Double X

Voilà comment être féministe avec des serviettes hygiéniques

Nadia Daam, mis à jour le 11.03.2015 à 15 h 55

Capture d'écran du compte  Instagram d'Elona_x

Capture d'écran du compte Instagram d'Elona_x

Preuve qu’après les Femen ou le collectif La Barbe, il est encore possible d’organiser des happening féministes percutants et visiblement efficaces, Elonë, une jeune femme originaire de Karlsruhe, en Allemagne, a trouvé le moyen d’attirer le regard des passants sur ses appels à lutter contre le sexisme et les violences faites aux femmes.

Elle s’est emparée de la serviette hygiénique, objet symbolisant à la perfection le tabou des règles, pour y inscrire petites phrases et punchlines telles que:

«imaginez, si les hommes étaient aussi révulsés par le viol qu’ils le sont par les menstruations».

Une phrase qu’elle a empruntée à un tweet:

 

Le site Mic.com explique très justement: 

«[Le] message symbolise parfaitement sa démarche: d’un côté, le corps des femmes est agressé, harcelé et objectivé. De l’autre, ce corps est escamoté quand il s’agit de menstruations: le sang devient bleu dans les publicités, les filles sont invitées à ne pas parler de leur règles, et ce qui est pourtant naturel est généralement abordé comme quelque chose de honteux».

Slate avait décrit ici la manière dont les fameuses publicités pour protections intimes étaient en train de recalibrer leurs discours et leurs codes. Reste que ces publicités originale et à connotation féministe ne représentent pas la majorité et ne représentent surtout pas les idées préconçues à propos des règles.

Les règles des femmes constituent toujours un sujet tabou. Il suffit de voir les surnoms stupides dont on affuble les menstruations: les «ragnagnas», les «trucs», les «anglais qui ont débarqué»... 

Majoritairement, dans l’esprit collectif, les règles et l’attirail qui va avec (serviettes, tampons, mooncup) devraient rester de l’ordre de l’intime, et parler ouvertement de ses propres règles constituerait quasiment une forme d’agression. 

D’ailleurs, dans le cadre de son exposition à la MEP en 2014, baptisée The Curse (la malédiction), la photographe Marianne Rosenstiehl avait parfaitement décrit cette invisibilité du sang féminin et la manière dont certaines sociétés poussent les femmes à vivre leur règles comme une souillure, une malédicton, un secret.

© Les Anglais, de la série The Curse de Marianne Rosenstiehl

Ainsi, quand Elonë choisit des serviettes comme étendard de ces messages, cela n’a évidemment rien d’anodin, et ces serviettes placardées dans les rues de Karlsruhe ne manquent pas d’attirer une attention plus ou moins bienveillante, tout comme sur son compte sur son compte instagram

 

Today

Une photo publiée par ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ e l o n ë (@elona_x) le

Sur son Tumblr, Elonë raconte d’ailleurs les réactions de certains passants et internautes. Réactions qui montrent qu’elle a visé juste dans le choix de son matériel de lutte, comme:

Pourquoi gâchez-vous ces serviettes hygiéniques pour diffuser des clichés féministes dégoutants alors que vous pourriez faire quelque chose d’utile, comme les donner ayx femmes sans abris qui en auraient besoin?

Heureusement, d’autres personnes ont salué la pertinence de sa démarche et se préparent même à semer abondamment serviettes hygiéniques et messages féministes dans leurs propres pays. Elonë les invite à accompagner leur message de la phrase «le féminisme, c’est l’égalité, pas la haine des hommes». Parce que visiblement, cela doit encore être précisé...

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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