France

Les cinq départements qui symbolisent la défaite de la gauche

Jérémy Collado, mis à jour le 30.03.2015 à 0 h 17

De la Corrèze aux Bouches-du-Rhône en passant par le Nord, les Côtes d'Armor et l'Essonne, le PS s'est incliné dans des départements emblématiques de ses racines, mais aussi son évolution.

François Hollande à Tulle, le 29 mars 2015. REUTERS/Régis Duvignau.

François Hollande à Tulle, le 29 mars 2015. REUTERS/Régis Duvignau.

C'est une sévère défaite pour la gauche, qui perd une trentaine de départements, et donc le contrôle de la majorité des conseils départementaux. Le second tour des élections départementales a infligé un sérieux avertissement à la majorité, battue dans des départements très divers, symboliques à la fois de ses racines mais aussi de son évolution, notamment de sa progression dans l'Ouest. En voici cinq particulièrement emblématiques.

1.CorrèzeLe fief du président de la République

En 2011, François Hollande avait conservé le département avec une majorité... d'un seul siège. Son aller-retour express dans la journée de dimanche pour voter et soutenir symboliquement ses troupes n'aura pas suffi: deux tiers des cantons corréziens (treize contre six) ont été remportés par la droite.

Aux dernières municipales, la droite avait déjà remporté quatre villes importantes du département. Seule Tulle, finalement, était restée aux mains de la majorité départementale grâce à Bernard Combes, également conseiller de François Hollande, réélu conseiller départemental avec 64% des voix. Dans ce département rural, le FN était bien plus bas que sa moyenne nationale au premier tour avec seulement 7,97% des voix, après sa percée à 14,6% aux européennes.

C'est une claque personnelle et un symbole fort pour le président de la République, battu chez lui, là où il avait très largement devancé Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle avec près de 65% des voix. En 2011, Nicolas Sarkozy avait par exemple subi un camouflet à Neuilly, avec la division entre l'UMP et le centriste Jean-Christophe Fromantin, élu maire de la ville puis conseiller général. Mais le département, lui, restait majoritairement à droite.

Aux élections cantonales de mars 1985, la gauche avait perdu dix départements mais François Mitterrand, président du Conseil général de la Nièvre de 1964 à 1981, avait réussi à conserver «son» département sous étiquette socialiste.

2.NordUn bastion ouvrier bascule à droite

Depuis dimanche dernier, il n'y avait plus aucun suspense. La gauche avait d'ores et déjà perdu le département après 17 ans de présidence, les socialistes ne parvenant pas à se maintenir au deuxième tour dans plus de la moitié des 41 cantons. Ainsi, dans 22 cantons, la droite affrontait le FN au deuxième tour.

Et c'est une énorme défaite pour le PS, qui ne gardera au final que 20 élus sur les 82 que compte ce bastion historique de la gauche. Le sénateur Jean-René Lecerf devrait donc succéder à Didier Manier, qui avait lui même pris la place de Patrick Kanner en septembre 2014, après l'entrée au gouvernement de ce dernier. Réélu avec 61,10% des voix, Patrick Kanner ne retrouvera pas son poste.

3.EssonneLa défaite «personnelle» de Manuel Valls

C'est une nette défaite pour la majorité sortante emmenée par Jérôme Guedj, qui devrait se retrouver avec seulement 12 sièges sur 42 dans la future assemblée départementale. C'est aussi une défaite pour le Premier ministre Manuel Valls, député-maire d'Évry de 2001 à 2012, qui s'est impliqué personnellement dans cette campagne en tenant meeting le 16 mars dans sa ville.

«Voilà ce qui se passe quand on se coupe avec le peuple de gauche», a commenté Jérôme Guedj, un des chefs de file des «frondeurs», qui a tout de même été réélu dans son canton de Massy. Sur Twitter, il en a profité pour répéter ses messages à François Hollande, dont il critique la politique depuis trois ans.

La gauche paie ses divisions avec le Front de gauche, notamment à Corbeil-Essonnes, où le binôme de gauche n'a pas réussi à accéder au deuxième tour. Mais les chiffres du chômage et l'absence de résultats de la politique gouvernementale ont également joué dans une campagne très nationalisée.

Georges Tron, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, devrait donc logiquement devenir le prochain président du Conseil départemental malgré son passage aux assises pour une affaire de viol dans un avenir proche.

4.Côtes d'ArmorLe basculement de la France de l'Ouest

C'était le plus ancien bastion de la gauche en Bretagne: le PS présidait le département depuis 1976 mais Claudy Lebreton, président du Conseil général depuis 1997, ne se représentait pas. Au premier tour, le Front national avait réussi une impressionnante percée sur des terres longtemps rétives au discours frontiste, en frôlant les 19% des voix dans ce département où François Hollande avait battu très largement Nicolas Sarkozy avec presque 60% des voix en mai 2012.

Au final, la droite s'y impose largement, avec 17 cantons remportés contre 10 pour la gauche, même si dans certains cantons, la lutte fut très serrée. «Nous payons les divisions de la gauche au niveau national», a déclaré l'ancien patron du département.

5.Bouches-du-RhôneLa chute de la maison Guérini... et du PS

Jean-Noël Guérini était un tigre de papier. Élu dans un très petit canton (11.592 votants au premier tour), le président sortant du Conseil général, qui dirigeait le département depuis 1998, réussit à se faire réélire. Mais c'est la bérézina au niveau départemental, où ses candidats et les socialistes sont balayés. Symbole des déboires du PS au niveau local, Guérini jure que son combat politique n'est pas terminé et veut déjà rejouer les troubles-fêtes aux régionales de décembre 2015.

L'UMP revendique la victoire dans 16 cantons sur 29, ce qui lui assurerait la présidence dans un département dirigé par la gauche depuis... 1953! Martine Vassal, le chef de file UMP-UDI, également adjointe de Jean-Claude Gaudin à Marseille, devrait donc devenir la nouvelle présidente de l'assemblée départementale.

Au premier tour, le FN, qui avait remporté son premier canton à Marseille en 1985, avait réalisé un score inégalé dans les Bouches-du-Rhône avec 33,51%.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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