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C'est quoi, la recette pour renverser une situation en Coupe d'Europe?

Camille Belsoeur, mis à jour le 10.03.2015 à 18 h 16

Beaucoup de foi, un zeste de pression psychologique et de malice, et un peu d'imagination pour imaginer le scénario favorable du match retour.

Battu 3-1 à domicile par Monaco, Arsenal n'a que 1,5% de chances de se qualifier au retour. REUTERS/Eddie Keogh.

Battu 3-1 à domicile par Monaco, Arsenal n'a que 1,5% de chances de se qualifier au retour. REUTERS/Eddie Keogh.

À partir des huitièmes de finale et des matchs à élimination directe, la Ligue des champions ressemble un peu au rayon vin d’un supermarché de quartier. Vous êtes souvent déçu par les bouteilles premier prix, mais parfois un cru à quelques euros et à l’étiquette repoussante est un régal pour les papilles. Pour les rencontres aller-retour de Ligue des champions, ou plus généralement de Coupe d’Europe (mais pas grand-monde ne regarde l’Europa League), c’est pareil. La situation se fige souvent après le premier match lorsqu’une équipe l’a emporté nettement. La suite est alors déception, avec un goût pâteux qui vous reste en bouche. Mais parfois, la seconde manche bascule dans l’irrationnel avec des renversements de situation magiques qui font le sel du football.

Parmi ces scénarios qui vont à l’encontre de toutes statistiques, on peut citer le duel entre le Deportivo la Corogne et le Milan AC en 2004, lorsque l’équipe espagnole s’était inclinée 4-1 au match aller avant de s’imposer 4-0 au retour dans un Riazor en ébullition. Pourtant, après la claque reçue en terre italienne, les joueurs galiciens n’avaient que 8% de chances de renverser la vapeur selon les statistiques.

Les supporters français de plus de 50 ans se souviennent eux du match légendaire de Saint-Étienne en 1976, battu 2-0 en Ukraine face au Dynamo de Kiev en quarts de finale aller de la Coupe d'Europe des clubs champions, puis vainqueur magnifique 3-0 au match retour dans le Forez à l’issue d’une prolongation étouffante. Ceux de plus de 40 ans, de l'exploit renversant de Metz face à Barcelone en Coupe des coupes en 1984: battus 4-2 en Lorraine, les Grenats s'étaient imposés 4-1 au Camp Nou. Ceux de plus de 30 ans, du 3-0 infligé par le Bordeaux de Dugarry, Lizarazu et Zidane au grand Milan en 1996 (0-2 à l'aller). Et les plus jeunes, de l'élimination du même Zidane avec le Real face à Monaco en 2004 (2-4, 3-1) alors que les Merengues avaient trois buts d'avance pour la qualification à 45 minutes de la fin du match retour...

Que s’est-il passé dans les vestiaires de toutes ces équipes à l’issue du premier match? Comment une équipe archi-dominée au match aller peut-elle écraser son adversaire une poignée de jours plus tard?

«Tout se joue dans votre mentalité»

Il n’existe pas de recette miracle. Le football est un sport qui se joue souvent sur des détails, et les équipes sont depuis la nuit des temps bien plus performantes à domicile devant leur public. La stratégie décidée par les entraîneurs est un autre facteur. Mais pour renverser des montagnes, un autre paramètre entre en compte: la psychologie.

«Tout se joue dans votre mentalité. Dès le coup de sifflet du match aller, il faut être dans un état d’esprit où vous y croyez en permanence», explique Guy Roux, vieux routier des aventures européennes pendant ses quatre décennies à la tête de l'AJ Auxerre. En cas de rapport de force défavorable après le match aller, le roi de l’Yonne avait son protocole pour remobiliser ses troupes:

«En Coupe d’Europe, j’organisais toujours une mise au vert de 48 heures avant les rencontres. Deux jours avant le match, on allait faire une promenade en ville ou près de la mer. Là, je parlais à mes leaders pour leur insuffler de la confiance et les convaincre de l’exploit. Puis, la veille du match, pour le dernier entraînement à huis clos, où il y avait toujours des observateurs de l’équipe adverse qui venaient incognito, je brouillais les pistes. Les joueurs réalisaient de fausses combinaisons sur les corners et les coup-francs et titulaires et remplaçants étaient mélangés.»

