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Réforme du collège: et si la 6e n'était plus un enfer pour les enfants?

REUTERS/Daniel LeClair.

REUTERS/Daniel LeClair.

Dans la réforme présentée par Najat Vallaud-Belkacem, une mesure permettrait d'alléger les nouvelles responsabilités et organisations qui déstabilisent tellement les nouveaux collégiens.

La réforme du collège que la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, doit présenter ce mercredi 11 mars risque d’être beaucoup critiquée, en particulier sur l’interdisciplinarité et l’introduction de la seconde langue dès la cinquième. Certains observateurs disent déjà qu’ils ne sont pas convaincus. Pourtant, quelques pistes méritent qu’on s’y arrête: notamment l’idée de mettre le paquet sur le début du collège, l’entrée en sixième.

Vous vous souvenez de votre premier jour au collège? Un grand bâtiment, des élèves super âgés qui ressemblent presque à des adultes, des salles introuvables, des toilettes dont les portes ne ferment pas, des profs pas commodes qu’il faut vouvoyer et un cartable lourd comme les douze livres et cahiers qu'il y a dedans à la fin de la journée. Et un environnement pas forcément accueillant, comme le raconte l’auteur et acteur Jérémie Lefebvre, dans une tribune publiée récemment dans Libération. L'entrée en sixième, c'est l'apocalypse :

«Le premier jour de sixième, l’enfance française tombe au milieu d’une foule enragée qui se précipite sur elle-même comme l’océan dans le Titanic. Des corps ployant sous leurs sacs de quinze kilos sont projetés à travers les couloirs où l’on avance dans la terreur, les coups et les crachats. Des surveillants trempés de sueur tentent d’empêcher que les plus petits soient piétinés. La bousculade semble à chaque instant basculer dans l’émeute; on jurerait qu’il vient de se produire une catastrophe, un incendie ou un attentat, de quoi justifier que tous les systèmes nerveux craquent simultanément. Mais il n’est rien arrivé. On assiste au phénomène le plus ordinaire qui soit dans un collège français: l’interclasse.»

Personnellement, j’ai passé une grande partie de ma sixième à faire semblant d’être malade: trop de monde, trop de punitions, trop d’enjeux... Aujourd'hui, comme beaucoup de parents, j’appréhende ce moment pour mes enfants. Le pire, c’est que les gens à qui je demande comment ça se passe ne me rassurent en général pas tellement. C'est le cas de Thomas, père d’un garçon de 11 ans et demi:

«C’est super violent. Il faut veiller au grain. À la rentrée, j’avais peur qu’il décroche scolairement. Après, j’ai cru qu’il se faisait harceler. Maintenant, je me colle une heure tous les soirs à faire les devoirs avec lui. On est au mois de mars et je vérifie encore qu’il a bien ses affaires le matin, sa clef pour rentrer, des sous pour acheter un goûter. Epuisant, cette année de sixième.»

Et l’effort à fournir par les élèves, pour qui tout va changer tout à coup, est immense. Pascal Odin, principal adjoint du collège parisien Clémenceau, classé en éducation prioritaire, note que les pédagogies et les comportement attendus des élèves à l’école élémentaire sont très différentes de celles du collège:

«Les élèves qui nous arrivent ne sont pas incompétents mais il faut mesurer à quel point le changement est radical pour eux! En élémentaire, ils peuvent avoir le droit de se lever, d’intervenir plus librement. Finalement ils sont plus autonomes qu’au collège où on attend d’eux qu’ils soient plus statiques et silencieux. »

Le responsable se réjouit donc que le nouveau projet de réforme du collège s’intéresse aux problèmes d’adaptation des élèves: les difficultés scolaires se creusent au collège –Najat Vallaud-Belkacem parle de 12% d’élèves qui ne maîtrisent pas les acquis attendus à la sortie du CM2 et 25% à la fin de la troisième.

Accompagnement personnalisé

Parmi, les causes possibles, les difficultés d’adaptation aux nouveaux modes d’enseignement et au nouveau cadre. La réforme propose donc de renforcer la «pédagogie du collège»: apprendre aux élèves à être collégiens pour rendre leur scolarité plus efficace. Et cela se matérialiserait à travers les heures d’accompagnement personnalisé.

Il s’agirait de trois heures, et non plus deux, pour la classe de sixième. Personnalisé, c'est vite dit, car il s’agit d’heures en classe mais le travail (on va vous expliquer lequel, un peu de patience) peut être effectué en groupe à l’intérieur de la classe. De plus, et surtout, le dispositif serait généralisé à tous les élèves et pas seulement ceux en difficulté, et ce à tous les niveaux d’enseignement: on passerait à une heure à partir de la cinquième.

Il s'agit d'«apprendre à devenir collégien». Les réponses données lundi soir à la presse par la ministre et son cabinet étaient assez floues. Mais deux professeures principales de Clémenceau m'ont éclairée en m'expliquant ce qu’elles faisaient de ces heures d’accompagnement, qu’elles expérimentent depuis quatre ans: il s’agit pour beaucoup d’échanges et de dialogues. 

En début d’année, elles insistent sur la méthode. Quitte à travailler sur l’organisation la plus basique, par exemple les choses à mettre dans son cartable en fonction de son emploi du temps du lendemain. Ce n’est pas évident pour tous les élèves, mais c’est ce qu’on attend d’eux dès le début de l’année. Et sans cette formation, ces demandes peuvent pénaliser les enfants qui bénéficient de moins de temps d'attention de la part de proches à la maison pour les aider et leur expliquer ces principes d'organisation.  

Ces heures d'accompagnement sont aussi un moment spécifique pour régler et expliquer des points qui n’avaient pas vraiment leur place en cours mais qui pouvaient bloquer les élèves. Pendant l’année, par exemple, quand un élève n’arrive pas à bien noter les devoirs les professeures lui réexpliquent rapidement en classe… quitte à bien voir qu’il n’a pas totalement compris et à laisser filer. En accompagenement il s’agit de prendre le temps d’être sûr d’avoir le temps de répondre, de vérifier que les consignes sont comprises.

Il peut aussi s’agir de proposer aux élèves de travailler en groupe. Qu’ils réfléchissent au fonctionnement de la classe. Et même qu’ils organisent leur propre projet de sortie culturelle.

Un aveu d'échec du ministère

Il convient aussi de procéder à un travail d'explication des méthodes des enseignants. Voici l'exemple que donne le ministère dans la plaquette de lancement de la réforme. Avec un élève fictif, Pierre:

«Ce trimestre, une de ces heures a lieu avec l’ensemble de sa classe: suite à [sic] un constat fait par les enseignants, le professeur d’histoire-géographie aide les élèves à identifier ce qu’ils peuvent améliorer dans leur compréhension des énoncés, en leur proposant d’analyser des sujets de contrôles dans différentes matières, puis d’en rédiger eux-mêmes. Les élèves ne travaillent pas tous sur les mêmes énoncés, et, au fil des séances, chacun affine son analyse. Après quelques cours, Pierre n’a déjà plus de difficulté à repérer ce qu’une même demande implique selon les différentes matières. Il va maintenant aborder ses difficultés plus particulières face aux énoncés de mathématiques qui continuent de lui résister un peu. »

Ceci étant, les programmes, les cours, les manuels pourraient aussi être directement plus explicites et demander moins de décodage! Et sans doute faudrait-il tout simplement adapter davantage l’enseignement aux enseignés que l’inverse. Cette mesure est donc aussi, en même temps qu'une amélioration notable, un aveu d'échec. 

Le ministère aurait aussi pu être plus ambitieux dans sa réforme, en explorant par exemple la piste de la bivalence (un enseignant prend en charge deux disciplines), déjà présente dans la réflexion sur la refondation mais sortie des textes officiels par le Snes, syndicat majoritaire des enseignants, ou en rendant obligatoire le fait d’attribuer une salle à chaque classe de sixième.

Reste que pour le moment, l’accompagnement personnalisé semble être un des points de la réforme faciles à instaurer alors que l’interdisciplinarité (un sujet traité par les enseignants de plusieurs disciplines) va trouver des résistances fortes. Et en matière éducative, une bonne idée applicable, ce n’est pas si courant.

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