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Crash du vol Germanwings: dans le passé, l'aviation civile a connu plusieurs cas de «suicides» de pilotes

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 26.03.2015 à 17 h 37

Selon le procureur de la République de Marseille, le copilote a manifesté par ses actions «une volonté de détruire l'avion». Un scénario qui rappelle plusieurs autres crashs aériens meurtriers.

Une photo de 1998 du Boeing d'EgyptAir accidenté l'année suivante. REUTERS/STR New.

Une photo de 1998 du Boeing d'EgyptAir accidenté l'année suivante. REUTERS/STR New.

Si le mot de «suicide» et encore moins celui d'«attentat» ne sont pas prononcés pour l'instant, l'enquête sur le crash du vol Germanwings dans les Alpes de Haute-Provence s'oriente clairement vers la piste d'une action individuelle volontaire du copilote ayant conduit l'appareil à s'écraser.

Selon le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, qui a tenu une conférence de presse à Marignane ce 26 mars, la boîte noire contenant l'enregistrement des conversations à bord du cockpit a permis aux enquêteurs de retracer les 30 dernières minutes du vol.

Les vingt premières minutes ont été le cadre d'échanges normaux, et même «enjoués» et «courtois», entre le commandant de bord et le copilote, identifié comme Andreas Lubitz, 28 ans. Puis a eu lieu le briefing en vue de l'atterrissage à Düsseldorf, au cours duquel le copilote s'est signalé par des réponses «laconiques». Il s'est ensuite vu transmettre les commandes pendant que le commandant de bord s'abstentait, «vraisemblablement pour aller aux toilettes». C'est alors qu'il a actionné la descente de l’appareil, d’une manière qui «ne peut être que volontaire», tandis que le commandant de bord demandait en vain l'ouverture de la porte de la cabine, puis tentait de la forcer.

Selon les enquêteurs, le copilote semblait vivant et conscient jusqu'au bout, puisqu'on entend un bruit de respiration sur la bande, et n'a répondu à aucune sollicitation de la tour de contrôle ni des autres appareils, manifestant «une volonté de détruire cet avion».

Interrogé sur l'utilisation du mot de «suicide», le procureur a expliqué qu'il se refusait à l'employer car le copilote avait la responsabilité de la vie de 150 autres personnes, mais a jugé la question «légitime». En attendant que l'environnement du copilote soit exploré par les enquêteurs, il a affirmé qu'aucun élément ne militait pour l'instant pour la thèse d’un attentat terroriste.

Je m'en remets
à Dieu

Le copilote du vol Egyptair juste avant le crash de l'avion, le 31 octobre 1999.

L'aviation civile a connu dans le passé une dizaine de drames aériens attribués à une volonté d'un des pilotes de faire s'écraser l'avion, ce qu'on qualifie de meurtre-suicide, même si, derrière cette volonté, les motivations plus profondes (psychologiques, politiques...) du pilote restent souvent inconnues.

L'exemple le plus célèbre date du 31 octobre 1999, quand le vol 990 de la compagnie égyptienne Egyptair s’était crashé au large des côtes du Massachusetts avec 217 personnes à bord.

Les autorités égyptiennes avaient attribué l’accident à un problème dans la queue de l’appareil, mais le NTSB, l'équivalent américain du BEA (les Etats-Unis avaient perdu 100 ressortissants dans l'accident), l'avait lui attribué à des actions sur les commandes du copilote de l'avion, sans que l'on puisse déterminer leurs causes. Alors que le commandant de bord venait de quitter le cockpit, il avait lancé à plusieurs reprises «Je m'en remets à Dieu» avant de couper le pilotage automatique et de faire piquer l'avion. Ce conflit d'interprétations avait provoqué de vives tensions entre l'Egypte et les Etats-Unis.

Un extrait des enregistrements réalisés à bord du vol d'Egyptair avant le crash.

De la même façon, le crash, deux ans plus tôt, d'un avion de la compagnie singapourienne SilkAir en Indonésie avait donné lieu à des interprétations divergentes entre les autorités aériennes indonésiennes et les autorités américaines (impliquées car l'appareil était un Boeing). Les premières avaient conclu que la cause du crash ne pouvait être déterminée, tandis que les secondes privilégiaient le scénario d'une action volontaire du commandant de bord, qui aurait coupé l'enregistreur avant de faire plonger l'avion.

On pouvait entendre des signaux d'alarme de plus en plus intenses
et des coups répétés contre la porte

Les premières conclusions de l'enquête sur le crash du vol 470 de LAM Mozambique Airlines,
en 2013.

En 1982, le commandant de bord d’un vol Japan Airlines avait lui inversé la poussée des moteurs à l’approche de l’aéroport de Tokyo, faisant se crasher l’avion dans l’eau avant la piste d’atterrissage et tuant 24 des 174 passagers de l’appareil. On avait découvert ensuite qu'il avait été arrêté un an pour des problèmes psychologiques.

En 1994, un vol de la Royal Air Maroc entre Agadir et Casablanca s’était écrasé dans les montagnes de l’Atlas, tuant les 43 passagers et membres d'équipage: l'enquête avait prouvé que le drame était dû à une attitude suicidaire du pilote.

Enfin, le plus récent accident médiatisé du genre date de novembre 2013. Le vol 470 de la compagnie LAM Mozambique Airlines s’était écrasé dans le nord de la Namibie, causant la mort de 33 passagers et membres d’équipage. Les premières conclusions de l'enquête ont indiqué que le commandant de bord avait volontairement précipité l'appareil au sol après le départ du copilote du cockpit, dans un scénario qui rappelle celui esquissé par les enquêteurs français:

«Pendant qu'il menait ces actions, on pouvait entendre des signaux d'alarme de plus en plus intenses et des coups répétés contre la porte, accompagnés de demandes de pouvoir réintégrer le cockpit. Cette opération nécessitait une connaissance détaillée des commandes de l'avion et reflétait une intention claire de faire s'écraser l'appareil.»

Article actualisé le jeudi 26 mars à 17h35: une première version indiquait par erreur que le vol 470 de LAM Mozambique Airlines s'était écrasé en mer; il s'est en réalité écrasé dans le nord de Namibie.

 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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