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Comment les Russes ont infiltré les services secrets ukrainiens

Temps de lecture : 2 min

Alors que le conflit continue avec les rebelles pro-russes, le gouvernement ukrainien doit aussi affronter les agents infiltrés.

Valentyn Nalyvaichenko, patron du SBU lors d'une conférence à kiev en avril 2014. REUTERS/Shamil Zhumatov.
Valentyn Nalyvaichenko, patron du SBU lors d'une conférence à kiev en avril 2014. REUTERS/Shamil Zhumatov.

L’année dernière, quand Valentyn Nalyvaichenko a pris ses fonctions à la tête des services secrets ukrainiens (le SBU), le gouvernement pro-russe venait de tomber. «Nous sommes entrés dans un bâtiment vide, a-t-il raconté dans une interview rapportée par le Wall Street Journal. Tous les adjoints avaient disparu.»

Son prédécesseur aurait pris la fuite vers la Russie. En décembre 2014, le site Mashable évoquait déjà le vol dans les locaux du SBU de données sur plus de 22.000 officiers et informateurs et sur ses relations jusque-là étroites avec les services secrets russes. «Tous les disques durs et les clés USB ont été détruites, écrasés avec des marteaux», avait alors expliqué un haut-gradé ukranien. Le temps que lui et ses collègues arrivent sur place, «tout n’était que cendres et poussières».

Cette passation de pouvoir est symptomatique d’un phénomène bien connu par les renseignements généraux ukrainiens: leur infiltration massive par des agents russes. Ils soupçonnent par exemple que l’échec de la capture d’un leader rebelle au printemps dernier ne soit dû à une taupe au sein même des instances dirigeantes du SBU.

Mais tout cela n’est pas nouveau. Le Wall Street Journal cite un conseiller du président ukrainien qui explique que, «contrairement à d’autres ex-républiques soviétiques, l’Ukraine n’a pas purgé les rangs de son service d’espionnage quand elle a gagné son indépendance en 1991. Beaucoup d’agents du nouveau SBU venaient du 5e directorat de l'ancien KGB, et se sont concentrés sur l’élimination des dissidents politiques».

Un ancien officier du SBU, Vitaly Naida, raconte qu’à l’époque, les deux services russe et ukrainien étaient «plus proches que les Etat-Unis et le Royaume-Uni», et que «les Russes pouvaient prendre le téléphone et appeler n’importe quel bureau ici. Il y avait une ligne secrète directe». Dans le quart de siècle qui a suivi, la collaboration a continué entre les deux Etats. Et ce malgré des tentatives de limiter l’influence russe, notamment pendant la présidence de Viktor Iouchtchenko entre 2005 et 2010.

Avec la récente crise en Crimée, la nouvelle administration des services secrets ukrainiens désormais menées par Valentyn Nalyvaichenko a lancé la «déKGBisation» du SBU. Mais elle fait encore l’objet de critique: début février, elle a arrêté Ruslan Kotsaba, un journaliste ukrainien qui avait déclaré refuser de rejoindre l’armée de son pays pour combattre les rebelles pro-russes. The Guardian rapporte qu’il risque 15 ans de prison pour trahison et obstruction à l’armée.

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