France

Elections départementales: les dix points chauds du second tour

Jérémy Collado, mis à jour le 23.03.2015 à 12 h 38

Corrèze, Vaucluse, Aisne, Essonne... Analyse de dix départements à suivre pour le deuxième tour.

REUTERS/Stéphane Mahé.

REUTERS/Stéphane Mahé.

1.CorrèzeLa gauche en ballottage défavorable

La situation avant le scrutin. Le département est aujourd'hui dirigé par la gauche, qui affichait quelques espoirs de le conserver, à condition que les candidats n'affichent pas trop leur soutien à François Hollande, qui fut le patron du département entre 2008 et 2012... Ainsi Bernard Combes, maire de Tulle récemment battu aux sénatoriales, ami et conseiller du président de la République, n'a pas tenu à ce que le logo du PS soit présent sur ses affiches de campagne.

Jusqu'en 2008, c'est la droite qui dirigeait le département grâce à l'influence de Jacques Chirac, qui s'était implanté ici à la fin des années 60. Sa femme, Bernadette, a animé le feuilleton du premier tour en étant l'une des victimes collatérales du récent redécoupage des cantons. Elle se présentait cette fois comme simple suppléante.

La tendance. Contrairement aux estimations, le maire socialiste de Tulle frôle l'élection dès le premier tour avec 49,85%. Il lui a manqué 8 petites voix pour l'emporter. Bernadette Chirac, quant à elle, tutoie également les sommets: son binôme totalise près de 49,04% au premier tour. Plus largement, c'est en Corrèze que les électeurs se sont le plus mobilisés avec 61,34% de participation, soit dix points de plus que la moyenne nationale. 

À l'issue du premier tour, la droite arrive en tête: l'UMP totalise 35,64% des voix et les listes d'union de la droite 9,39% des voix. Le PS, lui, est à 31,58%. Le FN est bien plus bas que sa moyenne nationale, à 7,97%. «Corrèze Demain», la liste de droite et du centre, est en tête dans 18 cantons sur 19 et compte dès ce soir quatre élus. La gauche est en ballottage favorable sur neuf cantons mais pourra très difficilement garder la présidence, malgré des alliances au second tour.

2.EssonneLe département proche de la bascule

La situation avant le scrutin. Et si Jérôme Guedj perdait son poste de président ? C'est ce qui pend au nez du PS, qui dirige le département depuis 2008. À sa place, un certain Georges Tron rêverait de se glisser dans le fauteuil de président, malgré son renvoi aux assises dans une affaire de viol qui le poursuit depuis plusieurs années. Qu'importe pour l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, soutenu également par le MoDem et l'UDI, qui croit en sa revanche. Un vrai symbole dans le fief de Manuel Valls, qui s'est lui même impliqué «personnellement» en faisant campagne dans son fief pendant les derniers jours précédant le vote.

La tendance. La droite arrive d'ores et déjà en tête dans neuf cantons sur 21, la gauche étant de son côté éliminée dans quatre cantons. Jérôme Guedj est en ballottage dans son canton de Massy, tandis que l'UMP est éliminée à Évry, la ville du Premier ministre. La bascule pourrait avoir lieu dans une semaine.

3.VarPoussée contenue du FN

La situation avant le scrutin. Voilà un département où le score du FN était scruté avec attention. Dans un territoire où les porosités sont de plus en plus fortes entre droite et extrême-droite, la bataille s'annonçait très serrée entre l'UMP et le FN. Le Var, aux mains de la droite depuis 30 ans, a cédé du terrain au parti de Marine Le Pen l'an dernier lors des élections municipales, où trois maires frontistes ont été élus à Fréjus, Cogolin et Le Luc. Le département a aussi offert au parti un sénateur, David Rachline, et un conseiller général, Laurent Lopez. Qui se souvient encore que jusqu'en 1985, c'est la gauche qui régnait en maître ici?

