France

Le FN n’est pas le premier parti de France… ni même le second

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 23.03.2015 à 1 h 49

Avec un score situé entre 24 et 26%, le Front national est parfois placé sur la deuxième place du podium au soir du premier tour des élections départementales. Une présentation chiffrée que dément une lecture plus politique des résultats.

Présentation des résultats sur BFM TV.

Présentation des résultats sur BFM TV.

Avec une mobilisation plus élevée (autour de 50%) que celle qui était annoncée par les sondages, les premiers résultats du premier tour des départementales donnent la première place au bloc composé de l’UMP, de l’UDI et des autres partis de droite et du centre (entre 36,5% et 37% selon des résultats provisoires publiés dimanche en fin de soirée). Le bloc de gauche tous partis confondus, de l'extrême gauche au PS, recueillerait également 36,5 à 37%, et le Front national un peu plus de 25%.

Inutile cependant d'attendre que ces chiffres soient définitifs pour en tirer la leçon politique de la soirée: c’est le symbole auquel tient le parti de Marine Le Pen, celui qui le place comme «premier parti de France», qui est invalidé par ces résultats.

Manuel Valls, qui a axé sa campagne sous l’angle de la lutte contre le FN, a d’ailleurs souligné dès l’annonce des résultats que «l’extrême droite, même si elle est trop haute, n’est pas la première force politique de France». 

Le FN deuxième? Ca dépend comment on compte

A vrai dire, le FN n'est pas non plus, au soir du premier tour, le deuxième parti de France, même s'il est parfois présenté comme tel. Tout dépend de la manière dont les différentes nuances politiques sont agrégées dans la présentation des résultats finaux, qui portent pour le moins à confusion, comme le montre l'amusant montage du Lab.

Dans cette élection, les binômes du FN étaient tous étiquetés comme tels dans le décompte officiel du ministère de l’Intérieur. Cela n’a pas systématiquement été le cas chez les autres mouvances politiques, à gauche comme à droite, d'où des résultats pas forcément très lisibles.

Présentation des résultats à 20 heures sur iTélé

Si on se réfère au recensement (provisoire mais extrêmement détaillé) du nombre de suffrages par le ministère, on peut avoir l'impression que le FN dépasse de loin tous les autres partis. Ce n'est déjà plus vrai dès qu'on combine UMP, UDI et Union de la droite, soit trois étiquettes clairement complémentaires, et non concurrentes.

Source: Le Parisien

Et si on agrège toutes les nuances de gauche d’un côté, et celles de droite de l’autre, à l’exception du FN, ce dernier se retrouve... en troisième position. L’opération est certes discutable, puisque le Front de gauche ne fait pas partie de la majorité gouvernementale, et qu'EELV se situe dans une position acrobatique vis-à-vis du gouvernement, mais elle reflète pour une bonne part la réalité des reports de voix au second tour, notamment quand la gauche affronte le FN en duel.

Présentation des résultats à 20 heures sur iTélé

Le FN butera sur la question des alliances au deuxième tour

Le FN peut-il cependant se refaire au second tour et, en bout de course, au «troisième tour» lors de l'élection des présidents de conseils départementaux? Le numéro deux du FN Florian Philippot avait annoncé que son parti proposerait une charte après le premier tour, «très courte, de cinq, six points dans les compétences départementales», en vue d’éventuelles alliances au second. L’état-major de l’UMP a pourtant écarté cette éventualité, bien que les alliances soient souhaitées par une moitié de ses sympathisants. «Tout responsable UMP qui conclura un accord avec le Front national sera immédiatement exclu», a déclaré Nicolas Sarkozy en février. Il a rappelé dimanche 22 mars après 20 heures, «qu'il n'y aura[it] aucun accord national ou local avec les dirigeants de ce parti.»

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a appelé, «là où la gauche ne peut concourir, [...] au désistement républicain»,  ce qui devrait encore diminuer les chances pour un binôme FN s'étant maintenu de l'emporter dimanche 29 mars. Là encore, en nombre de sièges au soir du second tour, le FN ne sera ni le premier, ni le deuxième parti de France.

Même aux européennes, le FN n’était pas le premier parti de France

Comme le rappelait Jean-Baptiste Daoulas lors des élections européennes de mai 2014, lors desquelles le FN se déclarait premier parti de France, cette affirmation était déjà fausse à l'époque quel que soit le critère choisi. En nombre d’adhérents, en nombre d’élus, en nombre de voix, etc. Par exemple, il arrivait bien premier avec ses 25% des suffrages exprimés et ses 24 sièges au Parlement européen, mais lors d’une élection à forte abstention (57%): en nombre absolu de voix, il restait derrière la performance de sa présidente lors de l’élection présidentielle 2012, où elle était arrivée en… troisième position.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
FNPSUDIUMPManuel Valls
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte