Parents & enfantsScience & santéFrance

Ecole: y a-t-il un problème avec l'éclipse de vendredi?

Louise Tourret, mis à jour le 19.03.2015 à 18 h 11

Ou est-ce qu'on en fait pas juste un peu trop, demandant à l'école française, comme toujours, de déployer ses super-pouvoirs tout-terrain?

Des enfants devant une éclipse partielle, à Sydney le 29 avril 2014. REUTERS/David Gray

Des enfants devant une éclipse partielle, à Sydney le 29 avril 2014. REUTERS/David Gray

Comment réagir quand une éclipse, dangereuse pour ceux qui seraient tentés de regarder directement le soleil sans lunettes spécifiques, se déroule un jour de classe à un moment où les enfants sont à l’école? Ce sera le cas ce vendredi 20 mars, et c’est beaucoup moins simple que vous ne le pensez…

Le ministère de l'Éducation nationale a même envoyé un communiqué aux académies dès janvier pour aborder le problème, et les établissements ont diffusé des consignes de sécurité aux établissements depuis la semaine dernière. Les mardi et mercredi précédant l’éclipse, les chefs d’établissement ont été prévenus:

«Une éclipse partielle du soleil sera visible en France métropolitaine ce vendredi 20 mars matin entre 9h et 12h, si les conditions météorologiques le permettent. 
Le maximum d'obscuration (environ 80%) est prévu vers 10h30 sur l'axe Brest-Lille.
Comme vous le savez, l'observation à l'oeil nu ou sans lunettes spéciales peut provoquer de lésions graves et irréversibles des yeux.

Je vous demande de prendre toutes les dispositions nécessaires pour en informer les équipes éducatives, les élèves et leurs parents.

Pour vous aider, vous trouverez sur le site Eduscol toutes les consignes de sécurité à suivre ainsi que des ressources pédagogiques pour organiser une séquence d'observation de l'éclipse, sans lunettes.

Vous trouverez enfin le lien vers le site du CNRS permettant de suivre l'éclipse en direct sur Internet.»

Voici ensuite ce qu’envoyait la directrice d’une école maternelle aux parents:

«Nous sommes informés par notre hiérarchie que des risques liés à l’observation d’une éclipse du soleil peuvent engendrer des lésions oculaires graves.

C’est pourquoi il nous est recommandé de garder les élèves à l’intérieur vendredi matin.»

La consigne est évidemment donnée directement aux enseignants. Elle est tellement ferme que certains sont déçus:

Pourquoi ne pas simplement lever les yeux vers le ciel avec les fameuses lunettes spéciales? Peu d’enseignants en ont:

Et puis bon, les précautions sont maximales…  mais ça fera un sujet de plaisanterie:  

Les super-pouvoirs de l'école française

Faut-il vraiment aller jusqu’à dire que les élèves sont «privés» d’éclipses comme le font certains articles? Ecrire, comme un astrophysicien dans Le Monde, dans une tribune titrée «Non à l'obscurantisme dans certaines écoles de la République»:

«Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés –ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse?»

Bien sûr qu’il est dommage de rater une belle occasion de voir un phénomène naturel si impressionnant avec les élèves, mais à défaut de préparation, l’école protège les élèves avec cette consigne de confinement. Que dirait-on si ce n’était pas le cas?!

En France, l’école est censée avoir des super-pouvoirs: apprendre le code de la route, le bien manger, et se tenir au courant des éclipses pour avoir douze millions de paire lunettes ad hoc sous la main le jour J. Certes, le phénomène est prévisible mais avouez que vous n’êtes pas au courant depuis très longtemps. Comme des milliers d’enseignants et de directeurs!

Une couverture disproportionnée

Pourtant les médias sont chauds sur le sujet. De nombreux articles ont déjà été publiés, d’excellents conseils pratiques diffusés: utiliser une planche ou une boite à chaussures pour faire un sténopé

Et mercredi à 17h, les membres de l’équipe du service de presse de l’Éducation nationale que j’ai contactés avaient passé une bonne partie de leur journée à répondre à des journalistes, TF1, BFM, Canal+…

Si des équipes de télé se rendent dans les écoles, elles pourront filmer des enfants en train de ne pas regarder une éclipse. Ou en train de la regarder sur le site du CNRS. Il y aura tout de même des travaux pédagogiques en classe, surtout en Bretagne, affirme-t-on au ministère, où l’éclipse sera de 88% et non 78% comme en Ile-de-France.  

Et l’éclipse peut poser problème même à l’intérieur. Que feriez vous à la place de cette enseignante-documentaliste qui n’a pas de rideaux dans sa salle de CDI?

Un enseignant note aussi avec malice que la consigne est difficile à appliquer:

Après, pour regarder l’éclipse en toute sécurité, il est encore temps de fabriquer un sténopé:

Ou de sortir une passoire:

Reste toujours une autre solution:

Tous les conseils de l'Éducation nationale sont à voir ici.

 

Louise Tourret
Louise Tourret (167 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte