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Le PS connaîtra-t-il une évolution à l'allemande ou à l'anglaise?

Daniel Vernet, mis à jour le 02.04.2015 à 7 h 18

Les socialistes français sombreront-ils avec leur courage réformateur ou à cause de leur réticence aux risques? Du SPD au Labour, l’expérience d’autres partis sociaux-démocrates donne à réfléchir.

Les dirigeants socialistes européens, en 1999. Au premier plan: Tony Blair, Lionel Jospin, Gerhard Schröder, François Hollande.

Les dirigeants socialistes européens, en 1999. Au premier plan: Tony Blair, Lionel Jospin, Gerhard Schröder, François Hollande.

Le Parti socialiste sera-t-il sauvé en menant à bien les réformes que les gouvernements précédents n’ont pas voulu ou su imposer? Sombrera-t-il avec son courage réformateur ou à cause de sa réticence aux risques? L’expérience d’autres «partis frères» en Europe donne matière à réflexion.

En Allemagne, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, à la tête d’une coalition avec les écologistes, a lancé au début des années 2000 «l’agenda 2010», un ensemble de réformes économiques et sociales qui ont taillé dans l’Etat-providence. Les plus emblématiques sont les lois Hartz, du nom de l’ancien directeur des ressources humaines de Volkswagen, qui ont libéralisé le marché du travail, créé les «mini-jobs», réduit l’indemnisation du chômage et repoussé à 67 ans l’âge de la retraite.

La coalition rouge-verte a perdu les élections de 2005 et c’est la démocratie chrétienne d’Angela Merkel qui a tiré profit du courage politique de la gauche. Mais l’Allemagne a mieux résisté que ses voisins à la crise économique et en est même sortie renforcée. La chancelière n’a rien changé aux lois Hartz, se permettant même de profiter de la bonne santé économique de l’Allemagne pour accepter la revendication de ses alliés sociaux-démocrates en faveur de l’instauration d’un salaire minimum et d’un retour, sous condition, à la retraite à 63 ans.

Ni comme junior partner dans la grande coalition, ni dans l’opposition, le SPD n’a profité électoralement des réformes qu’il a lancées. Les conservateurs ne lui en ont pas su gré et sa base syndicale traditionnelle lui reproche son alignement sur les thèses libérales. Le SPD plafonne autour de 25% dans les sondages nationaux quand le Parti chrétien-démocrate dépasse les 40%. Il existe pourtant en Allemagne une majorité de gauche, avec le SPD, les Verts et la gauche radicale Die Linke. Mais cette majorité reste purement virtuelle aussi longtemps que Die Linke, conglomérat de sociaux-démocrates en rupture de parti et d’anciens communistes de l’Est, ne sera pas considérée comme apte à gouverner.

Si la gauche allemande pâtit d’avoir entrepris des réformes, la gauche britannique a elle failli disparaître pour avoir perpétué dans les années 1970 un vieux système fondé sur la connivence entre le Labour Party et les syndicats. A la veille de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, la Grande-Bretagne était au bord de la faillite, sous perfusion du FMI, avec une inflation galopante, un chômage de masse et des grèves incessantes dans les services ou les entreprises publics. Au sein du parti travailliste, la bataille entre les modérés et la gauche faisait rage. Après la calamiteuse expérience Callaghan, qui avait succédé au «moderniste» Harold Wilson, le Labour s’était donné un leader venu de la gauche. Michael Foot, un intellectuel gallois, blanchi dans les manifestations pacifistes, s’efforçait de concilier l’inconciliable.

Finalement désigné comme candidat au poste de Premier ministre contre Margaret Thatcher en 1983, Michael Foot a entraîné son parti dans une de ses plus cuisantes défaites de l’après-guerre. Un de ses camarades avait qualifié son programme, puisé dans l’arsenal de la gauche radicale –désarmement unilatéral, renonciation au nucléaire, sortie de ce qu’on appelait alors le Marché commun (la future Union européenne), nationalisation, protectionnisme, etc.–, de «plus longue lettre annonçant un suicide». La gauche du Labour, alors très influencée par d’anciens trotskistes, préférait que le Labour se réduise à une petite secte pure et dure, proposant une politique «juste» sans espoir de revenir au gouvernement, plutôt que de passer des compromis.

Il a fallu attendre près de quinze ans pour que les travaillistes mettent fin à ce que James Callaghan lui-même appelait les «errements des années 1980» et dix-huit ans pour qu’ils reviennent au pouvoir sous la direction de Tony Blair. Le nouveau leader du parti, désigné en 1994 et vainqueur trois ans plus tard des élections générales, a imposé une «troisième voie» à ce qu’il avait baptisé le New Labour. C’était la fin de l’idéologie au profit du pragmatisme, selon le précepte alors en vogue: il n’existe pas une politique économique de droite et une politique économique de gauche; il y a celle qui marche et celle qui ne marche pas.

Il est vrai que dans son effort de subversion des vieilles lunes travaillistes, Tony Blair a été bien aidé par l’expérience Thatcher, dont la Grande-Bretagne sortait à peine en 1997. Après la potion amère administrée par la Dame de fer –coupes claires dans les services publics, augmentation des impôts y compris pour les plus pauvres, privatisations, réduction des droits syndicaux…– le blairisme, qui trouvait des soutiens en Allemagne auprès de Schröder et jusqu’aux Etats-Unis auprès de Bill Clinton, apparaissait comme une politique progressiste. Seuls les socialistes français, forts de leurs convictions et de leur victoire aux élections législatives inattendues de 1997, refusaient ce qu’ils considéraient comme une trahison de leur idéal.

Le 21 avril 2002, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen devançaient Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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