Monde

On a assisté à l'Assemblée populaire chinoise

Richard Arzt, mis à jour le 18.03.2015 à 7 h 15

Pendant quinze jours, près de 2.900 députés étaient réunis au Palais du Peuple pour un exercice très contrôlé de réaffirmation de la ligne du Parti communiste chinois.

L'ouverture de l'Assemblée nationale populaire chinoise, le 5 mars 2015. REUTERS/Barry Huang.

L'ouverture de l'Assemblée nationale populaire chinoise, le 5 mars 2015. REUTERS/Barry Huang.

Pékin (Chine)

Chaque année, à la fin de l’hiver à Pékin, l’Assemblée nationale populaire chinoise se réunit en session ordinaire. Cela se passe au Palais du Peuple, grand bâtiment construit en 1959 à l’est de la place Tianan’men. Cette année, 2.876 députés s’y sont retrouvés pendant deux semaines à partir du 5 mars.

Venus de toutes les régions de Chine, ils logeaient dans des hôtels de Pékin pendant ces travaux parlementaires. Presque tous ont été désignés par des votes internes au Parti communiste. Depuis une dizaine d’années, une vingtaine de milliardaires chinois, dont le régime considère que la réussite financière mérite d’être saluée, sont invités. Parmi eux figuraient cette année Lei Jun, le fondateur des smartphones Xiaomi, ou Zhong Qinghou, un magnat de l’industrie des boissons.

Pas plus que les députés, ils n'ont été invités à prendre la parole devant l’Assemblée plénière. Les membres de la société civile, qui assistent aux travaux de la CCCP (Conférence consultative du Peuple chinois), ont eux plus d’occasions de s’exprimer mais, comme son nom l’indique, cette deuxième chambre parlementaire chinoise n’est que consultative et ne vote pas les lois. Ceux qui participent à la session annuelle de l’ANP, en revanche, sont là pour entendre et approuver les positions officielles du gouvernement, mises au point et synthétisées dans les mois précédents après de longues discussions dans les différents échelons du parti.

Quand on les voit arriver le 5 mars au matin, il apparaît que la plupart des députés officiels de l’Assemblée nationale populaire se connaissent et éprouvent un plaisir évident à se revoir dans la grande salle qu’encadrent vingt colonnes. Parmi eux, près de 600 femmes, dont le statut égalitaire avec les hommes semble évident lorsqu’elles prennent la parole en commission. Certaines sont à la tête d’une délégation régionale alors qu’elles sont peu nombreuses à la direction centrale du Parti.

Les gradés en uniforme de l’APL (l’Armée populaire de libération) sont environ 300, soit un peu plus que les représentants et représentantes des régions frontalières, qui sont habillés en costumes traditionnels de «minorités nationales». Ceux-là acceptent volontiers de se faire photographier aux cotés de députés classiquement vêtus.

Dans un premier temps, certains de ces «représentants du peuple chinois» s’assoient à des tables où des thermos de thé ou de café les attendent. Puis tous entrent s’installer dans le vaste hémicycle dont le plafond est dominé par une immense étoile rouge. Les membres du bureau politique du Parti sont sur la scène, devant les délégués du Comité central. Le Premier ministre, Li Keqiang, se dirige alors vers la tribune. Il salue l’assistance et prononce pendant une heure et demie ce qui va être le seul discours de la session. Le thème: l’activité du gouvernement. Le titre, lui, pourrait être: bilan de ce que nous avons fait, perspectives de ce que nous allons faire.

«Si je ne suis pas corrompu, pourquoi voulez-vous que j’aie peur d‘une enquête?»

REUTERS/Jason Lee.

Pour le bilan, cette année, les incertitudes de la conjoncture internationale l'ont amené à annoncer que la croissance chinoise sera d’environ 7%. Un chiffre qui satisferait amplement de nombreux pays mais qui, en Chine, indique que l’activité et les exportations se tassent –en 2014, la hausse du PIB de 7,4% était déjà la plus faible depuis 1990. De plus, les difficultés «pourraient être plus grandes que l’année dernière», a lancé Li Keqiang, annonçant ensuite des pistes de réformes: diminution de la présence de l’Etat dans l’économie, plus grande place pour les banques privées, création de nouvelles zones de libre-échange, réforme de la politique des prix et de la fiscalité pour «mieux servir l’économie réelle» ou encore modernisation de l’agriculture, qui suppose notamment que 60 millions de ruraux supplémentaires aient accès à l’eau potable et que les politiques en faveur des habitants des campagne soient «renforcées, jamais affaiblies».

Un passage du discours portait sur un sujet qui préoccupe la population: l’environnement et la lutte contre la pollution. «Nous devons agir avec une main de fer», a dit Li Keqiang, qui parle entre autre de «moderniser les centrales électriques au charbon», d’«encourager l’achat de véhicules à énergies nouvelles» et de «protéger davantage les forêts naturelles».

De tous les thèmes abordés par le Premier ministre, il en est un qui a sans doute été difficile à faire accepter et qui est en pleine actualité: la lutte contre la corruption. Li Keqiang a eu besoin de dire que le gouvernement agit «selon les recommandations du Comité central» et d'affirmer qu’il y aura «une tolérance zéro envers les éléments corrompus» et qu’ils seront punis «sévèrement».

Les députés ont suivi ce discours en applaudissant à intervalles réguliers, avant de sortir de l’hémicycle pour commenter ce qu’ils ont entendu. «Vous allez voir que le gouvernement va contrôler certains secteurs pour faire croître l’économie. 7%, ça deviendrait un problème si c’était le début d’une descente de la croissance», expliquait un député de Shanghai à un groupe de journalistes. «Il est très important que les petites entreprises se développent», ajoutait un autre, en allusion à un passage qu’il a repéré dans le discours de Li Keqiang. Quant à ce député de Wuhan, il estimait que «la corruption ne touche qu’un petit nombre de dirigeants politiques». «A-t-il peur d’une enquête?», lui demande un journaliste. «Si je ne suis pas corrompu, pourquoi voulez-vous que j’ai peur d‘une enquête?»

Succession de réunions

Pendant une douzaine de jours, les réunions se sont alors succédées avec pour but de peaufiner les arguments présentés dans le discours du Premier ministre et qui sont désormais les positions officielles du Parti. Chaque région de Chine a réuni ses députés, chaque ville importante aussi, pour assimiler la parole gouvernementale afin de pouvoir la restituer fidèlement. Dans chaque salle de réunion où siègeaient successivement près de cent personnes, des responsables –généralement commissaires politiques de la région concernée– détaillaient le contenu du discours en invitant la salle à l’illustrer par des remarques concrètes.

REUTERS/Kim Kyung-Hoon.

Les journalistes pouvaient assister à un grand nombre de ces exercices d’assimilation. Il est même arrivé que le Premier ministre participe à une de ces séances. Il est venu par exemple à la réunion du Shandong pour appuyer les projets de réhabilitation de quartiers urbains délabrés et de restructurations industrielles. Même Xi Jinping, le chef de l’Etat, est allé rencontrer les représentants de la province du Jiangxi pour appeler les Chinois à protéger l’écologie et l’environnement «comme leurs propres yeux et leur propre vie».

Toutes ces réunions de commissions étaient dominées par une grande discipline. Il ne s’agit pas d’amender et encore moins de contester la ligne officielle qui a été fixée dans le discours du Premier ministre. Peut-être que des discussions ont eu lieu dans les provinces d’où viennent les députés mais, pendant la session de l’Assemblée à Pékin, il n’en était plus question. Les participants y sont assis et la plupart prennent des notes. Bien souvent, des textes de loi que le gouvernement prépare sont présentés à ce corps législatif attentif. Les moments d’humour sont rarissimes. L’an dernier, un député de Canton était sorti hilare d’une commission en proclamant devant la presse qu’à l’avenir «il n’y aura plus de limite à la libéralisation de l’économie chinoise: les marchés décideront de tout!», ce qui avait provoqué des dépêches amusées. Rien de tel n’a surgi cette année.

La session était aussi l’occasion de conférences de presse, genre qui est laissé dans la plupart des ministères à des porte-paroles prudents. En revanche, à l’Assemblée, une fois par an, le Ministre des finances parle. Il explique la nécessité de «maintenir une politique budgétaire modérément expansionniste» pour faire face aux pressions à la baisse sur l’économie nationale ou pointe que «les signes de reprises de l’économie mondiale ne sont pas suffisamment évidents, même aux Etats-Unis». De son côté, et également devant la presse, un des directeurs des affaires économiques de l’Assemblée a annoncé un projet de loi sur l’e-commerce «pour stimuler l’innovation et la concurrence tout en prenant en compte la réglementation».

Large couverture de la presse et de la télévision

REUTERS/Carlos Barria.

Pour la deuxième et dernière fois de la session, l’ensemble des 2876 députés se sont ensuite tous retrouvés en séance pour voter sur différents textes proposés par le gouvernement. Par vote électronique, ils ont approuvé notamment le rapport d’activité du Premier ministre, le budget du pays ou les documents de fonctionnement de la Cour de justice populaire centrale. Ce n’était pas l’unanimité totale: à chaque fois, il y a eu entre cent et deux cents votes contre.

Après ce vote, une fois les travaux de l’Assemblée terminés, le Premier ministre chinois était tenu de faire sa seule conférence de presse de l’année. Le 15 mars, Li Keqiang a donc, devant un parterre de 800 journalistes, répondu pendant deux heures et demi à 17 questions. Il a affirmé que la Chine a encore à disposition «toute une série d’outils de soutien à l’économie», reconnu qu’en matière de lutte contre la pollution «les progrès auxquels la Chine est parvenue ne sont pas à la hauteur des attentes de la population» et annoncé une réflexion en vue «de nouveaux changements de la politique de l’enfant unique».

L’Assemblée en Chine a pour fonction première de fixer la ligne que doivent suivre les quelques 80 millions de membres du Parti communiste chinois. S’il y a une ouverture, elle vient de la presse et de la télévision qui rendent compte largement ce qui a été dit, sans aller jusqu’à critiquer. Au résultat, une majorité de Chinois, habitués aux pratiques du parti unique, sont au courant des «débats» qui se déroulent au Palais du Peuple.

Richard Arzt
Richard Arzt (50 articles)
Journaliste
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