La démocratie a-t-elle vraiment besoin du journalisme?
Les journalistes ont eu une trop haute opinion de l'importance de leur travail.
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Selon Jones, ces démodés capteurs et distributeurs d' «informations vérifiées» constituent le «noyau dur de l'information» et maintiennent notre démocratie en vie en alimentant tous les autres médias qui en dérivent. Sans ce noyau, aucun éditorialiste, chroniqueur, champion des tribunes libres, blogueur, présentateur de talk-show, ou même aucun agrégateur ne saurait quoi dire. Sans ce noyau, redoute Jones, le public ne saurait pas grand chose des intentions des gouvernements, des entreprises, des politiques ou des nantis.
Les nouvelles formes de journalisme peuvent éviter que le noyau ne se désagrége, écrit Jones, mais il ne croit pas vraiment aux «journalistes-citoyens» ou à la réinvention des médias traditionnels pour stopper l'arrivée prochaine de l'apocalypse médiatique. En général, il faut de l'argent pour faire du bon journalisme, et Jones d'exposer le modèle économique qui a fait naître ce noyau - un modèle aujourd'hui en miettes - et qui a généré pendant des décennies d'immenses profits assurant le maintien de correspondances régionales, étrangères ou à Washington, de bureaux d'investigation et tout ce que nous associons avec le journalisme de qualité.
Ce n'est pas parce que Jones dirige le Shorenstein Center on the Press, Politics, and Public Policy, à l'Université d'Harvard qu'il est pour autant une grosse tête qui se languirait d'un quelconque Eden journalistique perdu. Il vient d'un clan de propriétaires de presse de Greeneville, Tennessee, a été, dans le même État, gérant du Daily Post-Athenian d'Athens, et a couvert des sujets sur la presse - entre autres sujets - pour le New York Times. Autres points clé de son CV: il a décroché un Prix Pulitzer, a présenté des émissions sur la presse sur NPR et PBS, a été professeur de journalisme à l'Université de Duke et, avec Susan E. Tifft, a publié deux éminentes histoires de journaux: The Patriarch: The Rise and Fall of the Bingham Dynasty (1991) et The Trust: The Private and Powerful Family Behind the New York Times (1999). L'encre n'est pas seulement le sang qui coule dans les veines de Jones, c'est aussi l'air qui entre dans ses poumons.
Le journalisme de qualité, semble dire Jones dans Losing the News, permet de soutenir la démocratie en donnant aux lecteurs les informations vitales dont ils ont besoin pour voter intelligemment et s'engager en tant que citoyens. J'écris à dessein «semble», parce qu'après avoir lu le livre deux fois et pris toute une caisse de notes, je ne peux pas dire avec certitude si Jones croit vraiment que la presse telle que nous la connaissons est vraiment essentielle pour la démocratie. Si cette presse «nourrit» réellement la démocratie, comme le sous-entend son titre, les arguments qui soutiennent sa thèse ne sont qu'indirects.
Bien sûr, Jones remarque que la majorité des journalistes pense que la démocratie serait affaiblie si ce que nous appelons le journalisme de qualité disparaissait. Ce n'est pas étonnant. Les journalistes, vôtre dévoué serviteur y compris, ont une très haute estime de leur travail. Il montre, assez efficacement, comment des moments illustres de l'histoire de la presse (comme lors du Watergate, du mouvement des droits civiques, du Vietnam, des écoutes téléphoniques de la NSA) ont été bénéfiques pour la société. Mais pour des raisons que je ne peux que deviner, il évite de dire clairement comment ce journalisme de qualité nourrit la démocratie en faisant que les gouvernements restent honnêtes, en aidant les électeurs à prendre des décisions éclairées dans l'isoloir, ou en encourageant l'engagement politique.
La «nature exacte» de ce que perdrait la société si le journalisme de qualité venait à manquer, écrit Jones, demeure «floue» - une bien jolie esquive. Si Jones n'astique pas plus son argumentation et s'en tient à la classique tirade presse-de-qualité-égale-démocratie-vivace, c'est peut-être qu'il est impossible d'en dire plus. Aux États-Unis, la démocratie a prospéré au XIXème siècle, bien avant que ce que nous appelons «journalisme de qualité» soit inventé. Entre 1856 et 1888, alors que la plupart des journaux étaient des daubes contrôlées par, ou à la botte de partis politiques, la participation électorale lors de scrutins présidentiels avoisinait les 80%. Comparez avec les 55,3% et 56,8% des élections présidentielles de 2004 et de 2008.
