien et futur banquier, pour qui les jeunes devraient rêver d’être milliardaires.

Pas de grand mouvement à gauche sans une écologie radicale

Je sais bien qu’entre la théorie et la pratique, il y a parfois un fossé complexe. Fossé que l’on retrouve entre le non-cumul des mandats dans le temps prôné par le parti et l’usage du pouvoir par ses élus. Fossé que l’on retrouve également dans les compromis inévitables qu’il faut avoir avec les autres formations politiques. Mais la frontière avec le renoncement ou l’appétit personnel est assez claire. Il n’y a pas de place chez les libéraux patentés, les conservateurs inavoués ou les réactionnaires masqués pour tout écologiste authentique.

Si l’écologie ne se résumait qu’à la défense de la nature, il existerait assez d’associations et de mouvements activistes pour agir avec efficacité sur le sujet. Faire de l’écologie politique, surtout au niveau national, ce n’est pas s’estimer vainqueur lorsque la municipalité agrandit les trottoirs de dix centimètres ou qu’EDF ferme une centrale nucléaire en cinq ans lorsqu’à côté la politique sociale est désastreuse. C’est tout l’inverse. C’est se battre sans relâche contre un système inéquitable, contre les haines irrationnelles et contre la domination d’un petit nombre sur le reste. C’est proposer une vision émancipatrice, responsable et pragmatique après avoir réhabilité ces deux derniers mots à leur juste définition. C’est partir de la société, de ses expériences, pour porter un projet concret et radical.

Il n’y aura pas de transformation sociale sans écologie comme il n’y a pas d’écologie sans social. Il n’y aura donc pas de grand mouvement à gauche sans une écologie radicale en son épicentre comme, je l’espère, il n’y aura pas d’écologistes dans un gouvernement qui n’a de gauche plus que son nom.

Cher(e)s ami(e)s d’Europe Ecologie, prenez quelques minutes et demandez-vous quelles sont les raisons de votre engagement. Votre choix face aux tentations gouvernementales vous en sera simplifié. Si comme moi, vous croyez que l’humain est au cœur de notre projet, alors le chemin de notre formation est tout tracé: il se fera du côté des progressistes sincères, radicaux et inventifs. Après tout, l’écologie, c’est la gauche.

Matthieu Ponchel
Matthieu Ponchel (2 articles)
Photographe indépendant et militant EELV
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