La tendance. La poussée a bien eu lieu puisque le FN remporte deux sièges dès le premier tour, à Fréjus, où Julie Lechanteux et Richard Sert, adjoints du maire David Rachline, totalisent 51,17% des voix. Par ailleurs, le parti de Marine Le Pen s'est qualifié au deuxième tour dans une grande majorité de cantons. «Le FN est souvent en tête, mais seulement aux alentours de 40%. Et comme nous allons appeler clairement à voter contre lui, cela sera dur pour lui d’avoir plus d’élus. Le Var devrait rester à l’UMP», a expliqué au Monde Mireille Peirano, première secrétaire du PS dans le département.

4.VaucluseUn triomphe et une anomalie

La situation avant le scrutin. Autre espoir du FN, le Vaucluse est aujourd'hui dirigé par la gauche mais a envoyé en 2012 deux des trois députés d'extrême-droite qui siègent à l'Assemblée nationale. Sur 17 cantons, 5 étaient clairement gagnables par le Front national selon Marion Maréchal-Le Pen, qui subit la concurrence de la Ligue du Sud, dirigée par Jacques Bompard, ex-FN qui dispose d'une très fort influence locale.

La tendance. Un triomphe et une anomalie. Contrairement au reste de la France, ici, l'UMP s'écroule et le PS résiste. Quant au FN, il emporte tout sur son passage, arrivant en tête dans 8 des 10 cantons du département, qu'il est bien placé pour remporter dimanche. Au Pontet, Joris Hebrard, le maire invalidé de la commune, est élu au premier tour. À Carpentras, le binôme Hervé de Lépineau-Marie Thomas de Maleville engrange 47,23% des voix, devant l'Union de la gauche (33,79%) et l'UMP (16,02%). Par ailleurs, sur le canton de Bollène, on assistera à un duel 100% extrême-droite entre le FN et la Ligue du Sud de Jacques Bompard.

5.Val-de-MarneUn second tour incertain

La situation avant le scrutin. Symbole de la désunion de la gauche, ce fief historique des communistes depuis quarante ans pouvait basculer à droite. Sur fonds de désaccords nationaux, le PCF et le PS n'avaient pas réussi à s'entendre au premier tour. Quitte à acter la fin de la fameuse «banlieue rouge», dans ce département où Georges Marchais fut député pendant 24 ans.

La tendance. Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent pense conserver le département. Sur France 3, il a déclaré que «les tendances nationales laissent à penser qu’on pourrait conserver le Val-de-Marne». Déclaration d'intention ou véritable optimisme? Si Christian Favier, le président sortant du conseil général est largement en tête sur son canton de Champigny 1 avec 45%, les autres résultats dans le département sont plutôt mitigés.

6.AisnePari gagné pour le FN

La situation avant le scrutin. S'il n'y en avait qu'un, ce serait celui là: le FN se serait aisément contenté de l'Aisne comme unique gain dans cette campagne. Dirigé par la gauche, le département concentre tous les ingrédients: un électorat peu diplômé, sensible aux thèses frontistes; et un territoire qui a subi de plein fouet la crise. Mais le front républicain pourrait finalement empêcher le FN de ravir son premier département.

La tendance. Le FN gagne en partie son pari, en arrivant en tête avec 39% des voix devant la gauche (moins de 32% toutes tendances confondues) et la droite (moins de 30%). Par ailleurs, le parti de Marine Le Pen est en tête dans la majorité des cantons, soit 16 cantons sur les 21 du département. Enfin, à Vic-sur-Aisne, le FN gagne même un canton dès le premier tour avec 53,81% des voix, alors que le président PS sortant, Yves Daudigny, en ballotage défavorable, s'est lui retiré dans son canton.

