Égalités

Les chaussures dinosaures, ce n'est pas que pour les petits garçons

Temps de lecture : 2 min

Comment la révolte d'une petite Britannique de 8 ans a mis un grand coup dans le marketing genré et dans le sexisme inconscient qui éloigne les filles de l'univers scientifique.

Les Clarks Tyrano Roar (DR).
Les Clarks Tyrano Roar (DR).

Après la fillette de 7 ans ans qui invectivait Lego pour ses jouets genrés et celle de 11 ans qui réclamait plus de femmes dans les comics, c'est au tour d'une petite Britannique de 8 ans à peine de mettre un grand coup dans le marketing genré et surtout dans le sexisme inconscient qui éloigne les filles de l'univers scientifique.

Au début du mois de mars 2015, la mère de la petite Sophia a posté sur Twitter un message à l'intention de la marque de chaussures Clarks. Un message rédigé par Sophia elle-même et rapporté notamment par le Telegraph.

«Cher Clarks,


Ma mère m'a emmenée acheter de nouvelles chaussures pour l'école et j'ai vu qu'il y avait des chaussures dinosaures pour garçons. Pourquoi les filles ne pourraient-elles pas avoir des chaussures dinosaures?


Je n'aime pas l'idée que les filles n'aient droit qu'à des chaussures fleuries. J'aime les dinosaures et les fossiles, comme beaucoup d'autres filles.


Sophia (8 ans).»

Et en effet, il suffit de se rendre sur le site de la marque pour constater que Clarks propose ces chaussures ornées de dinosaures uniquement dans la section «Boys» et en spécifiant qu'elles «auront un grand succès auprès des petits garçons».

Certes, beaucoup se diront qu'après tout, rien n'empêche Sophia d'acheter ces chaussures. C'est d'ailleurs l'argument utilisé par la marque pour répondre à la fillette et à sa mère:

«Clarks est désolé d'apprendre que Sophie ait pu penser que ces chaussures ne sont pas adaptées pour les filles. La gamme Stomposaurus peut en toute sécurité être portée par tous les enfants.»

Mauvaise et lâche réponse. Car ce n'est pas aux petites filles de faire l'effort d'imaginer que tel ou tel produit leur convient et de faire fi du message genré qui accompagne les chaussures, le t-shirt ou le jouet. Il incombe bien aux marques de se débarrasser des sempiternels messages publicitaires du type «pour faire comme papa» ou «fera le bonheur des petites filles» et soit de se positionner clairement sur de l'unisexe, soit de ne plus ranger leurs produits dans des catégories «filles» ou «garçons».

Ca n'est certainement pas aux enfants de briser les stéréotypes de genre mais bien au marketing.

Sophia et sa mère n'ont d'ailleurs pas pris la peine de répondre à Clarks tant la réponse est à côté de la plaque. Mais elles ont heureusemennt bénéficié de dizaines de messages de soutien de femmes scientifiques à travers Twitter et le hashtag #inmyshoes.

Depuis plusieurs jours, des femmes postent, à l'intention de Sophia, des photos de leurs pieds, et de leurs chaussures, dans le cadre de leur travail, qui lors de fouilles en Patagonie, qui face à un écran d'ordinateur affichant des graphiques d'analyses météorologiques.

Une manière de répondre à la légitime exaspération de Sophia, autrement plus constructive que la réponse de la marque de chaussures. Si l'initiative est réjouissante, elle est aussi l'occasion de rappeler, comme le fait régulièrement Slate, que si les femmes sont sous-représentées dans les métiers scientifiques, c'est précisément parce que les clichés sexistes, parfaitement incarnés ici par une paire de chaussures dinosaures, suffisent à entraver le travail et l'ambition des filles.

Newsletters

Comment filmer les féminicides?

Comment filmer les féminicides?

Entre «La Nuit du 12», «Les Nuits de Mashhad» et «Riposte féministe», tous trois présentés au Festival de Cannes, plusieurs visions et représentations de la violence sexiste s'opposent.

Les journalistes afghans se masquent en solidarité avec leurs consœurs

Les journalistes afghans se masquent en solidarité avec leurs consœurs

Les talibans exigent désormais que les journalistes femmes se dissimulent le visage.

Pour Libusha Reich Breder, l'après-Auschwitz était «encore pire»

Pour Libusha Reich Breder, l'après-Auschwitz était «encore pire»

Cette survivante qui figurait parmi les 999 premières déportées d'Auschwitz voulait «vivre 120 ans pour en parler le plus longtemps possible».

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio