France

La gauche devrait être totalement absente de plusieurs conseils départementaux

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 23.03.2015 à 13 h 21

Dans une dizaine de départements, le Var, la Haute-Savoie et le Haut-Rhin en tête, elle court le risque de ne disposer d'aucun conseiller départemental le 29 mars au soir.

Une carte de France de 1843 signée du géographe Alexandre Vuillemin.

Une carte de France de 1843 signée du géographe Alexandre Vuillemin.

«La gauche peut mourir», avait lâché, il y a près d'un an, Manuel Valls, dans une formule qui avait fait sensation. «Oui, la gauche peut disparaître», reprenait, comme en écho, le chef de file des députés PS Bruno Le Roux il y a quelques jours.

Cet avertissement va devenir une réalité dans plusieurs départements: selon notre pointage, dans près d'une dizaine d'entre eux, l'ensemble des partis de gauche se trouvent en danger plus ou moins sérieux de ne compter aucun élu dans le nouveau conseil départemental. La faute à la faiblesse générale d'une gauche divisée, mais aussi aux nouvelles règles (renouvellement intégral, pour la première fois, de l'ensemble des cantons, mode de scrutin par binôme et élimination en dessous de 12,5% des inscrits), qui l'ont amplifiée.

Dans plusieurs départements, cet effacement de la gauche paraît quasiment acquis. Ainsi, dans le Var, elle ne sera présente au second tour que dans deux cantons, à Garéoult et à la Seyne-sur-Mer 1. Mais à chaque fois, il s’agit d’un ballottage défavorable face à un FN en tête avec 42%, dans un département où la porosité FN-droite est assez importante. 

En Haute-Savoie, la gauche se retrouve quatre fois en ballottage au second tour, mais à chaque fois en deuxième position et sans grosses réserves de voix pour ambitionner un siège.

Dans le Haut-Rhin, un seul canton a placé un candidat de gauche au second tour, à Wittenheim, mais la gauche y accuse environ quinze points de retard sur le FN.

Dans d'autres départements, la situation est moins désespérée mais reste compliquée.

Le cas de l'Aube est emblématique à la fois de la faiblesse de la gauche et des paradoxes du scrutin. La gauche y joue sa peau sur un seul canton, le quatrième de Troyes: un binôme officiellement labellisé DVG par le ministère de l'Intérieur, mais associant en réalité un candidat DVG et une candidate UDI, y est arrivé en tête avec quatre points d'avance sur le FN (33% contre 29%). Sont éliminés le Front de gauche (11%) et le binôme MoDem-UMP (27%)... qui s'est plaint du soutien apporté par le maire de Troyes, François Baroin, au binôme DVG!

Dans la Haute-Marne, la plupart des candidats de gauche sont dans une position précaire au second tour: la meilleure chance réside sans doute dans le canton de Langres, où le binôme PS a quatre points d'avance sur le FN (31% contre 27%) et où tout se jouera dans les reports des 42% d'électeurs qui ont voté pour les deux listes divers droite...

En Vendée, tout se jouera dans les deux premiers cantons de La Roche-sur-Yon, où le PS est en duel avec la droite au second tour, le FN étant éliminé: avec un total PS-EELV-Front de gauche de près de 49% au premier tour, le second canton constitue la meilleure chance pour la gauche de ne pas rester à la porte du conseil départemental.

Dans les Alpes-Maritimes, la gauche fait face à deux cas compliqués pour garder une représentation. Dans le deuxième canton de Grasse, avec moins d'un point d'avance sur le FN au premier tour, elle devra compter sur un report majoritaire des électeurs de droite. Dans le canton de Contes, elle a trois points d'avance sur le FN, avec un candidat UMP qui n'a pas encore pris de décision sur son maintien ou non en triangulaire.

Dans les Vosges, les reports de voix de la droite seront décisifs dans deux cantons que la gauche peut espérer remporter face au FN, et celles des communistes dans une triangulaire où la gauche est la seule à avoir des réserves de voix.

Enfin, dans les Yvelines, la gauche est présente au second tour dans dix cantons du département... mais pour en gagner combien? Dans certains, à Saint-Germain-en-Laye, au Chesnay ou à Chatou, le second tour sera de pure forme, le candidat de droite étant arrivé à plus de 50% au premier avec une participation insuffisante. Les deux seuls cantons que la gauche paraît en mesure de remporter sont Montigny-le-Bretonneux et Trappes, la ville de Benoît Hamon, mais rien n'est gagné.

En revanche, dans le Maine-et-Loire, autre département compliqué pour la gauche, celle-ci est en situation difficile mais pas désespérée, avec notamment plusieurs cantons qu’elle peut espérer remporter à Angers à la faveur de bons reports de voix des électeurs communistes et écologistes. Idem dans le Vaucluse, où, malgré la percée du FN, la gauche devrait sauver une poignée de sièges.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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