7.NordLe PS a déjà perdu

La situation avant le scrutin. Depuis plusieurs semaines, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner battait la campagne pour espérer briguer un quatrième mandat, à Lille. Dans l'ensemble du département, le FN espérait une poussée, mais l'UMP était également en embuscade: aux dernières municipales, le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin, avait fait basculer la ville de Tourcoing, un mini-séisme politique à l'époque.

La tendance. Le FN fait un excellent score, avec 32%, juste derrière l'UMP, tandis que la gauche s'effondre: elle n'est qualifiée que dans un tiers des cantons (14 sur 41) et a donc déjà perdu la présidence du conseil général.

Patrick Kanner, qui prenait des risques en revenant ainsi sur le terrain, a recueilli 37,6% des voix dans son canton, où le FN est éliminé. Mais dès son arrivée au Conseil général, il avait confié ses craintes sur l'avenir du département: «La défaite de la gauche dans ce département du Nord semble se profiler, je le regrette au regard du bilan de cette gauche rassemblée depuis 1998. Il est clair qu'aujourd'hui, au regard du danger que représente le FN, il fallait se rassembler au moins dans une dizaine de cantons mais cela n'a pas été possible.»

8.Pyrénées-OrientalesLa gauche distancée

La situation avant le scrutin. La gauche détient les clés du département depuis 17 ans mais ce ne sera peut être pas suffisant pour les garder. Si les socialistes ont réussi à s'allier dès le premier tour avec le PCF, ils ne sont pas parvenus à une union large de la gauche puisque EELV et le Parti de gauche ont décliné la proposition. Louis Aliot, battu de justesse par l'UMP Jean-Marc Pujol pour la mairie de Perpignan, a déjà annoncé que le FN ne donnerait aucune consigne de vote pour le troisième tour

La tendance. Les résultats laisseront certainement un goût amer à la gauche. Le FN fait une excellente performance et marque des points, avec 31,42%, tandis que le PS et ses alliés plafonnnent en dessous de 33%. La droite totalise 35,6% des voix toutes tendances confondues. Favorite dans son canton, Ségolène Neuville, la secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées et à la lutte contre l'Exclusion, est arrivée largement en tête en recueillant 38,47 % des voix.

9.Tarn-et-GaronneBaylet réélu au premier tour, la gauche distancée

La situation avant le scrutin. Jean-Michel Baylet réussira-t-il à déjouer les pronostics? Le président du PRG, battu aux dernières élections sénatoriales, craignait de continuer sa descente aux enfers. À la tête du Conseil général depuis 30 ans, sa majorité tangue puisque la gauche est partie divisée au premier tour, alors que la droite avait formé une large alliance UMP-UDI -Modem.

La tendance. Soulagé, Jean-Michel Baylet a lui même annoncé sa réélection dès le premier tour, avec tout juste plus de 50% des voix (sept points de moins qu'en 2011).

Le FN totalise 27% des voix, tout juste devancé par l'UMP et l'UDI avec 28%. Mais c'est une excellente performance pour le parti de Marine Le Pen, tandis que sur l'ensemble du département, la gauche est distancée.

10.Seine-Saint-DenisLa gauche veut y croire

La situation avant le scrutin. «D’habitude, on connaît l’issue des élections à l’avance», déclarait au Monde Stéphane Troussel, le président socialiste du conseil général, avant les élections. Pas cette fois, donc, même si la gauche restait favorite, alors que la droite s'était intelligemment entendue dès le premier tour.

La tendance. «Ça devrait bien se passer», s'est rassuré Claude Bartolone, l'ancien président du Conseil général, sur i>Télé pendant la soirée. Stéphane Troussel s'est lui dit «très confiant». Méthode Coué? Comme pour le reste de la région parisienne, la droite semble sur une bonne dynamique. Elle est arrivée en tête dans sept cantons sur 21, contre dix pour le PS et trois pour le Front de gauche, le FN arrivant lui en tête dans le canton de Tremblay-en-France. Tout dépendra du rassemblement à gauche au second tour dans ce département où le Front de gauche est puissant.

 

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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