SportsMonde

Le Qatar a forcé des travailleurs immigrés à courir un marathon

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 02.04.2015 à 12 h 03

Repéré sur The Telegraph, Doha News

Le club de sport de la ville de Doha voulait battre un record du monde de participants.

Marathon de Doha, lors des Asian Games de 2006. REUTERS/Issei Kato

Marathon de Doha, lors des Asian Games de 2006. REUTERS/Issei Kato

Lors du Qatar Mega Marathon organisé fin mars dans la capitale Doha, les sportifs habituels ont eu la surprise de voir à leur côté des concurrents un peu particuliers. Ils se distinguaient par l’absence de tenue adéquate pour la course.

Selon The Telegraph, certains portaient même des jeans et des claquettes. Le journal explique qu’ils étaient là dans un but très simple: permettre au club de sport Al Sadd de battre le record du nombre de participants à un marathon. Il s’agissait en réalité de travailleurs immigrés, pour la plupart asiatiques, ramenés depuis leurs dortoirs à la course pour battre le record avec 50.000 participants, pour l’instant détenu par les Etats-Unis. 

Une fois la course lancée, certains ont tenté d’abandonner assez vite, mais, selon des témoins, auraient continué sous la contrainte.

Réalisant que le record ne serait pas battu (il y avait 33.000 participants selon le site Doha News), les organisateurs auraient alors abandonné leur objectif et renvoyé les travailleurs dans leur dortoir. C’était «l’un des marathons les plus chaotiques et les plus désorganisés auquel j’ai eu le déplaisir de participer», a expliqué l’un des coureurs officiels à Doha News. «Certains ont été obligé de marcher plusieurs kilomètres avant que les organisateurs réalisent qu’ils ne finiraient évidemment pas, ils les ont donc remis dans les bus», ajoute-t-il à propos des travailleurs.

Sur Facebook, l’un des organisateurs a fini par s’excuser pour les manquements de l’organisation, notamment sur le ravitaillement et les transports mis à disposition. Mais quand Doha News a posé des questions sur ces travailleurs «forcés» de courir, un représentant a répondu que l’équipement nécessaire a été fourni à chaque participant, mais que personne n’avait été obligé de les porter, ni de participer. Mega Gonzales Cervantes, représentant du club de sport organisateur, a néanmoins admis devant The Telegraph avoir demandé aux compagnies locales d’encourager ses employés ayant un «travail décent» à participer. «Si des travailleurs immigrés ont été enrôlés pour participer à un événement qui demande de l’endurance physique, alors les personnes responsables ont fait preuve de mépris à l’égard de leur dignité et de leur santé», estime de son côté Nicholas McGeehan, de Human Rights Watch.

Cette course et l’attitude des autorités qataries ne sont pas pas anodines. Quand il s’agit de sport, l’émirat fait souvent face aux critiques en matière d’organisation ou pire, dans le traitement de ses travailleurs. En mai 2014, Slate.fr vous parlait déjà des nombreuses violations des droits de l’homme faites à l’encontre des immigrés recrutés pour préparer la Coupe du Monde de football 2022. Sharan Burrow, le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI), affirmait alors dans un documentaire d’ESPN que 4.000 personnes pourraient mourir pour que la Coupe du monde voit le jour.

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