Tech & internet

Le blocage des sites web en France critiqué à l'étranger

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 18.03.2015 à 11 h 53

Repéré sur The Intercept, Techdirt, El Pais

Le ministère français de l'Intérieur a ordonné ce dimanche 15 mars le blocage de l'accès à cinq sites Internet. Comme l'expliquait alors Le Monde, «ils ont en commun d'héberger des contenus faisant la propagande du djihadisme (textes officiels de l'organisation Etat islamique, revue Inspire, discours traduits d'El-Baghdadi, etc.), et de ne pas présenter d'intérêt stratégique pour les services de renseignement».

Comme l'indique la BBC, c'est la première fois que ceci se fait sans l'autorisation préalable d'un juge. Cette décision a été largement critiquée. En France, Numerama s'en est ainsi indigné. La Quadrature du Net avait quant à elle réclamé le retrait du décret le mois dernier, expliquait alors Next Inpact:

«L’association dénonce en effet cette France qui persiste "dans le contournement du pouvoir judiciaire, trahissant la séparation des pouvoirs pour attenter à la première des libertés en démocratie qu'est la liberté d'expression". Historiquement opposée à ces mesures de blocage administratif, elle rappelle aujourd’hui, comme le faisait d’ailleurs hier le PS, que "le blocage est inefficace, car facilement contournable. Il est aussi disproportionné, du fait du risque du surblocage de contenus parfaitement licites, d'ailleurs accru par la technique de blocage retenue par le gouvernement" (blocage par DNS).»

Mais depuis mardi, une autre voix vient de se joindre à eux, celle de Glenn Greenwald, le journaliste qui a révélé en compagnie de Laura Poitras l'ampleur du programme d'écoute de la NSA, en 2013, avec les documents fournis par Edward Snowden.

Sur son site, The Intercept, il critique très largement cette décision:

«Le fait que le ministère français de l'Intérieur bloque unilatéralement les sites web est la nouvelle étape logique dans cette attaque croissante contre la liberté d'expression menée par les gouvernements occidentaux au nom de la lutte contre l'extrémisme et le radicalisme. La grande main rouge des censeurs de l'Etat sur Internet est un symbole parfait de l'état d'esprit dominant en Occident, qui a un gros faible pour condamner unanimement la Chine et l'Iran, dont leurs tentatives de contrôle du contenu de l'Internet. [...] Notons brièvement la futilité des efforts français: les tentatives de censure échouent généralement et sont particulièrement vouées à l'échec à l'époque d'Internet. Je suis actuellement en Allemagne, à quelques kilomètres de la frontière française, et je peux accéder à tous ces sites.»

Il prévient même d'un risque d'effet Streisand, et explique que les «tentatives de suppression d'idées produisent généralement la plus grande publicité possible pour leurs défenseurs et/ou font passer ces idées marginales pour des défenseurs de la liberté d'expression».

L'agence de presse AP remarquait de son côté que le blocage n'était plus actif sur les sites en question, dès mardi matin. Ce mercredi, à part l'un d'entre eux qui a été désactivé, les autres sont accessibles.

La France n'est pas vraiment en odeur de sainteté, en ce moment, en ce qui concerne la défense des libertés civiles. Techdirt a, de son côté, eu vent du projet de loi sur le renseignement:

«Techdirt a depuis longtemps suivi la descente de la France d'un bastion des valeurs des Lumières à un pays qui semble prêt à abandonner toute liberté dans l'espoir illusoire de gagner un peu de sécurité. Selon un article du Figaro, encore pire est à venir, sous la forme d'une nouvelle loi.»

De son côté, le quotidien espagnol El Pais estime qu'avec cette loi «le gouvernement légalisera la plupart des pratiques habituelles des services secrets qui jusque-là se faisaient à la marge ou à la limite de la loi».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte