HistoireAllemagne

En 1945, la population allemande a été frappée d'une «épidémie de suicides»

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 13.03.2015 à 10 h 01

Repéré sur Die Welt, Tages Anzeiger

Le Reichstag en ruines en 1946, un an après sa prise, via Wikipedia

Le Reichstag en ruines en 1946, un an après sa prise, via Wikipedia

Hitler, Goebbels et Himmler ne sont pas les seuls à s'être donné la mort au printemps 1945, sentant la défaite approcher. Dans les jours qui précédèrent et suivirent l'arrivée des troupes de l'Armée rouge en Allemagne, des milliers d'Allemands prirent la décision de suicider, rapporte le quotidien allemand Die Welt.

Le phénomène prit une telle ampleur que l'historien et journaliste Florian Huber parle d'une «épidémie de suicides» dans l'ouvrage qu'il consacre à cet aspect méconnu de la défaite de l'Allemagne nazie, Kind, versprich mir, dass du dich erschießt. Der Untergang der kleinen Leute 1945 («Mon enfant, promets-moi de te tirer une balle. La chute des petites gens, 1945»), paru en février 2015.

D'après les seules données statistiques disponibles au sujet de Berlin, publiées en 1949, 7.057 Berlinois se seraient donnés la mort durant les derniers jours du mois d'avril et les premiers jours de mai. Un chiffre que Florian Huber considère comme bien en deçà de la réalité, sans toutefois pouvoir avancer une estimation.

La vague de suicides qui a frappé au même moment la petite ville de Demmin, en Poméranie, a été plus documentée. Les troupes soviétiques atteignirent la ville le 30 avril 1945. Rien que ce jour-là, 21 habitants se donnèrent la mort. Ce n'était que le début, écrit Die Welt:

«Car dans la nuit du 1er mai, les soldats de l'Armée rouge pillèrent Demmin, qui était remplie de réfugiés. Ils enlevèrent des femmes avec violence, volèrent ce qu'ils pouvaient porter, se saoûlèrent. Dans leur beuverie, certains, désinhibés, mirent le feu à des maisons, et le lieu se changea en quelques heures à peine en champ de ruines fumant. [...] Le 3 mai, le feu s'était éteint, et des masses de corps furent repêchés dans les eaux autour de Demmin. Trois jours plus tard, la fille du jardinier du cimetière commença à établir une liste des décès. [...] Sur les 28 pages de ce registre des décès, elle nota 612 morts.»

En croisant ce document avec d'autres listes et des témoignages, Florian Huber est arrivé à la conclusion qu'il y a dû avoir en tout entre 900 et 1.000 suicides à Demmin, soit «environ une personne sur vingt qui se trouvait dans la petite ville fin avril 1945», précise Die Welt.

Cette vague de suicides s'est étendue à toute l'Allemagne, prise d'une panique collective à mesure que les troupes ennemies approchaient.

Plusieurs raisons peuvent expliquer le désespoir qui poussa des milliers d'Allemands à se donner la mort, explique Florian Huber dans une interview au quotidien suisse Tages Anzeiger:

«La peur de la vengeance, surtout venant des Soviétiques, était grande et en aucun cas injustifiée. Les récits de ceux qui rentraient du front et des réfugiés laissaient entrevoir aux Allemands ce qui les attendait. La propagande de la peur qui s'excerçait depuis des années exacerba cette crainte des soi-disant "sous-hommes russes", la transformant en panique. Conquête du monde ou fin du monde: d'après la doctrine officielle, c'étaient les seules options qu'avaient les Allemands. Hitler annonça assez tôt qu'il ne voulait pas survivre à une défaite. Début 1945, il était évident laquelle de ces options il leur restait. Et troisièmement, la consience de leurs torts était déjà très présente. Beaucoup [d'Allemands] étaient conscients qu'ils avaient pris part à un crime monstrueux durant les 12 dernières années.»
 

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