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Le drame du vol Germanwings ne doit pas conduire à stigmatiser les personnes dépressives

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.03.2015 à 9 h 08

Repéré sur The Atlantic, LiveScience, The Guardian

Andreas Lubitz lors d'un marathon à Hambourg, en 2009. REUTERS/Foto-Team-Mueller.

Andreas Lubitz lors d'un marathon à Hambourg, en 2009. REUTERS/Foto-Team-Mueller.

L'enquête sur Andreas Lubitz se poursuit, près d'une semaine après le crash qui a coûté la vie à 150 personnes dans les Alpes françaises. Selon des révélations du journal allemand Bild, le copilote du vol Germanwings avait annoncé à son ancienne petite amie qu'un jour «tout le monde connaîtrait [son] nom». D'après le journal Welt am Sonntag, on a trouvé chez lui un grand nombre de médicaments destinés au traitement de troubles psychiques. Selon le New York Times, il souffrait aussi de problèmes de vue qui auraient pu remettre en cause son autorisation de voler.

L'ensemble des informations publiées sur le copilote a commencé, ces derniers jours, à susciter l'inquiétude d'une partie des commentateurs sur une possible stigmatisation des personnes dépressives en raison du danger qu'elles feraient courir à la société. Le magazine américain The Atlantic s’inquiète ainsi de la «dangereuse équivalence» tracée par le Premier ministre français Manuel Valls («un geste que l'on n'arrive pas à qualifier, criminel, fou, suicidaire»):

«Suicidaire n’équivaut pas à enclin à l’homicide. Criminel n’équivaut pas à fou. Et fou est un qualificatif bien peu délicat à appliquer à quelqu’un qui souffre.»

Selon Jeffrey Swanson, un professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’université de Duke, interrogé par le site, les meurtriers de masse «ne sont pas du tout représentatifs des gens atteints d’une maladie mentale»:

«L’immense majorité des gens atteints de schizophrénie, de désordre bipolaire ou d’une intense dépression ne commettront probablement jamais d’acte violent.»

Le site LiveScience note de son côté que «les experts en santé mentale disent que la maladie mentale dont Lubitz était peut-être atteint est possiblement juste l’un des facteurs contributifs de la tragédie». Selon une étude conduite par Seena Fazel, un chercheur en psychiatrie criminelle à Oxford, les personnes atteintes de dépression ont trois fois plus de chances de commettre un crime violent que les autres, mais le chiffre est beaucoup moins important quand on regarde les taux: 3,7% contre 1,2% chez les hommes, 1,2% contre 0,2% chez les femmes. «Un risque très faible en termes absolus», conclut-il, et dont il est souvent difficile de séparer les facteurs contributifs, par exemple entre dépression et abus d’alcool ou de médicaments.

Dans une tribune publiée par le Guardian, la psychologue Masuma Rahim pointe que la dépression «fait partie des affections mentales les plus courantes et est expérimentée par environ 20% des adultes» et estime que «conclure que le rôle [d’Andreas Lubitz] dans le crash était la conséquence automatique de sa santé mentale passée serait irresponsable et dommageable»:

«La vérité, c’est que les gens atteints de dépression sont tout autour de nous –ce sont nos professeurs et nos avocats, nos plombiers et nos professionnels de santé. -»

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