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Ce qui se passe quand la Suède traite la justice saoudienne de «moyennâgeuse»

Temps de lecture : 2 min

En reprochant à l'Arabie saoudite de ne pas respecter les droits de l'homme, la ministre des Affaires étrangères suédoise met en péril les relations économiques entre les deux pays.

Des photos de Raef Badaoui et d'autres prisonniers détenus en Arabie saoudite, devant l'ambassade saoudienne à Mexico en février 2015. REUTERS/Edgard Garrido
Des photos de Raef Badaoui et d'autres prisonniers détenus en Arabie saoudite, devant l'ambassade saoudienne à Mexico en février 2015. REUTERS/Edgard Garrido

Faut-il dire ce qu'on pense au risque de perdre des amis? C'est, en substance, la question posée par l'affaire Margot Wallströme. Début mars, une crise diplomatique éclate entre l'Arabie saoudite et la Suède. En cause: les déclarations de la ministre des Affaires étrangères suédoise qui a qualifié de «moyenâgeuses» les méthodes de la justice saoudienne contre Raef Badaoui, un blogueur saoudien flagellé pour «insulte à l'islam».

Conséquence de cette déclaration: le rappel de l'ambassadeur saoudien de Stockholm et la fin d'un accord de coopération militaire qui aurait dû être reconduit le 10 mars. L'Arabie saoudite a cependant annoncé le retour de son ambassadeur à Stockholm considérant que le gouvernement suédois s'était excusé.

Problème pour certains, le manque de réactions du côté occidental. «Le scandale, c'est qu'il n'y ait pas de scandale», s'emporte Nick Cohen dans le Spectator. L'éditorialiste reproche aux pays occidentaux de garder le silence, laissant l'Arabie saoudite attaquer la diplomatie suédoise.

«La vie politique moderne est telle qu'un politique qui défend la liberté d'expression et le droit des femmes dans le monde arabe finit par passer pour un dangereux gauchiste, ou pour un néoconservateur, ou encore, pour le soutien d'un parti d'extrême droite populiste scandinave dont l'engagement pour la défense des droits de l'homme couvrirait simplement une haine contre les musulmans. Sauf que Margot Wallström une politique moderne comme rarement: une femme de gauche qui parle suivant ce que lui indique ses principes.»

De cette situation, l'auteur tire deux constats: d'une part, qu'il est plus facile d'attaquer un petit pays comme la Suède que les Etats-Unis, la Chine ou l'Arabie saoudite; d'autre part que l'Europe n'a plus les moyens de défendre les droits de l'homme et préfère se taire que froisser des partenaires économiques importants.

«L’Arabie saoudite savait que la Suède a besoin de son argent plus qu’elle-même a besoin d’importations suédoises.»

Une ministre des Affaires étrangères «pas très diplomate»

Un choix «magnifique» mais totalement contre-productif pour The Guardian. Le journal rappelle que les grandes entreprises suédoises comme Ikea, H&M, Volvo, etc. font plus d'un milliard de profits par an en Arabie saoudite. Contrairement à l'opinion publique suédoise, l'industrie s'est donc opposée aux déclarations de la ministre des Affaires étrangères. Trente chefs d'entreprises ont signé une lettre envoyée à la ministre, signalant que cette situation allait ternir l'image de la Suède pour d'autres partenaires économiques potentiels rappelle The Spectator.

La ministre n'en est pas à sa première altercation avec un pays du Moyen-Orient. La Suède a ainsi reconnu l'Etat palestinien en automne dernier, ce qui avait provoqué l'ire des Israéliens. Le ministre israélien Avigdor Lieberman avait attaqué Margot Wallström en indiquant que «les relations entre les pays au Moyen-Orient sont plus complexes que l’assemblage d’un meuble Ikea». Les Israéliens avaient alors rappelé leur ambassadeur en guise de protestation. Il est revenu à Stockholm depuis.

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