France

Les expressions toutes faites à bannir des soirées électorales

Slate.fr, mis à jour le 29.03.2015 à 22 h 38

«Les forces de progrès» ont-elles «entendu le message» de l'appel à l'«unité»?

Qui dit soirée électorale dit forcément «direct» des médias et en particulier des chaînes d’info, dont les présentateurs ont la difficile tâche de maintenir l’attention du téléspectateur plusieurs heures avant et après les résultats, avec une ribambelle d’intervenants plus ou moins inspirés et d’inévitables lieux communs répétés de plateau en plateau. Quant aux responsables politiques nationaux, ils se lancent dans d'interminables tournées des médias pour y râbacher des «éléments de langage» concertés, ce qui renforce l'impression de soirées-zombies totalement déconnectées de la situation.

Voici un petit tour d’horizon non exhaustif des formules creuses, cliché voire insensées qu'on ne nous a à nouveau pas épargnées lors de la soirée électorale du second tour des départementales

«L’abstention, premier parti de France»

Cette expression ne veut rien dire. Comme nous vous l’expliquions, les motivations de l’abstention sont trop diverses pour être regroupées sous la bannière unique d’un «parti» politique.

«Rafler»

Est-on obligé de choisir un mot aussi tranchant et connoté pour parler de... politique? Tentative de synonymes: enlever, s’emparer, remporter, conquérir, capter, gagner, prendre...

«Fief»

La Corrèze, le département dont François Hollande a été président du conseil général, est passé à droite, et c’est l’occasion d’entendre en boucle cette épuisante expression du «fief»: jusqu’à preuve du contraire, la République n’est pas un régime féodal, en dépit de regrettables dérives localisées…

«L’effet crash»

A chaque campagne électorale, ses faits divers et accidents qui «s’invitent» dans le débat alors que personne ne les avait invités… Cette semaine, on craignait que le crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes ne soit évoqué pour expliquer l’évolution des rapports de force: ça n’a pas manqué. iTélé s’est lancé un peu avant 20 heures.  

«Forces de progrès»

Une expression qui fleure bon les années 70. Il y aurait d’un côté les forces «de progrès», de l’autre les forces... «de la régression»? Ne tournons pas autour du pot: voici un élément de langage pour désigner soit la gauche, soit les partis «républicains», en opposition avec le Front national, qui a aimanté les débats pendant des semaines...

Variante: le «vote de progrès», slogan des candidats Julie Garcin Saudo et Vincent Gaudy, qui se présentaient face au FN dans l’Hérault.

«Libération de la parole»

Sur quelle réalité objective et statistique se base-t-on pour dire que la parole se libère?

«Peuple de gauche»

De qui parle-t-on lorsque l’on évoque ce fameux «peuple de gauche»? Ses électeurs en voie de disparition, que Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin décrivaient dans leur ouvrage Recherche peuple désespérement, c’est-à-dire un peuple loin des centre-villes, relegué dans les zones périurbaines et qui se détourne de la gauche? Ou bien le «peuple de gauche» jeune et urbain qui milite contre le Front national?

«Rassemblement»

Si vous avez bien écouté les discours des socialistes, de Manuel Valls à Jean-Christophe Cambadélis, au soir du second tour des élections départementales, vous aurez peut-être remarqué le mot «rassemblement» était dans toutes les bouches. Même les frondeurs appellent à un «contrat de rassemblement» ce soir, c’est dire.

«J’ai entendu ce message»

Prononcée par Manuel Valls peu après 20 heures, cette considération de l’électeur après une branlée est un classique du parti perdant, surtout quand le FN réalise une bonne performance. Il n’est pas certain que la réponse soit au rendez-vous, surtout si le message à «entendre» est brouillé.

Variante: «Tirer les leçons» du vote (mais lesquelles??)

«Cette victoire nous oblige»

Sortie par Laurent Wauquiez, tweetée par Christian Estrosi, cette «obligation» ressemble à un élément de langage. Le genre, on la joue modeste. Ca oblige à quoi? On ne sait pas encore bien.

«L’unité est ma priorité»

Si tout le monde parle de «rassemblement» (voir plus haut) à gauche, le président de l’UMP Nicolas Sarkozy parle volontiers d’«unité» dans un parti qui a été secoué par ses divisions depuis la défaite du candidat à l’élection présidentielle en 2012. Dire que c’est donc la priorité du principal parti de droite semble être un pléonasme. D’autant plus que l’ancien chef de l’Etat a beaucoup de priorités.

«L’alternance est en marche»

Ce sont les mots de Nicolas Sarkozy quelques minutes après l’annonce des résultats qui plaçaient la droite en tête dans au moins 60 départements. L’alternance, c’est le passage de la gauche à la droite, on l’aura compris. Mais ce passage marche-t-il? Avec ses jambes? Vers où?

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