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Nicolas Sarkozy désavoue son auto-entrepreneuriat. Enfin? Non, trop tard

Gilles Bridier, mis à jour le 22.03.2015 à 16 h 32

Le président de l'UMP pratique un mea culpa sur l’auto-entrepreneuriat pour des distorsions de conditions de concurrence qui, aujourd’hui, ont été gommées. Les artisans apprécieront peut-être, pas les auto-entrepreneurs.

Nicolas Sarkozy, le 5 mars 2015 à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Nicolas Sarkozy, le 5 mars 2015 à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Tout à sa communication politique qui ne cible rien d’autre que l’élection présidentielle de 2017 en zappant toutes les consultations intermédiaires –départementales ou régionales–, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à dérouter une partie de l’électorat qui n’avait pour lui que les yeux de Chimène: les auto-entrepreneurs. Déclenchant une lettre ouverte des auto-entrepreneurs et la contradiction de ses amis.

Déclarant le 13 mars sur France Info qu’il considère aujourd’hui ce régime comme «un caillou dans sa chaussure», il lance une sorte de provocation à l’endroit de ceux qui l’ont suivi en devenant auto-entrepreneur. Sans qu’on comprenne très bien ce qui a pu motiver ces propos de l’ancien Président... Sauf à considérer qu’il cherche à rallier à sa cause les artisans qui, fâchés que ce régime simplifié ait vu le jour en 2009, pourraient aller grossir les rangs des sympathisants du Front national.

Pour le président de l’UMP, il ne s’agit certainement pas de chercher à améliorer le score de la droite aux départementales; la problématique de l’auto-entreprenariat n’est pas un enjeu de nature locale. Son objectif consiste à se positionner d’ores et déjà pour la prochaine présidentielle.  

Draguer des artisans tentés par le vote frontiste

S’ils sont aujourd’hui un peu plus de 900.000 auto-entrepreneurs déclarés en France, dont seulement les trois quarts ont une activité d’après les dernières statistiques du réseau des Urssaf, les auto-entrepreneurs pèsent politiquement moins lourd que les 3,1 millions de personnes qui travaillent dans un peu plus d’un million d’entreprises artisanales (dont 40% dans le bâtiment et 32% dans les services) et se dressèrent contre la concurrence déloyale introduite à l’origine par ce nouveau régime.

On se souvient que, alors président de la République, Nicolas Sarkozy avait soutenu avec force le régime de l’auto-entrepreneur, porté par Hervé Novelli en tant que ministre de l’artisanat et des PME, qui vit le jour le 1er janvier 2009 et s’inscrivait si bien dans son projet de libérer le travail, et servait si bien son slogan de campagne «travailler plus pour gagner plus». Mais à quel prix!

Le problème ne venait pas de l’allègement de la fiscalité et de la réduction des contraintes administratives et comptables des très petits entrepreneurs pour inciter à créer de nouveaux emplois. En revanche, ce régime supplémentaire venait faire concurrence aux autres régimes en place qui, eux, ne voyaient pas leurs contraintes fiscales et administratives abaissées.

S’il fallait alléger et assouplir, il fallait le faire pour tout le monde. Mais en l’occurrence, l’Etat lui-même introduisait les conditions d’une concurrence déloyale en légalisant des distorsions de concurrence, une initiative à l’opposé de ses missions.

La reconnaissance tardive d’une injustice

Le retraité, mais aussi le salarié à ses heures perdues ou le fonctionnaire qui bénéficie pourtant de la sécurité de l’emploi, pouvaient venir concurrencer l’artisan en proposant des tarifs d’autant plus compétitifs qu’ils n’étaient pas soumis aux mêmes charges. Sans parler de la précarisation introduite sur le marché du travail. Les artisans, pénalisés, ont rué dans les brancards.

Toutefois, cela ne les a pas empêchés de voter massivement pour Nicolas Sarkozy en 2012. Mais déjà à cette élection, Marine Le Pen avait opéré une forte percée dans cet électorat, y devançant même François Hollande. Depuis, le glissement qui se manifeste en faveur de l’extrême droite dans le pays, et notamment dans les classes moyennes auxquelles s’identifient les artisans, oblige Nicolas Sarkozy à prendre l’initiative d’un nouveau dialogue avec eux. Il choisit l’aveu d’une demi-erreur pour être à moitié pardonné et espérer récupérer leurs voix dans deux ans.

Mais cette stratégie arrive à contretemps. Car, compte tenu des incohérences créées par l’auto-entreprenariat dans sa version originelle, de profonds aménagements ont été apportés. D’abord, dans les exonérations diverses dont il profitait: des cotisations ont été réintroduites. Ensuite, pour offrir des garanties aux clients, des déclarations de capacités ont été rendues obligatoires...

Surtout, après maints affrontements, le député socialiste Laurent Grandguillaume est parvenu à rapprocher les positions des auto-entrepreneurs et des artisans dans la loi Artisanat, commerce et TPE, entrée en vigueur en décembre 2014: non seulement les régimes de la micro-entreprise et de l’auto-entreprise ont pu fusionner, mais un nouveau régime devrait voir le jour en 2015.

Il ne s’agit pas d’une défaite de l’un ou l’autre des deux régimes, car chacun a pu faire prévaloir ses avantages. Mais surtout, la concurrence déloyale inhérente aux exonérations de charges dans un seul des deux régimes a disparu.

Raviver le problème alors que des solutions ont été trouvées

Ainsi Nicolas Sarkozy pointe-t-il un caillou qui n’existe plus que dans sa seule chaussure, pour cibler un problème qu’il avait introduit et que d’autres ont réglé au moment où il semblerait vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain.

Il réussit dans ces conditions un tour de force, celui de fédérer dans un «appel des petits cailloux» les auto-entrepreneurs dont il a été le champion, avec à leurs côtés son ancien ministre Hervé Novelli, des parlementaires UMP ainsi que le député socialiste Laurent Grandguillaume, cheville ouvrière du rapprochement des régimes. Un appel dirigé par très précisément contre lui par certains de ses «amis».

Dans ces conditions,  les propos de Nicolas Sarkozy pourraient se révéler totalement contre-productifs, au cas où des auto-entrepreneurs, peu enclins à rallier la gauche à cause des tracas rencontrés avec leur administration (RSI) et déçus de voir l’ancien Président leur tourner le dos, se laisseraient finalement séduire par les sirènes de l’extrême droite. Un comble!

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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