Culture

Le cahier de textes de Courtney Barnett

François Pottier et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 01.04.2015 à 15 h 49

Rencontre avec la chanteuse australienne, auteure d'un premier album irrésistible d'intelligence et de drôlerie, sous forme d'un dialogue autour des paroles de ses morceaux.

Courtney Barnett.

Courtney Barnett.

Sur Pedestrian At Best, elle chante:

«It won't be with me on my death bed/But I’ll still be in your head.»

Depuis un an et demi et la sortie de son double EP A Sea of Split Peas, elle s'est solidement installée dans nos têtes, Courtney Barnett, avec ces hymnes slacker et ses ballades ornées de répliques géniales, de celles que l'on a envie de siffloter sous la douche ou de partager instantanément sur les réseaux sociaux.

Rencontrée lors de son passage à Paris, fin mars, à l'occasion du festival Les Femmes S'en Mêlent et de la sortie de son premier album Sometimes I Think And Sit, And Sometimes I Just Sit, la chanteuse australienne a évoqué pour nous son parcours et sa méthode d'écriture sous forme d'un «dialogue» avec les paroles de ses chansons.

Vous pouvez l'écoutez en même temps:


Sometimes I Sit And Think, And Sometimes I Just Sit

«Parfois je m'assois et je réfléchis, et parfois je ne fais que m'asseoir»

«Ce titre vient d’un poster dans la maison de ma grand-mère quand j’étais enfant, et je l’ai toujours trouvé drôle et malin. Quand j’étais en train d’enregistrer l’album, je m’en suis souvenu et cela m’a semblé assez proche de ma manière d’écrire.

Ça implique beaucoup de réflexion, de contemplation. Puis parfois, quand vous essayez d'écrire et qu'aucune idée ne vous vient...

L’album est une assez bonne représentation de l’année que j’ai connue [depuis la sortie du double EP, NDLR] et de la vie en tournée: une bonne journée, puis une journée difficile, puis un entre-deux.»

«I must confess I’ve made a mess of what should be a small success, but I digress, at least I’ve tried my very best I guess» (Pedestrian At Best)

«Je dois avouer que j'ai foiré ce qui devrait être un petit succès. Mais je m'égare, au moins j'imagine que j'aurais tout tenté.»

«Ce que je voulais dire, c'est que je pensais avoir écrit des chansons pourries et que l’album serait raté.

Par exemple, je n’ai jamais pensé qu’Avant-Gardener pouvait être un bon single. Visiblement, c’est le cas, et c’est plutôt amusant.

Mais je n’écris jamais une chanson dans l’espoir qu'elle devienne un tube.

Je suis vraiment heureuse de voir que les gens sont touchés par les chansons partout, et pas seulement en Australie. C'est un peu déroutant, surtout que je n'étais pas du tout préparée pour ça.

Mais aujourd'hui, je suis prête pour affronter tout ce qu'il peut se passer dans ma vie. (rires)»

«I don't know quite who I am, oh but man I am trying, I make mistakes until I get it right» (Small Poppies)

«Je ne sais pas vraiment qui je suis, mais je fais de mon mieux, je fais des erreurs jusqu'à ce que ça marche»

«J’essaie d’écrire tous les jours, pendant la tournée, à la maison, un peu partout, mais je n’arrive pas forcément à le faire. Je suis du genre à prendre des notes, à écrire dès que l’inspiration vient, le lieu où je me trouve n’a pas vraiment d’importance pour moi. En règle générale, ça me prend du temps, écrire, réécrire, restructurer, y arriver avec des mots différents…

En fait, je crois que je ne sais absolument pas ce que je fais, ce qui fait que les chansons sont toutes un peu différentes. J’écris juste comme ça vient. Il n’y a pas d’idée de structure d’album, j’espère juste que ça finisse par fonctionner dans l'ensemble.»

«You said "We should look out further", I guess it wouldn’t hurt us, we don’t need to be around all these coffee shops. Now we’ve got that percolator, never made a latte greater. I’m saving 23 dollars a week» (Depreston)

«Tu disais "on devrait chercher plus loin", je suppose que ça ne nous ferait pas de mal, on n'a pas besoin d'être près de tous ces cafés. Maintenant qu'on a une cafetière, on n'a jamais fait de meilleur latte. J'économise 23$ par semaine»

«Je ne me moque pas particulièrement des hipsters.

Peut-être un peu, mais mes chansons sont très autobiographiques, donc si je me moque, alors je me moque aussi de moi-même.

Avec mes amis, on rigole parfois de ces choses, ces cafés, cette culture, mais on va tous dans ces cafés, j'y bois mes latte, donc... (rires)

J’ai écrit Elevator Operator à propos d’un de mes amis, donc à la troisième personne, mais je crois que c’est la seule chanson de ce genre.

Le reste du temps, c’est moi qui parle.»

