France

La taxe carbone remet le duel Sarkozy-Royal au goût du jour

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 05.09.2009 à 16 h 31

La rentrée politique est placée sous le double signe de la crise et de l'écologie. La crise comme révélateur. L'écologie comme nouvelle frontière.

La rentrée politique est placée sous le double signe de la crise et de l'écologie. La crise comme révélateur. L'écologie comme nouvelle frontière.

Les mois qui viennent vont nous permettre en effet d'approcher d'un moment de vérité susceptible de modifier le paysage politique. Celui-ci, pour l'essentiel, est dominé depuis des lustres par un seul thème, un seul critère, un seul dogme: la réforme. Sur tous les tons, sur toutes les estrades, nous a été délivré le credo selon lequel, vivant au-dessus de nos moyens, il nous fallait d'urgence réformer notre modèle, celui de l'Etat-providence à la française et, plus largement, le schéma social colbertiste dans lequel nous vivons depuis la Libération.

Arrive la crise. Et celle-ci installe l'idée que notre modèle, notre fameux système, nous protège. Le modèle social français apparaît comme un amortisseur de crise. Ainsi, le niveau du chômage qui ne cesse d'augmenter reste toutefois inférieur au pic de 1993 qui avait été atteint hors d'un contexte de crise mondiale. Au passage, il faut sans doute mentionner que le principal amortisseur réside dans cette statistique: plus d'un Français sur deux actifs bénéficient d'un revenu garanti, soit parce qu'il appartient à l'une des trois grandes fonctions publiques du pays (état, territoires, santé), soit parce qu'il est couvert par le système de retraite, soit, enfin, parce qu'il est encore dans des mécanismes d'assurance-chômage qui ont été récemment améliorés.

Mais se profile désormais, cahin-caha, et sans que l'on en soit très sûr, la sortie de la crise. C'est de là que viendra l'heure de vérité. Car deux scénarios sont possibles: soit la France sort moins vite de la crise que les autres, et notamment que l'Allemagne et les Etats-Unis; soit elle en sort aussi vite. Si elle sort moins vite, alors le dogme reprendra tous ses droits. Et nous continuerons de vivre avec, comme facteurs discriminants entre la droite et la gauche, mais aussi au sein de la droite comme au sein de la gauche, la réforme, la flexibilité qu'il faudra renforcer, l'état qu'il faudra alléger, etc... Si l'on sort aussi vite en revanche, le thème de la réforme cessera d'être l'alpha et l'oméga de la vie publique. Et il nous faudra trouver un autre critère discriminant.

Au reste, le nouveau dogme existe : la nouvelle frontière se constitue sous nos yeux ; il s'agit bien sûr de l'écologie. Déjà, l'essentiel des forces politiques se livre à une course à l'écologie, tandis que s'installe de nouveau le dogme d'un monde fini et ressurgissent les théoriciens et les adeptes de la décroissance. Sans prendre partie sur le fond de cette immense querelle, avec laquelle nous allons vivre de longues années, constatons simplement que l'urgence existe, universellement reconnue, de la mise en place de politiques préservant la planète, autant que faire se peut, du réchauffement climatique. Ainsi la Grande-Bretagne, à l'initiative notamment du journal «The Guardian», voudrait-elle vivre au rythme d'un objectif : «10-10». C'est-à-dire, convaincre les Britanniques de réduire dans l'année 2010 de 10 % leur consommation de CO2. En France, le débat tourne autour de la taxe carbone, première traduction concrète d'une politique «écologique». Et on s'aperçoit aussitôt que, dès lors que l'on rentre dans le vif du sujet, tout devient plus difficile. A travers ce constat, qui n'est guère une surprise, mesuré par les sondages, les Français ne souhaitent pas qu'écologie rime avec taxe.

Mais là encore, écartons le débat technique, qui est essentiel, pour ne retenir que la préoccupation politique. Car nous avons là l'une des clés du paysage politique de la rentrée.

Ce paysage est simple à décrire: une perspective électorale, les régionales; une gauche divisée entre ses multiples fractions et une droite rassemblée. Car, c'est vrai, Nicolas Sarkozy fait l'union de toutes les droites autour de lui, comme en témoigne le ralliement de Philippe de Villiers. Mais ce que l'on a moins vu, c'est que, dans le même temps, l'ouverture continue. Où? Vers les écologistes bien sûr. Non sous la forme de ralliement, mais de façon concrète. Déjà Nicolas Sarkozy avait réussi son opération Grenelle. Il a ensuite livré en pâture aux écologistes la tête de Claude Allègre. Ce dernier, dont la pensée est plus sophistiquée que ce qu'on a bien voulu dire, se voyait déjà à la tête d'un ministère de l'Innovation et de l'Industrie, mais, faisant figure d'épouvantail aux yeux de Nicolas Hulot comme de Daniel Cohn-Bendit, il a dû ranger ses projets dans ses cartons. Arrive la taxe carbone, qui est, par définition, un signe concret de bonne volonté écologiste de la part du gouvernement. Et la réaction virulente de Daniel Cohn-Bendit, aux interrogations socialistes sur la pertinence de cette taxe, a montré du moins une chose: Nicolas Sarkozy est payé de retour!

Dans ce contexte, il est amusant d'observer que celle qui a montré le plus de flair et d'intuition, avec ce qu'il faut de mauvaise foi - le projet n'est pas encore arrêté - et de démagogie - une taxe carbone faisait partie de l'engagement présidentiel, c'est évidemment Ségolène Royal. Non seulement elle avait flairé le piège politique, mais elle avait aussi anticipé d'instinct le sentiment des Français. Vous me direz: tout cela ne fait pas très sérieux! Mais il s'agit là d'un double combat politique: ne pas laisser Nicolas Sarkozy récupérer l'écologie; et se placer déjà dans la perspective des primaires socialistes. L'un et l'autre objectif, du point de vue de l'opposition, sont évidemment légitimes. Voilà donc pour la taxe carbone, objet politique par définition, pointe avancée d'un débat qui devrait, pour quelques solides années, structurer la vie politique. A moins que, à travers la sortie de la crise, ne ressurgisse le thème de la réforme...

Jean-Marie Colombani

Image de une: à Rouen en 2007. REUTERS/Philippe Wojazer

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