Je ne vais pas accuser le journalisme de qualité de pourrir l'impulsion démocratique mais tant que Jones esquivera la question, je le ferai aussi. Est-il possible que ces articles de fond qui dévoilent les fautes et les gâchis gouvernementaux - le type d'informations que Jones et moi préférons aux pages people, sports, jeux et B.D. - n'encouragent ni l'activisme ni la participation? Est-il possible que de tels exposés* finissent par altérer l'image que le public se fait de la démocratie et des autres institutions?
Sans faire le fourbe, on peut néanmoins se demander si le journalisme de qualité est l'outil le plus pertinent pour stimuler la démocratie. Les défenseurs de la démocratie participative et de la responsabilité gouvernementale devraient utiliser plus intelligemment leur temps à réformer les instances officielles. Par exemple, est-ce que le vote de lois permettant une liberté d'accès aux documents administratifs et la publication sur le Web d'informations et de procédures gouvernementales non-classées ne seraient pas plus utiles à cette fameuse responsabilité que le sauvetage du Minneapolis Star Tribune ou du Detroit News?
Comme Jones le concède, seule quelques pages des journaux de qualité - environ 15% - comportent le type d'informations essentielles qu'il considère si précieuses pour la démocratie. Le reste est fait de publicité et d' «informations mollasses qui plaisent à la masse: les chroniques, la B.D., les gadgets, les éditos, les pages loisirs, people, etc.» Tel est ce goût «limité» de la masse, selon les termes de Jones, pour l'information essentielle semblant diminuer - sans les détruire - les avertissements de Jones concernant la rupture de la presse et de la démocratie, et ses résultats tragiques.
Les journaux impriment des informations de qualité de la même manière que les restaurants servent des légumes: l'information de qualité est bonne pour vous, et il est du devoir des journaux de vous proposer ce qui est bon pour vous. Mais aucun restaurant ou journal ne punit les clients qui se moquent de ces plats sains. A la façon dont il se tourmente, je suspecte Jones d'être réellement embêté, non pas la mort des journaux, ou même par la diminution de la démocratie, mais par la disparition éventuelle de ce petit pourcentage de contenu que lui et d'autres élitistes (comme moi!) surestiment par-dessus tout.
On ne perd pas complètement de vue, dans Losing the News, l'idée selon laquelle quelque chose de terrible, de merveilleux et, oui, d'extrêmement démocratique, germe actuellement dans le terreau des médias mourants. Il garde toujours cette peur conservatrice d'Internet, et se fait du souci sur son nouveau public, à l'attention fragmentée, exigeant plus de vitesse, d'impertinence, de subjectivité et de grossièreté. Mais, pour Jones, il n'est pas impossible de voir les normes journalistiques qu'il respecte y prendre racine.
Même si Jones reconnaît que les amateurs qui ont conçu la vidéo de 60 Minutes II sur les états de service militaire de George Bush ont humilié les professionnels de la toute puissante CBS News, il pourrait accorder plus de crédit à Internet. Josh Marshall de Taking Points Memo n'a-t-il pas décroché un Polk Award pour son reportage sur les révocations de procureurs fédéraux? Et cette semaine, le New York Times a cité en exemple VAwatchdog.org pour son article sur les primes excessives distribuées par le Département des Anciens combattants.
Grâce au Web, les légumes servis par le New York Times, le Washington Post, et d'autres vénérables ou plus jeunes institutions sont consommés par des millions de consommateurs d'informations supplémentaires, comme jamais auparavant. Qui sait? Peut-être que le public du journalisme-salade est bien plus important que ce que Jones ose imaginer, et que la démocratie est saine et sauve.
Avertissement: Le Shorenstein Center dirigé par Jones m'a invité par deux fois à Cambridge, Massachusetts, et m'a offert une nuit d'hôtel en échange de ma participation à des colloques sur le journalisme. J'ai aussi participé à deux déjeuners du centre à Washington. Je n'ai pas été acheté par le centre, juste loué.
* en français dans le texte
Jack Schafer
Traduit par Peggy Sastre
Image de Une: Reuters
Mis à jour le 08/09/2009 à 11h30











































La démocratie devrait être gardée mais également contrôlée par le journalisme et la justice.
Le pb du journalisme avoir fait allégeance à la vème République.
Le journalisme dans notre pays par rapport aux anglo-saxons le manque de pugnacité face aux politiciens. Il manque en France un journalisme d'investigation que l'on commence à voir poindre avec timidité.
Quel pays démocratique a eu droit comme en France à cette "grande kermesse" avec le Président de la République sur ce métier basé sur l'INDEPENDANCE.
Le monde a changé le journalisme peu dans le fond.
Pourquoi les journalistes n'ont fait la grève de l'info lorsque leur confrère de Paris Match a été licencié pour avoir dévoilé ce qui se passait au sommet car cette histoire que l'on pourrait parler de privé a eu des conséquences sur la vie de chaque citoyen, on a bien vu que le Président était en dehors des clous pendant cette période.
Oui au journalisme indépendant qui est le rempart de la Démocratie.
Un autre sujet la formation est-elle au niveau de la demande des citoyens?
pourquoi ce commentaire :
certes je le pense
mais c'est le seul moyen que j'ai rouvé dans slate pour le faire apparaitre dans lesuivi de mon compte
le figaro.fr "excellent confrere" de slate permet darchiver directement les articles favoris
ou si y a un truc il est bien caché et j'ai pas mes lunettes
Au mois d'août, Slate nous a donné à lire 6 articles sur le déclin de l'Amérique : Rome s'est effondrée, les Aztèques ont été vaincus, l'Empire britannique s'est évanoui, et l'Union soviétique a implosé. L'Amérique disparaîtra. Oui, mais comment?
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La roue tourne pour les civilisations, les pays, les entreprises (Général Electric vient de perdre ses 3 A), les hommes aussi connaissent grandeurs et misères, pourquoi n'en serait-il pas de même pour le journalisme ? Bien des métiers ont disparu et d'autres encore à venir.
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Par contre, pour survivre ou continuer à vivre, faut-il peut-être conserver une éthique, un but, une foi. Lorsque la presse cache des informations, elle devient complice de ceux qu'elle protège de ce fait. Un exemple parmi d'autres : la fille cachée de François Mitterrand. La presse savait et n'a rien dit ; à chaque fois que le presse se fait mettre la corde au cou par ce genre de silence, elle perd son âme et du coup, à terme, sa crédibilité et la confiance de ses lecteurs. De même de François Bayrou a fini par lasser en tapant en permanence sur Nicolas Sarkozy, quand la presse ne change pas de tempo ni de refrain, elle lasse : voir Libération. J'ai été un lecteur assidu de ce journal mais quand rien n'est positif chez l'adversaire pour ne pas dire l'ennemi, ça fatigue. L'absence de nouveauté entraîne le désintérêt. L'incapacité à changer d'angle de vision et d'observation lasse. Je passe sous silence les articles truffés de fautes.
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Je pense que pencher vers la facilité et la simplification n'est pas in fine, porteur.
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Tant que la presse porte les cris de détresse et de révolte des opprimées, des faibles, des sans voix, elle gagne en estime. Dès qu'elle mange dans la main des dirigeants de tout poil, elle se mue en complice et donc devient suspecte. Elle ne peut-être un 4ème pouvoir qu'en se faisant l'écho sans complaisance des réalités de ce monde.
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Internet offre à tout citoyen la possibilité de se muer en informateur. La presse a les moyens d'aller plus loin en se comportant en investigateur. Quand la presse enquête (n'est-il pas l'heure et l'occasion de remplacer les juges d'instructions ?) elle prend sa place.
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Si l'on admet qu'une démocratie recherche à éduquer ses citoyens et en faire des êtres de réflexion au lieu d'un troupeau avalant un pré mâché, pré digéré, alors la presse doit se muer en formateur, éducateur de réflexion et d'approfondissement des choses au lieu de ne montrer que l'aspect qu'on lui a demandé de mettre en exergue (confère la grippe actuelle où la presse relaie des informations sans les vérifier – les vaccins ont-ils été testés ? Si le virus mute, ces vaccins pourront-ils servir ?).
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Peut-être les journalistes devraient lire au moins une fois, le «Discours de Stockholm» d'Albert Camus, dans lequel il prône qu'une certaine forme d'engagement s'impose.
