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Ce que le crash de la Germanwings révèle de nos préjugés sur le terrorisme

Temps de lecture : 2 min

La piste terroriste a-t-elle été vite écartée parce que le pilote n’était pas musulman?

Le procureur de Marseille Brice Robin, lors d'une conférence de presse, le 26 mars 2015. REUTERS/Stringer
Le procureur de Marseille Brice Robin, lors d'une conférence de presse, le 26 mars 2015. REUTERS/Stringer

«Je ne peux pas imaginer ce qu’il se serait passé s’il avait le même nom que moi.» Ce commentaire, posté sur la page Facebook du site Quartz, a été écrit par Mohamad Najem, un Libanais portant le keffieh sur sa photo de profil.

En effet, le site se demande quelle tournure aurait pris le traitement médiatique et politique si Andreas Lubitz, le copilote, avait été musulman.

«Cette tragédie manque de ce qui apparaît, depuis les attentats du 11-Septembre 2001, comme la condition sine qua non d’une attaque terroriste: le pilote n’était pas musulman.»

Dans les heures qui ont suivi le crash, les ministres de l’Intérieur français et allemand ont fait savoir que la piste d’un attentat terroriste était peu probable. Mais dès que l’identité du copilote a été connue, et que son passé ne laissait pas penser le contraire, la piste terroriste a été évacuée. En aurait-il été de même s’il avait été musulman? «Si un musulman, ou un arabe, avait piloté cet avion, on aurait parlé d’attaque terroriste jusqu’à preuve du contraire», estime Quartz.

«Il est indéniable que la vitesse à laquelle nous avons rayé l’hypothèse d’un acte terroriste [après que son identité a été révélée] met en lumière le penchant islamophobe qui affecte le monde occidental.»

Dans un article consacré à l’annonce de l’identité du pilote, Rue89 relève une obsession commune à de nombreux médias: celle de la nationalité du copilote.

«Dans les noms que vous avez des passagers, y en a pas qui viennent d’endroits où on pourrait soupçonner qu’ils sont en mission suicidaire?», a osé demandé Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1. Lors de la conférence de presse du procureur de Marseille a dû répondre à plusieurs questions pleines de sous-entendus («Pouvez-vous donner le nom, la nationalité et l’origine ethnique du copilote?»), ou clairement explicites («C’est politiquement incorrect, mais est-ce qu’on peut donner la religion du copilote?»)

Et ce malgré le fait que seulement 2% des attaques en Europe ces cinq dernières années ont été perpétrées par des personnes de confession musulmane, comme le notait le site Think Progress en janvier 2015 au lendemain des attentats qui ont touché la France.

Quartz rappelle que l’acte terroriste implique d’abord une motivation politique ou idéologique. Et que si elle n’est pas confirmée, comme c'est le cas avec Andreas Lubitz, alors il faut chercher l’explication ailleurs.

Slate.fr

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