Allemagne / Culture

Un futur biopic sur Angela Merkel accusé de faire le jeu politique de la chancelière

Temps de lecture : 2 min

Angela Merkel en septembre 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch
Angela Merkel en septembre 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch

A peine un projet de film sur la vie de la chancelière allemande dévoilé qu'il suscite déjà de vives critiques au sein de l'opposition. Ce film, dont la sobriété du titre –Angela Merkel– fait écho à celle de la chancelière, retracera les grandes étapes de la carrière politique et de la vie personnelle de la chancelière allemande. Il sera coproduit par la société de production allemande AVE, qui a confié l'écriture du scénario au journaliste politique allemand Dirk Kurbjuweit, qui a autrefois dirigé le bureau berlinois de l'hebdomadaire Der Spiegel et connaît bien la chancelière allemande.

Plusieurs adversaires politiques d'Angela Merkel accusent le futur biopic de sacrifier au «culte de la personnalité» dont la chancelière ferait selon eux l'objet, rapporte le quotidien saxon Leipziger Volkszeitung. D'autant plus que le film, destiné à un public international, devrait sortir en salles en 2017, soit l'année des prochaines élections au Bundestag. Etant donné qu'il est à ce jour tout à fait plausible qu'Angela Merkel brigue un quatrième mandat, le biopic est déjà auréolé d'un suspect parfum de propagande pour ses adversaires.

Interrogée par le quotidien, Katrin Göring-Eckardt, la co-présidente du groupe Alliance 90/Les Verts au Bundestag, a fait allusion à la polémique qu'avait suscitée une immense affiche de campagne de la CDU lors des dernières élections législatives, montrant le fameux «triangle» que la chancelière a l'habitude de former avec ses mains durant ses discours:

«Un film de cinéma qui serait le triangle 2.0? Le culte de la personnalité n'est pas vraiment l'apanage des Etats démocratiques.»

Caustique, l'élue verte a ironisé sur ce qui pourrait ensuite se passer:

«La chancelière doit-elle être canonisée en 2017 par le pape, en tant que première femme protestante, et les Jeux olympiques doivent-ils être déplacés de Hambourg à Templin [la ville où Angela Merkel a grandi, en ex-RDA, NDLR]?»

Mêmes accusations de culte de la personnalité et de faire le jeu de la CDU lors des prochaines élections de la part de Dietmar Bartsch, président adjoint du groupe Die Linke (gauche radicale) au Bundestag:

«L'Union [des chrétiens démocrates] peut donc d'ores et déjà mettre la moitié de son budget de campagne de côté pour les élections au Bundestag de 2017. Il ne manque plus qu'ARD et ZDF [les deux plus grandes chaînes de télévision publiques allemandes, NDLR] choisissent de programmer le film en prime time l'année des élections.»

De son côté, le quotidien Frankfurter Rundschau se demande si le film sera aussi palpitant que les séries télévisées à succès sur les dessous de la politique, telles House of Cards ou Borgen:

«Des histoires d'amour, de la drogue, des morts? Bon. Les drames sont différents: la chute du Mur, l'affaire des caisses noires du parti, un Helmut Kohl surpuissant, que Merkel finit par écarter. Des concurrents aux lames aiguisées au sein de la CDU et des chefs d'Etats puissants, qui à la vue de la première femme à entrer dans leur ronde rendent les armes, charmés. Elle n'a pas de fêtes d'anniversaire bien arrosées et de liaison extraconjugale à offrir comme son prédécesseur Gerhard Schröder, mais seulement une visite au sauna ininterrompue alors que dehors, le Mur tombait.»

Le nom de l'actrice qui interprétera Angela Merkel n'a pas encore été dévoilé, mais le quotidien économique Handelsblatt se plaît déjà à glisser que l'actrice de télévision allemande Veronika Ferres serait parfaite pour le rôle. C'est elle qui avait interprété celui de la chancelière allemande, sans référence explicite à Angela Merkel, dans la comédie Die Staatsaffäre (L'affaire d'Etat»), diffusée à la télévision allemande en 2014, qui imaginait une liaison entre la chancelière allemande et le président français.

Annabelle Georgen Journaliste

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