HistoireAllemagne

Les soldats de l'Armée rouge ne sont pas les seuls à avoir violé massivement les Allemandes en 1945

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 17.03.2015 à 14 h 48

Repéré sur FOCUS, Die Welt, Deutschlandfunk

Des soldats de l'Armée rouge devant la porte de Brandebourg, mai 1945 via Wipedia

Des soldats de l'Armée rouge devant la porte de Brandebourg, mai 1945 via Wipedia

Ils arrivèrent en héros, en libérateurs. Des soldats alliés de l'Ouest qui envahirent l'Allemagne nazie en 1945 et précipitèrent la fin du troisième Reich, on garde aujourd'hui dans la mémoire collective allemande les mêmes images qu'en France à la même époque: celle des jeunes GIs tout sourire distribuant des friandises et des bas en nylon, tandis que les soldats de l'Armée rouge restent associés aux pillages, aux beuveries collectives et aux viols.

Dans son nouvel ouvrage Als die Soldaten kamen («Quand les soldats arrivèrent»), l'historienne Miriam Gebhardt se penche sur les innombrables viols dont ont été victimes les Allemandes en 1945 et balaie les préjugés qui y sont associés, faisant la lumière sur un épisode de la Seconde Guerre mondiale encore tabou aujourd'hui en Allemagne, et qui a jusqu'à présent fait l'objet de peu de recherches.

Les soldats français, britanniques et américains ont eux aussi violé massivement dans les villes et les campagnes allemandes. Si leurs crimes n'ont pas été reconnus comme tels, c'est en partie à cause du mépris à l'égard des victimes, fait remarquer l'hebdomadaire Focus:

«Les gens, à l'époque, mais plus tard également les historiens, ont présumé que les femmes ont souvent profité de ces contacts.»

Les victimes de viols furent donc la plupart du temps soupçonnées de prostitution par leurs contemporains. Ce «trait d'humour» de l'époque résume bien l'état d'esprit qui régnait alors:

«Les Américains ont mis six ans pour combattre les soldats allemands. Pour avoir une femme allemande, on n'a besoin que d'un jour et d'une tablette de chocolat.»

Miriam Gebhardt avance le chiffre de 860.000 victimes, parmi lesquelles 190.000 auraient été violées par des GIs. C'est bien moins que les estimations faites par le passé –la réalisatrice Helke Sander, une des premières à avoir mené des recherches sur le sujet, avançait le chiffre global de 2 millions–, mais le quotidien Die Welt conteste ce chiffre, arguant que le mode de calcul de l'historienne est trop vague. Miriam Gebhardt s'est appuyée sur le nombre d'«enfants de l'Occupation», comme on surnommait ces enfants dont les géniteurs sont des soldats des quatre puissances alliées, et sur une estimation selon laquelle 5% de ces enfants ont été conçus lors d'un viol, comme elle l'explique à la chaîne de radio Deutschlandfunk. S'appuyant par ailleurs sur le fait qu'un enfant naît environ tous les 100 viols, Miriam Gebhardt est ainsi parvenue à cette estimation basse.

Pour reconstituer l'histoire des victimes, l'historienne s'est appuyée sur des documents très divers:

«Il y a en partie des documents militaires, il y a ce qu'on appelle les récits de l'avancée des troupes écrits par les pasteurs, dans lesquels il est rapporté ce qui s'est passé dans chaque village, dans chaque commune durant les premières semaines après 1945. Il y a quelques témoignages de femmes, qui écrivent elles-mêmes ce qui leur est arrivé. Et il y a avant tout des demandes d'autorisation d'avortement de la part des femmes qui sont tombées enceintes.»

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