France / Société

Comment Dieulefit, un village français de 3.000 âmes, a réussi à cacher plus de 1.500 personnes sous l'Occupation

Temps de lecture : 2 min

La mairie de Dieulefit, via Wikimedia Commons.
La mairie de Dieulefit, via Wikimedia Commons.

«Dieulefit». Pour l'hebdomadaire allemand Die Zeit, le nom de ce petit village de la Drôme le prédestinait au «miracle» qui s'y produisit durant la Seconde Guerre mondiale: grâce à la bonté et la discrétion de ses habitants, plus de 1.500 personnes échappèrent à la déportation. Juifs, résistants, artistes, intellectuels, orphelins... Tous trouvèrent refuge à Dieulefit. Aucun d'eux ne fut dénoncé, aucun d'eux ne fut arrêté.

À ce jour, seuls neuf habitants – tous décédés – du village se sont vus décerner le titre de «Juste parmi les nations» par l'institut Yad Vashem. Le silence des Dieulefitois, qui a permis de sauver tant de vies, semble avoir joué par la suite contre la reconnaissance de leur engagement. À titre de comparaison, la commune du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, qui a caché plus d'un millier de juifs sous l'Occupation, compte aujourd'hui 90 Justes.

Lorsqu'il a commencé à mener des recherches sur l'histoire méconnue de Dieulefit il y a huit ans, l'historien français Bernard Delpal s'est d'abord heurté à un mur de silence ou, comme l'écrit Die Zeit, à des réponses évasives:

«Ah, les vieilles histoires. Ce que nous avons fait était normal ! Ce n'est pas notre genre de nous vanter comme ça.»

Les centaines d'enfants et d'adultes qui ont trouvé refuge à Dieulefit doivent à la fois leur survie aux habitants qui leur ont ouvert leur porte, leur grenier, leur cuisine, et à quelques personnes-clefs qui les ont activement protégées. À l'instar de la secrétaire du maire pétainiste du village, Jeanne Barnier, qui distribuait sous l'Occupation plus de tickets de rationnement que le village ne comptait d'habitants et produisit à la chaîne des faux papiers d'identité:

«Avec le temps, Jeanne Barnier était de plus en plus professionnelle. Elle commença à veiller à ce que les initiales restent les mêmes, afin d'éviter qu'une broderie, par exemple sur un mouchoir, ne démasque l'imposture. Elle choisissait des villes dont les registres avaient été détruits pendant la guerre comme lieux de naissance, de manière à ce que personne ne puisse vérifier si les papiers d'identité avaient bien été délivrés à cet endroit-là.»

Les trois directrices d'un établissement scolaire alternatif créé en 1929 dans le village, l'École de Beauvallon, que les habitants surnommaient affectueusement les «fées de Beauvallon» ont également joué un rôle actif dans la résistance. Grâce à Marguerite Soubeyran, Catherine Krafft et Simone Monnier, des centaines d'enfants ont pu être sauvés. Comme tous au village, elles faisaient avec les moyens du bord:

«Quand il n'y avait plus d'épinards, les élèves allaient cueillir des orties dans la forêt. Et parce que les nombreux enfants avaient tout le temps besoin de nouvelles chaussures mais qu'il n'y en avait plus, Marguerite a annoncé que tout le monde ne porterait plus de chaussures. De février à novembre, les fées, les professeurs et les élèves pieds nus.»

L'ancien maire du village, Pierre Pizot, un ancien colonel fidèle au régime de Vichy, reste lui une énigme. Selon l'historien Bernard Delpal, il est impossible qu'il n'ait pas été au courant des agissements de sa secrétaire.

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En octobre 2014, un mémorial dédié à la résistance civile a été inauguré dans le village, comme le rapportait alors France Bleu. Le documentaire Dieulefit, village des Justes, diffusé une première fois sur LCP en 2010, rend également hommage au passé résistant du village.

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