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«Une porte de cockpit qui ne s'ouvrira jamais»: l'article prophétique d'un pilote néerlandais, deux mois avant le crash de Germanwings

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.03.2015 à 16 h 50

Repéré sur BNR, NOS, France 3-Nord-Pas-de-Calais, Luchtvaartnieuws

Dans le cockpit d'un A321. REUTERS/Albert Gea.

Dans le cockpit d'un A321. REUTERS/Albert Gea.

Il s'appelle Jan Cocheret, a 35 ans d'expérience comme pilote de ligne et vole aujourd'hui pour la prestigieuse compagnie Emirates. Chroniqueur pour le site d'aviation Luchtvaartnieuws («AviationNews»), ce Néerlandais avait écrit il y a deux mois un article qu'il a finalement trouvé trop anxiogène et choisi de ne publier que dans une revue papier plus confidentielle, Piloot en Vliegtuig («Pilote et avion»). Ce qu'il écrivait (repéré notamment par France 3-Nord-Pas-de-Calais) résonne aujourd'hui prophétiquement à la lumière du scénario retenu par les enquêteurs dans le cadre de l'enquête sur le crash de l'A320 de Germanwings:

«Grâce au système ultra-sécurisé de fermeture de porte, il n'est plus si difficile pour un pilote de prendre le pouvoir dans le cockpit et de laisser son collègue dehors. Il suffit d'attendre qu'il ou elle aille aux toilettes et il ne pourra plus jamais ouvrir la porte. Certes, il existe un moyen de rentrer sans intervention du cockpit [grâce à un code, ndlr], mais le pilote aux commandes peut désactiver cette option et ne laisser à son collègue d'autre choix que d'aller s'asseoir parmi les passagers et d'attendre de voir ce que le futur lui réserve.»

Jan Cocheret s'inquiétait de cette possibilité, citant l'exemple d'un pilote d'Ethiopian Airlines qui avait suivi ce scénario pour détourner un avion vers Genève, et rappelant que dans le passé plusieurs pilotes avaient volontairement fait s'écraser leur avion. Citant l'exemple de la spationaute américaine Lisa Nowak (qui avait tenté d'enlever la petite amie de son ex-compagnon) pour rappeler que même des professionnels surentraînés peuvent être pris d'un coup de folie, il concluait:

«Parfois, je me demande sérieusement qui est assis à côté de moi dans le cockpit. [...] Et s'il se passait quelque chose de terrible dans sa vie, qu'il ne peut plus supporter? J'espère ne jamais avoir à découvrir, en rentrant des toilettes, que je fais face à une porte de cockpit qui ne s'ouvrira jamais.»

A travers ce texte, Cocheret entendait critiquer le système de sécurisation introduit après le 11-Septembre, quand les pirates de l'air avaient contraint des personnels de cabine à leur ouvrir le cockpit: «Dès le début, je l'ai trouvé très mauvais. Si quelqu'un a une sale idée derrière la tête et veut rentrer, la porte va empêcher cela, mais qu'en sera-t-il quand le problème est déjà à l'intérieur du cockpit?», explique-t-il à la radiotélévision NOS.

Aujourd'hui, il se prononce donc pour l'obligation pour un membre d'équipage de rentrer dans le cockpit quand un pilote en sort, ou encore, dans une interview à la radio BNR, pour l'instauration d'un deuxième code d'urgence au cas où il y aurait un problème à l'intérieur du cockpit.

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