 

«Feeling sick at the sight of his computer, he dodges his way through the Swanston commuters» (Elevator Operator)

«Déprimé à la vue de son ordinateur, il slalome entre les voitures de Swanston»

«Je suis née à Sydney. A 16 ans, je suis partie à Hobart en Tasmanie, et à 21 ans, j’ai déménagé à Melbourne. J’ai commencé à partir en tournée à peu près à ce moment, dans toute l’Australie. Melbourne est une ville très artistique, avec beaucoup de musiciens, d’artistes visuels, de théâtres, elle est très reconnue pour sa vie culturelle, alors que Sydney est surtout connue pour ses plages, ses superbes ports…

En Australie, il y a quelques songwriters que j'admire, comme Paul Kelly et Darren Hanlon des Lucksmiths.

J’ai grandi en n’écoutant que de la musique américaine. Les séries télé et les films, tout était américain. C’est étrange. Je n’ai pas écouté un seul groupe australien avant mes 20 ans, ce qui est tellement stupide. Et maintenant, je découvre Nick Cave, The Birthday Party, les Go-Betweens ou les Saints… C’est triste. Par contre, tout le monde connaissait les Guns N' Roses et autres. (rires)»

«Everywhere you go, I'm right beside you, there's no one who knows you the way I do» (Needle In The Hay, de Jen Cloher, sa compagne)

«Où que tu ailles, je suis à tes côtés, personne ne te connaît comme je te connais»


 

«Super chanson, super solo de guitare au milieu. Ça, c’est moi. (rires)

J’ai joué dans son groupe pour son dernier album, mais je n’écris pas les chansons avec elle. Enfin, j’ai écrit une chanson avec elle.

C’est difficile, parce que je n’ai jamais écrit de chanson avec qui que ce soit.

Du coup, on est là, "Par où on commence?", quelqu’un doit se lancer...

C’est un processus qui peut impliquer une certaine susceptibilité, du genre "Je n’aime pas ce mot" ou "Je n’aime pas cette parole", alors que le reste est bon, et tu dois dire à l’autre "Vraiment?". Ouille.

J’ai toujours écrit seule, mais c’est une bonne expérience de s’abandonner un peu.»

«You’re saying definitely maybe... I’m saying probably no» (Nobody Really Cares If You Don't Go To The Party)

«Tu dis à coup sûr peut-être... Je dis probablement pas»

«La référence à Oasis est un accident: je m’en suis rendu compte après, et j’ai trouvé ça drôle. Puis je me suis souvenu de cette chanson de Björk sur Post avec "Possibly maybe, probably no" [en fait, Björk dit “probably love”, NDLR].

J’ai écrit ces paroles, et je me suis rendue compte après que les deux chansons avaient cette connexion, et j’ai trouvé ça drôle. Mais je n’allais pas la changer pour autant: je l’avais déjà écrite.»

«Satellites on the ceiling, I can see Jesus and she’s smiling at me» (Kim's Caravan)

«Des satellites au plafond, je peux voir Jésus et elle me sourit»

«Oui, je suis féministe, et je pense que tout le monde dans mon groupe est féministe. En Australie, il y a probablement encore beaucoup de choses qui pourraient être améliorées.

L’autre jour, je lisais cette histoire d’une femme assassinée dans un parc, et les gens étaient là à dire: "Faites attention, si vous êtes une femme, ne vous aventurez pas dans le parc".

J’ai trouvé ça tellement stupide, parce qu’on ne devrait pas avoir à être prudente quand on marche dans un parc juste parce qu’on est une femme. "Vous ne devriez tuer personne", peut-être...

L’Australie était un pays très sexiste encore dans les années 1970, du genre "Les femmes devraient rester dans la cuisine”. Aujourd’hui, les choses se sont améliorées, mais il y a toujours moyen de faire encore mieux.»

«Don't ask me what I really mean, I am just a reflection of what you really wanna see, so take what you want from me» (Kim's Caravan)

«Ne me demande pas ce que je veux vraiment dire, je suis juste un reflet de ce que tu veux vraiment voir, donc prends ce que tu veux de moi»

«Ce que je veux dire par là, c'est que la chanson est le reflet de la personne qui écoute. Je pense que les gens interprètent tout le temps les chansons de manière différente et c’est important qu’ils le fassent, même si cela peut parfois être frustrant de voir quelqu’un comprendre de travers ce que j’ai voulu dire.

Mais la plupart du temps, je pense qu’une fois que j’ai écrit une chanson et que je l’ai publiée ou jouée, les gens sont libres de l’interpréter comme ils le veulent. C’est agaçant, mais c’est très bien comme ça.»

«Don't stop listening, I'm not finished yet» (Debbie Downer)

«Continue d'écouter, je n'ai pas terminé»

«J’ai toujours fait des choses différentes, écouté des musiques différentes, j’ai joué dans plusieurs groupes avec des styles bien différents. C’est un peu dispersé. J’ai commencé à écrire sérieusement des chansons à 18 ans environ.

Je ne pense pas que chanteuse soit vraiment un métier, mais en tout cas, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Et aujourd’hui, c’est ce que je fais. Tout le temps. Donc tout va bien.»

François Pottier
François Pottier (18 articles)
Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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