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Le métier de journaliste doit ou devrait probablement être comme un sacerdoce : une lutte constante vers l'absolu, pour un idéal, une acceptation que l'homme n'est pas parfait mais peut s'améliorer , une révolte permanente, une vigie face aux obscurantismes et à l'ignorance.; mais quand les journaliste jouent les stars ou les " people ", pourquoi s'étonner de leur déclin ?
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Le métier de journaliste doit ou devrait probablement être comme un sacerdoce : une lutte constante vers l'absolu, pour un idéal, etc. ! J'adore ce genre de commentaire, si son auteur se sent une vocation, qu'il suive cet appel intérieur, mais donner ainsi des conseils aux autres n'a aucun sens.
Pour en revenir à l'article, l'auteur a bien raison d'être sceptique, c'est un bon réflexe de se méfier de tous ceux qui font profession d'éclairer le peuple. Les journalistes sont condamnés à écrire les articles que leurs lecteurs attendent, donc la "presse de qualité" est un mythe, il y a simplement une presse pour intellos comme il y a une presse people. Hubert Beuve-Méry, le modèle absolu, n'a cessé de dénigrer de Gaulle (en 1962 il écrivait par exemple « Ce maître ne fait pas école. Il n’a ni disciples, ni collaborateurs, tout au plus des serviteurs ») car sinon Le Monde ne se serait pas vendu. Idem pour le gouvernement Juppé de 1995: Le Monde a commencé par soutenir les réformes proposées, puis a tourné casaque sinon pfft plus de lecteurs, que faire d'autre ?
Aujourd'hui la mode est au "débat" et à la "polémique", alors ne comptez pas sur les journalistes pour défendre placidement qq vérités élémentaires sur les OGM, les ondes WiFi ou le réchauffement climatique. Colombani écrit par exemple ici même « Claude Allègre [...] dont la pensée est plus sophistiquée que ce qu'on a bien voulu dire », ah voilà une bonne bête pour le "débat", les autres ils nous ennuient à dire tous la même chose.
Bref l'information est certes essentielle à la démocratie, mais nous n'en manquons pas et nous en manquerons de moins en moins; pour ce qui est de trier, c'est le boulot de chacun d'entre nous, demain comme hier, tandis que ceux ou celles qui préfèrent faire confiance à des "maîtres" sont mal barrés.
Depuis l'invention de l'imprimerie, "le prince" de MACHIAVEL et la dépèche d'Ems, les techniques de manipulation de l'opinion on fait des progrés aussi important que les NTIC
J'adore les romans de Camus et je vais m'empresser de lire son discours de Stockolm que je ne connais pas et qu'il a du je pense, prononcer à l'occasion de la remise du Prix Nobel.
Mais "Combat" et le Quotidien de Paris ont cessé de paraitre depuis des décennies.
Combat où il cotoyait d'allieurs un de ses contemporains, plus cynique qui a refusé le prix en question:Jean Paul Sartre...grand manipulateur d'opinion devant l'etrenel, pardons devant "Le néant"; et soutien indeflectible des dictatures communistes puis de Cohn Bendit (autre grand manipulateur médatique) ettde la formule "elections pieges a con" et de Serge July pour fonder un journal qui ose s'appeler "Liberation" ! avant de devenir tout a fait gateux...
Ou veut il en venir? Si le journalisme "de qualité" est si verbeux...il a des chances de disparaitre.
« Encore un siècle de journalisme, et tous les mots pueront », écrivait Nietzsche autour de 1880. Ne peut-on penser qu'il était là aussi clairvoyant ?
Il est vrai que les journalistes sont censés assurer une mission d'intérêt général pour lesquels le journalisme citoyen n'a pas trouvé la légitimité aux yeux du plus grand nombre. En d'autres termes, ils doivent représenter un point de repère légitime aux lecteurs. Pour permettre à ce journalisme de qualité dont parle Jones de renaître, les rédactions ne doivent pas déposséder les journalistes de leur art, elles doivent leur permettre de cultiver un sentiment d'egagement, sinon de vocation, en leur assurant une certaine indépendance et une marge de manoeuvre qui consiste à faire autre chose que de la sélection de dépêches : enquêter, mettre en lumière...
La nouvelle Agence Centrale de Presse propose un modèle nouveau pour tenter de réhabiliter ce journalisme de qualité dont parle Jones. Pour en savoir plus : http://www.acp-presse.com/fr/lacp/un-nouveau-modele.html