Une organisation musulmane britannique attribue son prix de l'«islamophobe de l'année» à Charlie Hebdo

REUTERS/Eric Gaillard.

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Deux mois après l'attentat contre Charlie Hebdo, une organisation musulmane basée à Londres, l'Islamic Human Rights Commission, vient de décerner son prix d'«Islamophobe de l'année» au personnel décimé du journal satirique, rapporte Newsweek.

Parmi les nominés dans cette catégorie figuraient aussi Benjamin Netanyahou et Barack Obama, mais le président de l'Islamic Human Rights Commission, Massoud Shadjareh, a expliqué que les votants –des membres de la communauté musulmane anglaise– avaient plébiscité Charlie Hebdo. Il a précisé à Newsweek que la nomination de Charlie Hebdo était «satirique»:

«Dans un certain sens, je trouve que c'est approprié. Charlie Hebdo reprochait aux musulmans de ne pas avoir de sens de l'humour et de tout prendre au premier degré. On nous demandait de ne pas trop prendre ces critiques au sérieux.»

La suite de ses explications fait douter du caractère «humoristique» de la récompense. Shadjareh explique en effet que s'il condamne les attentats de Charlie Hebdo, il pense qu'il ne faut pas absoudre l'hebdomadaire de toute responsabilité, étant donné que la publication d'une caricature de Mahomet dans le numéro suivant l'attentat a déclenché des manifestations violentes (et meurtrières), notamment au Niger et au Pakistan. Une explication qui revient à mettre sur le même plan un massacre prémédité et la publication de caricatures susceptibles de déclencher des manifestations. «On ne peut pas dire qu'un côté est responsable et l'autre pas», a-t-il résumé.  

Shadjareh n'en est pas à sa première controverse. En décembre, il expliquait au site russe Russia Today que l'Etat islamique est soutenu et armé par l'Angleterre et les Etats-Unis.

L'organisation Islamic Human Rights Commission a pourtant un statut consultatif auprès de l'ONU depuis 2007 et sa cérémonie de trophés annuel avait été soutenue entre autres (avant l'édition 2015) par Rowan Williams, l'ancien archevêque de Canterbury. 

Parmi les autres vainqueurs de la soirée, il y avait aussi la ministre de l'Intérieur britannique Theresa May, «distinguée» pour une loi antiterroriste de février qui demande aux écoles d'identifier les élèves à risque de radicalisation islamiste. Dans la catégorie des prix «positifs», la petite ville canadienne de Cold Lake a été récompensée. Après la découverte de grafittis antimusulmans sur la mosquée locale, les habitants s'étaient rapidement mobilisés pour les effacer et les remplacer par des messages de soutien.

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