France

Aux prochaines régionales, le Nord-Picardie et Paca risquent de donner des migraines aux prévisionnistes

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 24.03.2015 à 18 h 25

Avec un gros tiers des voix, le FN y est très proche d'une première place. Or, aux régionales, il suffit d'une majorité relative des voix pour avoir une majorité absolue des sièges...

La carte de la moitié nord du découpage des régions.

La carte de la moitié nord du découpage des régions.

Au lendemain du premier tour des élections départementales, Le Monde publie sur son site une intéressante carte, signée du cabinet de stratégie électorale Liégey-Muller-Pons, transposant les résultats des départementales à l'échelle des treize nouvelles régions métropolitaines.

La prime au premier

La gauche, pourtant en difficulté, y est donnée majoritaire dans cinq d'entre elles: le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la Bretagne, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, l'Ile-de-France et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. (Selon nos totalisations, le total des candidats de gauche, y compris le Front de gauche, atteint aussi un chiffre inférieur de seulement un à deux points à celui de la droite dans la Normandie réunifiée, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne-Franche-Comté.)

L'explication? Pour gagner une majorité absolue des sièges, il ne sera pas nécessaire à la gauche de gagner une majorité absolue des voix.

En effet, la liste arrivée en tête des régionales remportera une prime égale à 25% des sièges plus un pourcentage des sièges restants attribué à la proportionnelle, ce qui lui assure une majorité absolue. On peut donc avoir un parti crédité du double du nombre de sièges du second pour un écart de voix infime.

En 2004, la gauche avait ainsi remporté plusieurs régions à la faveur de triangulaires avec la droite et le FN: en Champagne-Ardenne, par exemple, elle avait décroché 57% des sièges avec seulement deux points d'avance sur la droite (42% contre 40%).

Or, le 13 décembre 2015, le FN devrait être en mesure d'être qualifié dans la quasi-totalité des régions, la barre n'étant fixée qu'à 10% des suffrages exprimés, un score qu'il n'atteint pas dans une seule région, la Corse. Cela facilitera la tâche de la gauche dans certaines régions... mais risque de provoquer des migraines dans au moins deux autres où le FN est très bien placé.

Les scénarios du Nord et de Paca

Dans le Nord, selon nos calculs, l'ensemble des listes de gauche recueille au premier tour des départementales 35,6% des voix, contre 34,2% pour le FN et 29,8% pour la droite.

Le risque que la gauche et le FN soient au coude-à-coude pour la première place en décembre est tellement grand qu'avait filtré, l'hiver dernier, la rumeur d'une fusion des listes PS et UMP au second tour, à laquelle s'était dit prêt le sénateur UMP du Nord Jean-René Lecerf. Notons qu'en cas de maintien de trois listes au second tour, on pourrait assister au phénomène fréquent où la troisième liste voit son score baisser parce qu'une partie de ses électeurs se reportent sur une des deux premières...

L'autre cas potentiellement tendu est celui de la région Paca. Selon nos calculs, la droite y recueille 36,3% des voix, le FN 33,6% et la gauche 28,5%.

On pourrait donc s'y retrouver, après le premier tour, dans une situation où la gauche aurait le choix entre se maintenir, au risque que le FN parvienne à arriver en tête au second tour, et se retirer, et donc n'avoir aucune représentation au conseil régional, comme c'est le cas au conseil municipal de Perpignan.

Bien sûr, ces projections ne sont que des hypothèses: les électeurs ne voteront pas exactement aux régionales, scrutin de liste, comme aux cantonales, scrutin individuel; les reports au second tour au sein des grands blocs sont incertains, en particulier à gauche (une projection similaire avait d'ailleurs provoqué un débat sur notre site entre Thomas Guénolé et Joël Gombin). Mais elles donnent une idée générale des possibles rapports de forces et des possibles dilemmes que pourraient affronter les deux partis de gouvernement à l'hiver prochain.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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