Culture

Mort de Michael Brown, orfèvre méconnu de la pop sixties

Temps de lecture : 2 min

Le compositeur du groupe culte The Left Banke est décédé à l'âge de 65 ans.

Détail de la pochette de l'album «Walk Away Renee/Pretty Ballerina»
Détail de la pochette de l'album «Walk Away Renee/Pretty Ballerina»

Son nom, banal, ne vous dit peut-être rien, le nom de son groupe peut-être un peu plus: Michael Brown, claviériste et principal songwriter du groupe sixties The Left Banke, est mort, jeudi 19 mars, à l’âge de 65 ans. Un décès qui a été annoncé par un autre membre du groupe, Tom Finn, sur Facebook.


En 1965, Brown est un ado fasciné par la British Invasion (notamment le She's Not There des Zombies, qui vient de sortir), quand il rencontre les autres membres du groupe alors qu’ils cherchent un studio pour enregistrer, comme l’expliquait la NPR fin 2011:

«Brown avait un certain nombre de choses pour lui, comme une formation au piano classique et un talent immense. Et, et ce n’est pas la moindre, son père, Harry Lookofsky, possédait un studio –et il avait un double des clefs.»

Si le travail du groupe est aujourd'hui moins connu que celui des Zombies ou encore des Hollies, il n'en est pas si loin en termes d'éblouissement mélodique, dont témoignent deux merveilles de pop de chambre dont Brown fut le principal compositeur en 1966, à l'âge de 16 ans: Walk Away Renee, qui monta à la cinquième place des charts américain et fut notamment reprise par les Four Tops, et Pretty Ballerina.


Des chansons qui, rappelle The Oregonian, auraient été inspirées par l'attraction que Brown éprouvait pour Renee Fladen, la petite amie de Tom Finn. «C’est la chanson d’amour ultime, sur le fait d’aimer tellement quelqu’un qu’on veut la libérer», a-t-il un jour dit de Walk Away Renee à Rolling Stone, expliquant à quel point il lui avait été difficile de jouer sa partie de clavecin avec Renee dans la cabine d'enregistrement:

«Mes mains tremblaient quand j’essayais de jouer. Il n’y avait pas moyen que j’y arrive tant qu’elle était là, je suis revenu et je l’ai enregistrée plus tard.»


Car, si les autres musiciens du groupe étaient peu compétents musicalement (au point d'être remplacés fréquemment par des musiciens de session), Brown l'était, comme le racontait Tom Finn en 2011 au site Rock Edition:

«Le seul qui savait réellement jouer, c’était Mike Brown. Le seul problème, c’est qu’il était un pianiste de type classique. Ce que nous faisions, c’est que nous nous tenions autour du piano en lui criant dessus: "Non non, arrête! Ne fais pas ça! Fais ceci! Fais comme ça! Da da dadadumdum da!"»

Un bon reflet des tensions et jalousies au sein du groupe, qui aboutiront au départ de Brown après la sortie du premier album, Walk Away Renee/Pretty Ballerina, sur lequel on trouve d'autres pépites qu'il a co-composées, comme She May Call You Up Tonight ou I’ve Got Something On My Mind, dont The Oregonian nous rappelle qu’il avait été samplé il y a une dizaine d’années par le suédois Jens Lekman sur son single Black Cab.


Brown allait ensuite poursuivre une carrière tout aussi recommandable de compositeur et musicien au sein d’un autre groupe de pop baroque, Montage, qui sortit en 1969 un très bel album éponyme, depuis devenu aussi culte que rare.


Il a ensuite participé dans les années 1970 à un groupe appelé Stories, que le Guardian a un jour plaisamment résumé ainsi: «Imaginez un Led Zeppelin qui aurait décidé d’être un groupe de pop orchestrale.» Il avait également rejoint ces dernières années à plusieurs reprises The Left Banke sur scène à l’occasion de leur reformation.

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