Monde

Les Russes sont-ils heureux malgré la crise économique?

Repéré par Myriam Lebret, mis à jour le 09.03.2015 à 14 h 31

Repéré sur Peterson Institute for International Economic, Sputnik News, The Moscow Times, The Washington Post

Vladimir Poutine pose avec des femmes, notamment les mères de personnes ayant reçu la plus haute distinction de l'Etat (la médaille de héros de Russie), lors de la journée internationale des droits des femmes au Kremlin (Moscou) le 8 mars 2015. REUTERS/Mikhail Klimentyev/RIA Novosti/Kremlin

Vladimir Poutine pose avec des femmes, notamment les mères de personnes ayant reçu la plus haute distinction de l'Etat (la médaille de héros de Russie), lors de la journée internationale des droits des femmes au Kremlin (Moscou) le 8 mars 2015. REUTERS/Mikhail Klimentyev/RIA Novosti/Kremlin

Selon le dernier sondage publié par l'organisme fédéral d'enquête russe Vciom, la part de personnes heureuses en Russie a augmenté: de 44% en décembre 2014, elle est passée à 52%. Un résultat qui suggère que, malgré les sanctions contre le pays et la récente dévaluation du rouble, tout va bien. 

Mais pour l'économiste Simeon Djankov, cette joie de vivre est difficilement conciliable avec certains faits. Sur le blog du Peterson Institute for International Economic, Djankov  explique que, tout d'abord, le prix de la nourriture a augmenté de 29,3% entre janvier 2014 et mars 2015 d'après Rosstat, l'agence fédérale de statistiques russe. 

Ensuite, le nombre de touristes russes est en baisse: ils étaient 27% de moins à aller skier en Autriche, 52% de moins en Finlande et 43% de moins en France en janvier 2015. 

Enfin, la vente de voitures est elle aussi en baisse. En janvier 2015, 115.390 voitures avaient été vendues en Russie, contre 151.000 en 2014 et 163.000 en 2013. 

Simeon Djankov conclut:

«Je ne peux penser qu'à deux explications possibles de cette 

apparente dissonance cognitive. Premièrement, la majorité des Russes aiment souffrir: quand les temps deviennent durs, ils se sentent plus gais. Deuxièmement, les personnes interrogées ont peur de donner la véritable réponse puisque la paranoïa à l'égard de l'Etat omniprésent a rapidement augmenté.»

En janvier, Sputnik News mentionnait un autre sondage, réalisé par le centre d'analyse indépendant Levada. Dans cette enquête, 54% des 1.600 Russes interrogés dans 134 villes et villages de 46 régions russes ont déclaré qu'il n'existait personne capable de remplacer l'actuel chef de l'Etat. Seulement 18% des personnes sondées en décembre 2014 voulaient que le pays soit dirigé par quelqu'un proposant d'autres solutions que celles de Vladimir Poutine. 

Le Moscow Times rapportait le 5 mars d'autres chiffres publiés par le Centre Levada au sujet des intentions de vote de la population russe. Selon les résultats des sondages, en cas d'élections présidentielles, 86% des personnes interrogées et qui étaient sûres de leurs votes choisissaient Vladimir Poutine. Guennadi Ziouganov, président du Parti communiste russe (KPRF), rassemblait 5% des intentions de vote et l'homme politique Alexeï Navalny 1%. 

Mais pour Christopher Walker, directeur du Forum international des études démocratiques, et Robert Orttung, directeur adjoint de l'Institut d'études européennes, russes et eurasiennes de l'école de commerce de l'université George Washington, les médias occidentaux communiquent souvent ce type de chiffres sans fournir le contexte nécessaire à leur critique. 

Les deux spécialistes expliquaient en janvier dans le Washington Post qu'aujourd'hui les voix indépendantes atteignent rarement le peuple russe à travers les médias:

«Ces derniers mois, le gouvernement a resserré son étau, mettant même la pression aux médias réservés à des publics de niche, comme le site web Lenta.ru, le journal Vedomosti et la chaîne moscovite Rain TV. Pendant ce temps, la propagande fiévreuse de l'Etat nourrit les audiences télévisuelles avec un flot d'informations trompeuses et incontestées.»

Christopher Walker et Robert Orttung ajoutent dans l'article que la politique de répression de Vladimir Poutine est telle que soit les leaders de l'opposition sont évincés, salis ou achetés, soit ils ne sont pas assez populaires pour représenter une menace. Walker et Orttung souligent également que les intellectuels quittent le pays et que le pouvoir en place utilise des tactictes de diversion, comme l'annexion de la Crimée, pour reléguer la crise économique russe au second plan. 

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