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Dans «Society», Hollande dresse le tableau désabusé d’une société dictée par l’urgence médiatique

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 19.03.2015 à 11 h 11

Repéré sur Society

Image extraite du numéro 2 du magazine «Society» (parution le 20 mars 2015).

Image extraite du numéro 2 du magazine «Society» (parution le 20 mars 2015).

Interviewé dans le nouveau magazine Society, dont le deuxième numéro sort ce vendredi 20 mars, François Hollande parle entre autres de la fonction présidentielle, du poids du pouvoir, de la gauche, de Poutine et des médias. Il y développe aussi une lecture lucide du rythme imposé par les petites phrases –dans lesquelles pourtant, il excelle– dans une démocratie d’opinion hyper-connectée dont l'horizon temporel semble limité à la dernière anecdote. «À tel point qu’il devient plus difficile de distinguer l’essentiel du dérisoire, note-t-il. Qu’est ce qui est retenu: un discours ou un bon mot? Une annonce politique ou une situation cocasse?»

Revenant sur le déplacement à l’île de Sein où il avait prononcé en août 2014, en plein remaniement ministériel, un discours pour les 70 ans de la Libération sous une pluie diluvienne, le président de la République moque d’ailleurs cette pathologie du commentaire qui consiste à voir des significations cachées derrière chaque événement et à livrer des analyses dans les médias au moindre prétexte, notamment météorologique…

«[…] La pluie devient un évènement! Un symbole, un sujet. Lorsque je me suis rendu sur l’île de Sein pour rendre hommage aux marins partis en 1940 rejoindre l’Angleterre, il tombait des hallebardes. On aurait pu relever la dimension sacrificielle –parce que c’est de là que sont partis les marins sous la pluie– mais c’est plus “la rincée”».

Internet n’y est d’ailleurs par épargné, les réseaux sociaux ayant selon le président intensifié le «besoin d’anecdotes, d’insolite et d’inédit dans la vie politique française»:

«Et il y a une telle course à l’immédiateté aujourd’hui qu’entre le papier d’analyse et le tweet, c’est souvent le tweet qui restera. Ce qu’il faut, c’est veiller à ce que l’essentiel passe. Il y aura toujours une forme de pollution mais on apprend à vivre avec, n’est-ce pas?»

Blessé par le contenu des commentaires sur les sites d'info, François Hollande se montre néanmoins résigné: «
Je ne vais pas aller poster des commentaires à mon tour... J’ai mieux à faire.»

La question du chevauchement des temporalités imposées par l’économie, les décisions politiques et les médias est à nouveau évoquée à la fin de l’entretien, où là encore François Hollande se montre sans illusion sur les conséquences de l’accélération généralisée.

«C’est le problème de la démocratie, pour les citoyens, le temps est devenu très court, l’immédiat est devenu la vérification. “Vous aviez dit: "Le changement, c’est maintenant." Eh ben tout de suite, alors.” [...] L’attente est devenue insupportable. Pour ceux qui sont au chômage, elle l’est encore davantage. Face à une société qui est devenue de plus en plus impatiente, la politique est en décalage car c’est du temps long: les décisions économiques et sociales prennent du temps, trop de temps.»

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