France

Ni frontistes, ni défaitistes! Pour un nouveau contrat intergénérationnel

Bouger les lignes, mis à jour le 03.04.2015 à 15 h 16

Alors que la panne de l’ascenseur social et la pauvreté les menacent, aucune offre politique ne s'adresse aux jeunes, dont une partie est tentée par le vote FN. Une tribune du groupe de réflexion progressiste «Bouger les lignes».

Place de la Bastille, le 6 mai 2012, après la victoire de François Hollande. REUTERS/Charles Platiau

Place de la Bastille, le 6 mai 2012, après la victoire de François Hollande. REUTERS/Charles Platiau

73% des 18-24 ans et 59% des 25-34 ans se sont abstenus au second tour des élections départementales. C’est bien plus que la moyenne nationale de 50% et c’est une nouvelle preuve du dépit que suscite le débat politique pour notre génération. Ce dépit a fait du FN le premier parti chez ceux, qui, parmi les jeunes, font usage de leur carte d’électeur envers et contre tout –et non pas chez les jeunes en général, la nuance a son importance. Ce dépit, nous ne pouvons l’ignorer.

Que la jeunesse soit attirée par un parti qui situe l’avenir de la France dans un passé fantasmé et coupé des réalités de notre temps, cela peut sembler paradoxal.

Alors rappelons les faits.

Le taux de chômage des 15-24 ans a atteint près de 24% fin 2014 et il faut attendre 32 ans pour qu’il rejoigne la moyenne nationale. Il dépasse 40% pour les jeunes non diplômés. La difficulté de se loger, la perte de vitesse du système éducatif, la panne de l’ascenseur social et la pauvreté sont des menaces pour l’ensemble des Français, mais les jeunes y sont exposés de manière encore plus brutale. La dégradation de l’environnement, le poids de la dette, les risques qui pèsent sur les régimes sociaux sont autant de questions qui ne concernent naturellement pas que la jeunesse mais qui hypothèquent le patrimoine collectif qui lui sera légué.  

Nous voyons devant nous une société bloquée, où l’effort a peu de chance d’être récompensé, où l’héritage tient lieu d’avenir, où les bonnes places sont trop souvent tenues par des baby boomers qui n’ont pas toujours fait leurs preuves. Les  rentes et les situations acquises brident notre initiative, notre créativité, nos prises de risque. Elles creusent les inégalités de naissance. Comment ne pas perdre patience?

Où est l’offre politique pour les jeunes?

Le FN s’est arrogé le monopole du projet de société, si dangereux et incohérent soit-il. En se banalisant, la troisième formation politique de France a montré qu’elle ne savait plus seulement agiter les peurs, mais aussi expliquer, rassurer, fournir des repères qui séduisent ceux de notre génération pour qui l’avenir est anxiogène. Faute de personnel politique nombreux et continuellement reconduit les trente dernières années, le FN propose aux jeunes volontaires des responsabilités et des positions éligibles. C’est ainsi qu’il parvient à se donner l’image trompeuse d’une start-up politique innovante, qui a réalisé une véritable percée électorale si l’on a l’honnêteté de regarder les scores en termes de suffrages exprimés plutôt qu’en nombre de conseillers généraux.

De la droite, nous n’avons rien entendu. Si! Le «ni-ni», c'est-à-dire une invitation à l’indifférence et au désengagement. C’était presque un encouragement à s’abstenir et ce n’est certainement pas aux jeunes électeurs et à son projet que la droite doit sa victoire, mais à un subtil rapprochement de la rhétorique du FN –qui décidément dicte l’agenda politique– sur fond de lassitude des partis au pouvoir dans un pays qui peinent à trouver sa voie.

La gauche nous a proposé le rassemblement et le pacte républicain, le rejet par tous les moyens de l’univers fermé du FN. C’est bien sûr nécessaire. Notre génération veut majoritairement une société ouverte sur le monde, plurielle et diverse. C’est déjà dans ce monde-là qu’elle vit. Mais invoquer ces principes ne suffit plus, il faut nous convaincre par les actes qu’en déposant nos bulletins, nous pouvons changer notre avenir, et non simplement éviter le pire. Les résultats finaux de ces élections donnent la mesure du travail qui reste à faire.

Donnez-nous de l’action, nous nous mobiliserons

En déposant une contribution indépendante au congrès du parti socialiste, Bouger les lignes a montré que notre génération n’est pas apathique, mais frustrée du manque de volontarisme politique; qu’elle aspire à une politique qui ne soit plus fondée sur des incantations idéologiques, mais une analyse lucide de la réalité; qui ne s’illustre plus par les déclarations, mais par les actes.

Nous proposons un nouveau contrat intergénérationnel.

Il s’agit d’abord de faciliter le financement des études et du logement pour les jeunes grâce à une garantie publique –peu coûteuse– sur des prêts accordés par les banques, dont le remboursement ne commencerait qu’une fois un emploi trouvé. Nous proposons aussi de créer les structures pour que les étudiants puissent développer des entreprises au cours de leurs études en renforçant les partenariats avec des entrepreneurs colocalisés dans les écoles et les universités.

Ensuite, taxons l’immobilité plutôt que la mobilité en remplaçant les droits d’enregistrement immobiliers, qui pèsent en particulier sur les primo-accédants, par une taxe sur la détention des biens immobiliers. Ouvrons le monde aux jeunes en instituant la possibilité de réaliser le service civique ou une partie de la scolarité dans un autre Etat européen.

Enfin, créons de vraies opportunités. Ciblons la formation professionnelle sur les publics les plus éloignés de l’emploi, en particulier les jeunes non diplômés qui ont besoin de formation longues. Renouvelons la vie politique en instaurant une limitation du nombre de mandats consécutifs.

Le gouvernement a posé des jalons visant à moderniser l’économie et la société française. Il faut intensifier, accélérer ces efforts. Il y encore beaucoup d’injustices à résoudre, de rentes à casser, d’économies à réaliser, de lourdeurs inutiles à supprimer pour redonner du sens à l’initiative et à la créativité, encourager la mobilité sociale et nous faire croire dans un futur qui ne sera pas celui de la faillite de nos institutions et de notre modèle social.

Pour ces combats, nous saurons nous mobiliser.

 

Bouger les lignes
Bouger les lignes (1 article)
Groupe de réflexion progressiste, composé à parité de jeunes représentants du secteur public et du secteur privé
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