Monde

Relations internationales: à la recherche du point G

Moisés Naím, mis à jour le 04.09.2009 à 7 h 01

La mondialisation requiert une plus grande concertation entre les pays, mais elle devient de plus en plus difficile.

Les moyens de défense mis en œuvre dans le monde contre les menaces les plus graves sont dangereusement compromis et affaiblis. On connaît la liste de ces menaces: changement climatique, prolifération nucléaire, terrorisme, pandémies et un très long et cætera. Sans une collaboration efficace de plusieurs pays, on ne pourra régler aucun de ces problèmes. Or une telle collaboration n'existe pas, et il est peu probable qu'elle se mette en place. Par conséquent, il est nécessaire de changer notre manière d'aborder les choses.

Jusqu'ici, la réaction la plus courante face à ces menaces a consisté à promouvoir des initiatives multilatérales. Des accords qui engagent des centaines de pays autour de règles communes ou d'efforts partagés.

Pendant un temps, cela a fonctionné. Mais ce n'est plus le cas. Quand était-ce, la dernière fois qu'un grand nombre de pays s'est accordé pour aborder un problème d'ampleur internationale? Il y a plus d'une décennie. C'est en 1994 que 123 pays ont décidé, ensemble, de créer l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et d'adopter de nouvelles normes internationales. Depuis, toutes les tentatives visant à conclure un accord acceptable pour les 153 pays membres de l'OMC ont échoué.

Concernant la prolifération nucléaire, c'est le même combat. En 1995, 185 pays ont décidé de proroger un traité existant. Depuis cette date, non seulement les négociations multilatérales n'ont pas abouti, mais l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont acquis des armes nucléaires.

Le protocole de Kyoto, destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement de la planète, a été approuvé en 1997 et ratifié par 184 pays. Néanmoins, les Etats-Unis qui, derrière la Chine sont le pays qui émet la plus grande quantité de gaz à effet de serre, ne l'ont pas ratifié. De plus, beaucoup de pays signataires n'ont pas respecté leurs engagements.

Le paradoxe est clair: d'un côté, la mondialisation requiert une plus grande concertation entre les pays, mais, en même temps, la capacité des nations à conclure des accords a diminué. De plus en plus souvent, les négociations multilatérales s'avèrent être des échecs, les pays les plus riches n'honorent pas leurs promesses sur le plan financier, les pays les moins développés ne tiennent pas leur engagements en matière de réformes. Les délais ne sont pas respectés et les efforts s'essoufflent.

Que faire? Pour commencer, nous ferions bien de cesser de tenter de mettre d'accord 200 pays aux intérêts de plus en plus variés. Il serait judicieux de privilégier le «minilatéralisme»: en invitant à la table des négociations le moins de pays possibles, dont la participation est nécessaire pour obtenir l'impact maximal face au problème abordé. Il faut constituer un groupe dont le nombre de membres serait magique. Le point G des relations internationales, en quelque sorte.

Naturellement, ce nombre idéal varie en fonction du problème. Prenons le commerce international. Le Groupe des vingt (le G20), qui rassemble 20 pays riches et pauvres des cinq continents, représente 85% du commerce dans le monde. Les membres du G20 pourraient parvenir à un important accord commercial et inviter chaque pays qui le souhaiterait - et qui respecterait cet accord - à les rejoindre.

S'agissant du changement climatique, la situation est la même: 20 pays génèrent 75% des gaz à effet de serre. A quoi bon attendre que 192 pays se mettent d'accord si on peut résoudre 75% du problème au travers d'une convention entre les 20 pays qui causent l'essentiel du dérèglement climatique? Le nombre magique du minilatéralisme pour le nucléaire est 21. Celui de la pauvreté en Afrique? 12, à peu près, en comptant les pays subsahariens les plus pauvres et les principaux pays donateurs. Pour ce qui est du VIH/sida, 19 pays totalisent près de deux tiers des victimes de cette maladie dans le monde.

Bien entendu, les pays qui ne seraient pas invités à participer aux négociations dénonceront ce minilatéralisme et le qualifieront d'exclusif, d'antidémocratique et d'illégitime. Hélas, il y a une incompatibilité fondamentale entre efficacité et légitimité. Un accord approuvé par 192 pays est évidemment plus légitime qu'un accord conclu entre 20 pays. Mais il n'est pas nécessairement plus efficace, puisque pour y parvenir, il faut adopter le plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire un compromis acceptable pour tout le monde. Malheureusement, pour de nombreux problèmes qui touchent le monde entier, le plus petit dénominateur commun est insuffisant.

L'autre critique valable est la suivante: les plus puissants feront toujours partie de ces groupes «minilatéraux» réduits. C'est exact. Sans le concours des pays les plus puissants, les avancées ne pourront être que très limitées. Il est toutefois intéressant de noter que le G8, le groupe des huit pays les plus industrialisés (et les plus puissants!) n'a plus ce pouvoir magique, tandis que le G20 (qui, outre les puissants, inclut également des pays comme l'Argentine ou l'Indonésie) est devenu un forum bien plus important au niveau de la prise de décisions mondiales. Le G20 est plus représentatif, plus légitime et plus influent que le G8. En d'autres termes: le 20 est magique, pas le 8.

Le minilatéralisme a ses défauts et ses limites. Mais c'est un pari plus réaliste qu'une approche qui, depuis trop longtemps, donne lieu à toujours plus de réunions et de discours, et moins de résultats. Il faut donc rechercher le point G.

Moises Naim

Traduit par Micha Cziffra

Image de Une: Barack Obama au sommet du G20 de Londres  Dylan Martinez / Reuters

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Editorialiste
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