France

Bouches-du-Rhône: Guérini seul au monde

Jérémy Collado, mis à jour le 22.03.2015 à 7 h 56

Les cartes sont complètement brouillées dans le département, où le président du conseil général est candidat à sa succession. Sur fond de divisions du PS, la droite pourrait l'emporter. A moins que les socialistes ne le soutiennent en espérant qu'il parte en 2017...

Jean-Noël Guérini, le 5 mars 2015 à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Jean-Noël Guérini, le 5 mars 2015 à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Marseille

Depuis sa chute et ses multiples mises en examen, la presse n'a pas lâché Jean-Noël Guérini. Sans toutefois se tromper souvent. Il le lui rend bien, affichant même son mépris des règles démocratiques en insultant des journalistes de Marsactu à la fin de ses traditionnels vœux à la presse. Ou délivrant ses conseils à celle de Médiapart, en l'incitant gentiment à être plus «douce».

Jean-Noël Guérini tel qu'il est, en campagne, seul dans son grand «bateau bleu» à l'assaut d'un département où la confusion règne comme jamais, à quelques jours des élections départementales où il compte bien être réélu pour la troisième fois dans son siège de président.

Un jour, Guérini est à gauche. Un autre il ne l'est plus. Un jour il vilipende les partis; un autre il créé le sien: La Force du 13, qui taille des croupières aux socialistes locaux hésitant entre l'alliance opportune et la course en solitaire. Résultat: il rend le processus électoral complètement opaque et illisible. Ainsi Frédéric Vigouroux, maire de Miramas, numéro deux du PS dans le département, ne veut pas s'exprimer sur son soutien au président du conseil général: «Vous savez, quand vous êtes en campagne, vous vous focalisez sur vos électeurs et vous n’avez pas envie d’apparaître dans la presse sur d’autres sujets», tempère son cabinet, contacté par l'Humanité.

Les protégés de l'ancienne ministre et députée Marie-Arlette Carlotti, le socialiste Benoît Payan et l'écologiste Michèle Rubirola, candidats en centre-ville à ces départementales, ont choisi la deuxième solution.

En guerre contre l'ancien patron du PS, ils dénoncent ses méthodes, quitte à voir des listes téléguidées fleurir sur leur canton. Récemment, ils ont reçu la visite réconfortante de Cécile Duflot, venue apporter son soutien à cette «gauche rassemblée» pour mieux dénoncer le «conservatoire de conservateurs» qui dirige le département depuis 1998. «Notre parti a trop souffert de ses turpitudes», lance Benoît Payan, à la brasserie des Danaïdes, où ce joli petit monde s'est réuni, sous la pluie, lundi 16 mars. «Il faut rompre avec ces méthodes du Moyen-Age qui ont lieu dans les partis politiques!», souffle l'ancienne ministre du Logement. Applaudissements des jeunes lycéens amassés sur le trottoir. «C'est à eux de prendre les choses en main maintenant», assurec Marie-Arlette Carlotti, qui plaisante:

«Pas aux vieux débris comme nous. Les jeunes et les électeurs ne nous croient plus!»

Le PS préfère attendre 2017

En principe, aucune alliance avec Jean-Noël Guérini n'est tolérée. Mais sur le terrain, certains n'hésitent pas à afficher leur compagnonnage. Du maire de Vitrolles Loïc Gachon, en binôme avec la candidate Force du 13 Véronique Bourcet-Giner, à Christophe Masse, président de 13 Habitat, l'office HLM du département, qui s'est «contenté» de reprendre le slogan «Faire gagner les Bouches-du-Rhône» de Guérini, c'est toute une palette de tendances qui s'affiche dans les rues du département.

De quoi alimenter l'ambiguïté pour des électeurs totalement déboussolés. «Le but, c'est justement qu'on n'y comprenne plus rien!, se lamente Marie-Arlette Carlotti. Guérini veut nous détruire. Nous détruire, vous entendez?»

Le courage de Jean-David Ciot, premier secrétaire du PS local et ancien collaborateur de Jean-Noêl Guérini, consiste à attendre, en déclarant à la Provence que le PS «est déjà dans l'après-Guérini». Attendre que son ancien chef s'en aille, de lui-même, forcé par le non-cumul des mandats qui, en 2017, doit l'obliger à choisir entre son mandat de sénateur et celui de conseiller départemental. Attendre, car personne, au PS, n'est prêt à le combattre dans les urnes.

Ainsi, malgré les demandes insistantes de Pierre Orsatelli, porte-parole de Renouveau PS 13, qui s'oppose à Guérini depuis des années, les socialistes ont investi deux inconnus dans le canton où se représente le président du conseil général, fier de son bilan; et qui affrontera l'ancienne juge d'instruction Laurence Vichnievsky, la seule pointure à oser l'affronter. Cette dernière déclare au Monde:

«Le Parti socialiste des Bouches-du-Rhône n’a pas jugé utile de soutenir notre binôme [avec Stéphane Coppey] et a préféré investir deux jeunes candidats [Nora Akhazzane et Gabriel Guaza]. A mon sens, c’est uniquement pour ne pas déplaire au président sortant

«Ce qui est hallucinant, c'est que Jean-Noël Guérini est fier de son bilan alors qu'il se représente dans le canton le plus pauvre de France», attaque l'élue régionale écologiste Sophie Camard. «D'autres en auraient honte.»

Quel candidat pour le troisième tour?

Tout ce petit monde prépare déjà le «troisième tour»: l'élection à la présidence. A la tête d'une alliance UDI-UMP, l'adjointe de Jean-Claude Gaudin à Marseille Martine Vassal pilonne «ce Lucky Luke du carnet de chèques»:

«Jean-Noël Guérini n’a pas de convictions, c’est un caméléon, et en politique quand on n’a pas de convictions, il vaut mieux arrêter.»

Jean-Noël Guérini, qui co-gère déjà la mairie du 2e secteur avec l'UMP, ne paraissait pourtant pas contre l'idée de prolonger ce partenariat au niveau départemental... Mais ici comme nulle part ailleurs, on ne jamais ce que réserve l'avenir.

Finalement, la véritable inconnue sera la suivante: que feront les socialistes, issus de la majorité guériniste, au moment de glisser un nom pour la présidence? Le PS local, en la personne de Jean-David Ciot, veut faire battre Martine Vassal à tout prix, ce qui équivaut à donner un blanc-seing à Guérini. Le candidat malheureux à la mairie Patrick Mennucci, lui, est au contraire prêt à voter pour elle pour lui barrer la route. Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, en bon homme de synthèse, ne veut ni l'un ni l'autre... Reste donc à la «gauche rassemblée» de proposer un candidat socialiste anti-Guérini. Mais aura-t-il seulement une chance d'être élu?

Seul au monde, Guérini continue d'empiler les contrats de développement avec les collectivités qui lui font allégeance. Un soir à Gignac-la-Nerthe, un autre à Velaux. Bientôt, ces deux communes disposeront de voiries rénovées, d'écoles et de complexes sportifs flambant neufs. Une fierté pour le président du conseil général: «Si construire une crèche, une école ou envoyer des enfants à la neige, c'est faire du clientélisme, je l'assume», a-t-il assuré devant ses troupes réunis samedi 12 mars à la Fare-les-Oliviers. «L'aide aux communes, c'est peanuts dans le budget du CG, mais tant pour les communes», complète Jean-Pierre Maggi, député-maire de Velaux et ancien conseiller général.

Ce soir-là, ils étaient seuls au monde. Au milieu des 700 partisans venus soutenir le président du conseil général.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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