«Tu vas à Lourdes et tu pries»

Pour Guy Roux, la recette fonctionnait parfois:

«En Coupe de l’UEFA, lors de la saison 2004-2005, on perd 1-0 face à l’Ajax d’Amsterdam au match aller. J’avais joué trop défensif en exagérant la composition de l’équipe. Pour se qualifier au match retour, il fallait donc marquer deux buts avec la règle du but à l’extérieur, et même trois si les Néerlandais en marquaient un. Dans mon discours d’avant-match, j’avais donc dit à mes joueurs: “On va prendre un but ce soir car on est obligé de jouer offensif. Donc on ne s’affole pas si on en prends un. L’objectif c’est de marquer trois buts.»

Score final? 3-1 pour Auxerre.

Pour Rolland Courbis, grand gouailleur devant l'éternel et actuel entraîneur de Montpellier, la chance est pour beaucoup dans ces renversements de situation. Quand on lui demande comment Arsenal peut faire basculer le sort face à Monaco après leur défaite chez eux le 25 février à Londres (1-3), sa réponse est limpide: «Tu vas trois fois à Lourdes, tu pries, tu pries et tu pries pour espérer que ça passe.» Après avoir gagné 3-1 à l’extérieur face à Arsenal, Monaco à 98,5% de chances de se qualifier selon les statistiques.

Mais Rolland Courbis a un jour vécu un miracle footballistique avec l’une de ses équipes, l’Olympique de Marseille. Ce n’était pas en coupe d’Europe, mais l’idée est la même. Lors de la 3e journée de ce qui était encore nommée la Division 1, en 1998, Marseille se retrouve mené 4-0 par Montpellier à la mi-temps au Vélodrome. «Quand on perd 4-0 à la mi-temps, il n’y a même pas une chance sur mille de l’emporter», raconte le technicien. «On avait vérifié après la rencontre, ce n’est jamais arrivé chez les pros en France.» La suite de l’histoire? Ses joueurs balayent tout en 45 minutes pour s’imposer 5-4. «J’ai dit aux gars, on remet les compteurs à zéro et on gagne la deuxième mi-temps comme si c’était un match retour pour nos supporters. Mais j’avais glissé: “Après, on ne sait jamais ce qui peut arriver”.»

«Mourinho a le protocole psychologique le plus élaboré»

Le combat psychologique, c’est aussi mettre la pression sur l’adversaire pour l’effrayer et lui faire perdre son sang-froid et ses plans tactiques. En 1976, la veille du match retour face au Dynamo de Kiev, le gardien stéphanois Ivan Curkovic déclarait à la presse française:

«Nous prendrons les Soviétiques à la gorge, nous ne les laisserons pas respirer un seul instant et, dans ces conditions, il n’est pas possible qu’ils ne s’affolent pas et que nous ne trouvions pas une faille dans leur cuirasse, tout aussi solide qu’elle soit.»

Présent le soir du match, Michel Hidalgo, alors sélectionneur de l’équipe de France, déclara après la victoire des Verts:

«Ils ont fait un truc formidable. Il est vrai qu’ils avaient la foi et lorsqu’on a la foi, on parvient souvent à réussir de grandes-choses.»

En demi-finale de la Coupe de l’UEFA, au printemps 1999, l’OM de Rolland Courbis réalise un match nul 0-0 au Vélodrome lors du match aller face à Bologne. Un score qui place son équipe en ballottage légèrement défavorable:

«Ce score, je réussis à convaincre les joueurs que c’est un très bon résultat. Selon le règlement, on peut se qualifier sans gagner en réalisant un match nul avec des buts. Ce n’est donc pas impossible du tout et si on en plante un, les Italiens doivent inscrire deux buts. Lorsque Bologne ouvre le score, mes joueurs sont psychologiquement prêts à répondre. On égalise et on se qualifie.»

Pour renverser un match aller-retour en coupe d’Europe, la psychologie pèse donc lourd dans la préparation de la manche décisive. Et à ce petit jeu là, le PSG de Laurent Blanc va retrouver avec Chelsea, qui avait éliminé le club de la capitale la saison passée en quarts de finale de la Ligue des champions, après pourtant une défaite 3-1 des Anglais au match aller au Parc des Princes (22% de chances de qualification), un spécialiste du bras de fer mental: José Mourinho.

L’entraîneur portugais est réputé pour être l'un des meilleurs «psychologues» du football et tirer le meilleur de ses joueurs. «C’est l’entraîneur qui a les protocoles psychologiques les plus élaborés pour mettre la pression sur l’adversaire et gonfler ses joueurs», estime Guy Roux. Après son match nul 1-1 à l’aller au Parc des Princes, le PSG a 31% de chances de se qualifier selon les statistiques. Et avec Mourinho en face?

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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